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Economie française : quand une revue suisse nous explique d’où vient le mal

Par Claude Sicard,
le mercredi 30 mai 2018

La France a reculé d’un rang, ces dernières années, dans le classement mondial des puissances économiques, passant de la cinquième position à la sixième, la Grande Bretagne l’ayant devancée en 2014. Le PIB du pays croit sensiblement moins vite que celui de nos voisins, et si l’on examine le rythme de croissance du PIB par tête, on note qu’il a été, depuis un peu plus d’une vingtaine d’années, sensiblement inférieur à celui de bon nombre de pays européens. Selon la BIRD, qui donne pour tous les pays du monde les évolutions des PIB/tête en PPA (parité de pouvoir d’achat), le multiplicateur entre 1990 et 2016 a été, dans le cas de notre pays, de 2,34, alors qu’il a été de 2,64 pour la moyenne des pays de l’UE. Aussi, le PIB par tête des Français est-il très sensiblement inférieur à celui de bon nombre de pays européens, et tout particulièrement à ceux des pays de l’Europe du nord, pour ne pas parler de celui de la Suisse. Il se situe à 38.253 US$, actuellement, alors que l’on en est à 52.311 US $ dans le cas de la Suède, par exemple, et à 81.314 US$ dans celui de la Suisse. Avec nos voisins helvétiques l’écart est donc considérable.

Autre observation : l’accroissement régulier de la dette extérieure du pays. Quand on compare le taux de croissance des économies de divers pays, on ne doit pas manquer de prendre en compte l’évolution de leur dette extérieure. Celle de notre pays ne cesse d’augmenter. La France est un pays qui alimente sa croissance en augmentant, chaque année, sa dette extérieure. Le PIB est tiré par la demande intérieure, à laquelle s’ajoutent les exportations et l’accroissement des stocks. La « demande intérieure » recouvre les dépenses des ménages auxquelles s’ajoutent celles des administrations publiques et les investissements. Ainsi, par exemple, la demande intérieure finale (hors stocks) en 2016 a-t-elle progressé, cette année-là, de 50,4 milliards €, et la dette extérieure, parallèlement, de 49 milliards €. Recourir à de l’endettement pour accroître son PIB est une technique qui n’est pas saine, et qui a, par définition, ses limites. La dette de la France atteint, aujourd’hui, sensiblement le niveau du PIB, alors qu’en 2000 elle s’élevait à seulement 60 % de celui-ci. Les pays du Nord, en Europe, qui ont des économies qui fonctionnent bien, en sont à des montants bien plus raisonnables : Danemark 36,4 %, Suède 40,6 %, Finlande 61,4 %... L’Allemagne, quant à elle, en est à 64,1 %, et la Suisse, que l’on omet généralement de mentionner dans les études comparatives, à 44,9 %.

On ne peut donc pas manquer de s’interroger pour savoir d’où vient, réellement, le mal français ? Notre pays est un pays qui ne parvient pas à réduire son taux de chômage malgré tous les efforts des gouvernements successifs, il a une balance commerciale très déficitaire, et il est le champion d’Europe en matière de fiscalité, les prélèvements obligatoires s’élevant à présent à 45,4 % du PIB. Le mal, on ne le dit pas suffisamment, vient de l’effondrement de notre secteur industriel qui ne représente plus aujourd’hui que 11,0 % du PIB, alors que la norme en Europe est de 20 %.

Un éclairage intéressant nous est fourni, incidemment, par la revue « Avenir suisse » qui, dans son numéro du 15 juin 2012, a donné une information surprenante, qui se révèle très utile pour confirmer le diagnostic précédent. Cette revue nous apprend, alors qu’on ne s’y attend nullement, que la Suisse est le pays qui, dans le monde, a la plus forte production industrielle par habitant : 12.400 US$ par habitant. La Suède en est à 8.100, l’Allemagne à 7.700, et la France à seulement 4.500 US$. La revue suisse a fait ce calcul pour une quinzaine de pays : en bas de l’échelle on trouve la Chine avec 1.500 US$/tête, et l’inde avec seulement 200 dollars. Vu le très haut niveau du revenu per capita de la Fédération helvétique, cette information donnée par la revue suisse incite à prendre ce ratio, qui ne figure pas habituellement dans la batterie des ratios des économistes, comme variable explicative du revenu par tête des pays. En utilisant les chiffres fournis par cette revue on obtient une corrélation excellente. On doit en conclure que, statistiquement, plus un pays a une production industrielle par tête importante, plus son niveau de vie est élevé.

Ce qui explique donc que l’économie française soit perpétuellement en état de souffrance, c’est l’effondrement de son secteur industriel, la France étant devenue le pays le plus désindustrialisé de tous les pays de l’Union Européenne, hormis la Grèce. Le chômage endémique qui avait fait le désespoir de François Mitterrand s’explique par ce phénomène, de même que le déficit du commerce extérieur, les produits manufacturés représentant toujours 75 % à 80 % des exportations des pays. Quant aux comptes de la nation, qui sont perpétuellement dans le rouge, ils ne font que refléter cette anomalie, devenue structurelle, que constitue une contribution très insuffisante du secteur secondaire, dans l’économie de notre pays, à la formation du PIB.

Tout le problème est, maintenant, de savoir combien d’années vont être nécessaires pour redresser la barre, pour autant que les Français laissent à nos gouvernants la liberté de procéder aux reformes nécessaires. Il s’agit de redynamiser la croissance du pays. Il va falloir, à un rythme accéléré, créer chaque année un très grand nombre de nouvelles entreprisses dans le secteur secondaire, et prendre toutes les dispositions voulues pour qu’elles trouvent, pour se développer, les capitaux qui leur sont nécessaires. Le passage difficile, pour les jeunes pousses, se situe juste après leur naissance, dans la phase des toutes premières années où l’entreprise peine pour en arriver au stade où elle se trouvera suffisamment importante pour pouvoir intéresser les sociétés de capital risque. C’est là, que sont utiles les « business-angels », ce type d’investisseurs qui ont manqué gravement jusqu’ici en France, et qu’Emmanuel Macron espère voir apparaître et se développer, avec la reforme qu’il a faite de l’ISF.

Cette nécessité de disposer, comme en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, de business-angels entreprenants et incités par la fiscalité à agir, reste pour l’instant très mal comprise par l’ensemble de la population pour qui la reforme de l’ISF qui vient d’être faite reste un mystère inexplicable.

Claude Sicard
Economiste, consultant international

Article initialement publié le 22 mai par Les Echos : "D’où vient le mal français"

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1 réactions :

  • 1. Par hubin, le vendredi 1er juin 2018 (15:24)
    vive Sicard

    voilà qui est clair , mais si la suisse va bien , mieux que nous , c’est qu’elle est bien organisée , mieux que nous , alors pourquoi ne pas prendre modèle sur eux , copier les bons éléves c’est ce que doivent faire les mauvais ,

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