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There is no free vaccin (il n’y a pas de vaccin gratuit).

Par Bertrand Nouel,
le lundi 18 mai 2020

Le président de Sanofi déclare que les USA devraient être prioritaires dans l’attribution des doses du vaccin Covid 19 à découvrir par l’entreprise. Scandale aussitôt. L’Elysée déclare tout de go que « le vaccin est un bien public mondial, extrait des lois du marché ».

Sauf le respect que l’on vous doit, Monsieur le Président, vous êtes en plein rêve populiste. Ce n’est pas parce que Sanofi est une société française que ce qu’elle produit doit l’être en priorité au bénéfice de la France. D’abord, société française, Sanofi ne l’est que parce que son siège social est en France – le critère le plus artificiel qui soit. 61% du capital appartiennent à des investisseurs institutionnels étrangers, principalement américains, seulement 23% des salariés et 7% du chiffre d’affaires sont en France. Ensuite, l’activité vaccins, dont Sanofi est leader mondial, est une activité à très hauts risques. Ainsi Sanofi a-t-elle récemment dépensé, après 20 ans de R&D, 1,5 milliards d’euros en pure perte dans la recherche pour un vaccin contre la dengue qu’elle n’a jamais découvert. Et aucun vaccin n’a encore pu être découvert pour un coronavirus, en raison de la mutation continuelle du virus. Aussi Sanofi a-t-elle sauté sur l’occasion, lorsque l’agence américaine Barda est venue dès le 18 février 2020 demander à travailler avec elle ainsi qu’avec GSK son concurrent britannique de toujours, en offrant un appui financier, pour se lancer dans la recherche d’un vaccin contre la Covid 19. L’acronyme BARDA signifie Autorité américaine de recherche et de développement en biologie médicale, qui dépend du ministère de la Santé fédéral. C’est donc une organisation publique, qui travaille depuis 2009 avec Sanofi lorsque cette dernière a acheté le laboratoire Meridian (Connecticut). Sanofi est une entreprise mondiale, ce que les Français ont vraiment beaucoup de mal à intégrer. Il n’est pas question de relocalisation !

Si c’est aux USA dans le cadre de l’agence Barda, qu’est découvert le vaccin, pourquoi les USA n’auraient-ils pas la priorité dans la distribution ? Avec trois mois de retard, la France vient tout juste de se réveiller avec l’Europe qui a dégagé 7,5 milliards pour la recherche d’un vaccin.

Au moins dans ce cas, l’économiste Esther Duflo, récente prix Nobel, a réagi correctement en s’étonnant de l’indignation française, et en mettant l’accent sur l’impuissance européenne et la naïveté française. Il n’y a pas plus soumis à la concurrence, à la nécessité d’énormes capitaux et au « marché » que la recherche pharmaceutique. Bien, s’il est découvert, destiné à être public, certes. Mais sûrement pas à l’abri du marché et du capitalisme. Pas de ridicule indignation. Et apprenons, en France et en Europe, à réagir avec la même célérité et opportunité qu’aux Etats-Unis. Il est de bon ton de moquer l’administration Trump pour sa gestion de la crise, mais il n’empêche qu’ils ont ici trois mois d’avance dans la recherche. Il y a beaucoup d’enseignements à tirer de cette affaire, et notamment aussi reconnaître l’absolue nécessité d’une coordination européenne. Ici, ce sont les Etats-Unis qui ont réussi à faire travailler ensemble les deux leaders mondiaux de la spécialité, que sont le français Sanofi et l’anglais GSK. La leçon devrait valoir un fromage !

Préparons enfin la France à développer toute la logistique que la distribution du vaccin nécessitera s’il est découvert – ne répétons pas l’erreur des masques et des tests. Il va falloir pour commencer que la bureaucratie européenne, ainsi que la française surtout, qui veut tout refaire derrière l’européenne, aille singulièrement plus vite que d’habitude dans l’agrément de l’AMM (autorisation de mise sur le marché) – les Américains savent faire, les Allemands aussi. Et le problème principal sera de régler la question des files d’attente (s’il faut 7 milliards de doses de vaccin, combien de temps cela prendra-t-il ?) Au lieu de se lancer dans le populisme franchouillard, le gouvernement ferait mieux d’expliquer honnêtement les choses aux Français en leur demandant d’attendre calmement un événement mondial pour le moment incertain et à terme inconnu.

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