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Business angels de réseau : un travail d’apostolat

Par Dominique Mercier,
le dimanche 24 janvier 2016

Les montants investis par les business angels dits de « réseau » - c’est-à-dire qui investissent collectivement - sont extrêmement limités, puisqu’ils totalisent seulement 45 millions d’euros dans toute la France en 2015. Étant les seuls business angels « visibles » [3] et donc étudiables, il est cependant hautement révélateur d’examiner leur fonctionnement et leurs résultats, qui montrent que leur activité consiste à faire de la philanthropie, ce qui explique les montants extrêmement faibles investis.

Un travail d’apostolat où l’on ne gagne pas d’argent

Un président de réseau, parti, qui a eu l’occasion de témoigner auprès d’Emploi 2017, rapportait que sur les 200 entreprises investies par son réseau depuis 10 ans, il y a eu seulement 2 sorties vraiment réussies, c’est-à-dire qu’il y a eu deux cas où l’entrepreneur a pu revendre son entreprise en faisant faire une vraie plus-value aux business angels. De son expérience, il constatait donc un taux de réussite de… 1%. Ce taux n’est sûrement pas exactement le même dans tous les réseaux mais il montre bien que la dimension « capitaliste » de l’activité de business angel reste en réalité hautement hypothétique. On constate donc ici que structurellement, les véritables réussites, et donc les gains importants sont rares.

Ce constat pourrait surprendre. En réalité, si l’on examine dans le détail ce qu’il advient des investissements, cela n’a rien d’étonnant. Dans les investissements, on constate en effet tout d’abord que 30% des entreprises investies disparaissent au bout de 3 ans, avec le plus souvent une perte sèche de l’intégralité de l’investissement. On constate ensuite qu’il y en a seulement 10% dont on sort au bout de 7 ans, en faisant une plus-value plus ou moins importante, sur laquelle le business angel reversera la plupart du temps plus du tiers à l’État, soit un taux de taxation absolument inédit en Europe. Quant aux 60% d’entreprises restantes, il s’agit de petites entreprises qui tournent tranquillement, où l’entrepreneur se paie son salaire ainsi qu’une petite marge pour les études de ses enfants, et où le capital du business angel est bloqué pendant 30 ans, sans rémunération ni possibilité de sortie. L’entrepreneur en effet n’a aucun intérêt, ni à verser des dividendes à ses investisseurs, ni à racheter leurs parts. Ne récupérant pas leur capital, les business angels ne peuvent donc réinvestir à nouveau dans d’autres start-up, ce qui explique aussi le considérable déficit de financement des jeunes pousses à potentiel de croissance.

Il y a quelques années encore, des taux de déduction d’impôt plus élevés, des conditions plus souples et un meilleur dynamisme économique, rendaient l’activité des business angels souvent neutre, voire éventuellement un peu rentable. Aujourd’hui cependant, les pertes essuyées par ces business angels de réseau sont devenues de plus en plus importantes et avec toutes les restrictions survenues de part et d’autre, les business angels des réseaux avouent investir une partie substantielle de leur temps et de leur argent… pour une rentabilité moyenne en dessous de zéro.

Certains animateurs de réseau en sont donc rendus à avoir un discours légèrement inattendu, prévenant qu’on ne se fait pas d’argent en étant business angel, que c’est même souvent l’inverse, mais que c’est un service civique rendu à la nation en signe de gratitude pour ce qu’elle nous a donné.

Dans un tel contexte, il n’est pas étonnant que les tickets mis par les business angels de réseau soient en chute libre, passant d’une fourchette de 10.000 à 25.000 euros ces dernières années à une fourchette de 5.000 à 15.000 euros. On constate également une régression dans la qualité des projets présentés par les entrepreneurs, avec quantité de gens qui veulent créer pratiquement la même entreprise, par des effets de mode énormes. Ce qui est l’occasion de rappeler que le drame français ne consiste pas seulement en une expatriation des riches - c’est-à-dire des investisseurs potentiels - due à une fiscalité antiéconomique, mais également tout aussi dramatiquement à celle de nombreux jeunes qui rejoignent chaque année les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Allemagne ou la Suisse où ils trouvent une fiscalité plus attractive.

En outre, ces business angels de réseaux peuvent avoir une compétence entrepreneuriale avérée avec le flair du truffier associé, mais ce n’est pas toujours le cas. Certains dirigeants de réseau se sont par exemple rendu compte, il y a quelques années, qu’un certain nombre d’entre les membres n’osaient pas investir, soit parce qu’ils ne connaissaient pas l’entreprise, soit parce qu’ils ne savaient pas laquelle choisir. C’est pourquoi ils ont créé les « SIBA », les sociétés d’investissement de business angels : désormais un membre peut investir « à l’aveugle » dans cette SIBA, qui investit à son tour dans une dizaine d’entreprises, réalisant ainsi une mutualisation du risque.

Dans le cas précis des SIBA, on peut mentionner au passage que Bercy s’est en fait empressé d’apporter d’autres problèmes puisque désormais un business angel qui a investi via une SIBA doit conserver ses titres non plus 5 ans mais 10 ans pour conserver la déduction fiscale initiale de l’ISF-TEPA ou du Madelin. Ce changement, exemple néfaste parmi d’autres, est malheureusement un frein supplémentaire à la mobilité du capital qui reste coincé dans ces entreprises et n’est donc pas réinvesti dans d’autres nouvelles start-up. Dans certain cas, une sortie peut être qualifiée de « forcée » et alors sous certaines conditions l’investisseur conserve l’avantage fiscal, mais cela reste une véritable usine à gaz. D’une manière générale, on ne peut que déplorer une instabilité fiscale chronique, jouant fortement en la défaveur de l’investissement dans les start-up (nous développerons ce point dans un prochain article).

Des business angels en proie à un perpétuel problème de renouvellement

Les business angels de réseau sont par ailleurs assez souvent des retraités ou pré-retraités se mettant à une dizaine ou une quinzaine pour répondre au besoin de financement d’une start-up. Certains réseaux de business angels sont donc face à un problème majeur de renouvellement des investisseurs car la durée de vie d’un membre du réseau est assez limitée. En effet, les investisseurs potentiels deviennent membres d’un réseau au moment de leur retraite vers les 62 ans, ils restent d’abord observateurs pendant une période de deux ans, puis en général les 3 à 5 années suivantes, ils vont investir dans 8 à 10 entreprises, à hauteur de 10.000 à 25.000 euros pour chacune d’elles. Ensuite ils arrêtent d’investir, soit par manque de capital, soit parce que cela leur prend déjà beaucoup de temps de suivre les 10 entreprises investies, soit pour des questions d’âge car en cas d’investissement dans une start-up la sortie se fait 10 ans plus tard, ce qui peut effectivement poser des difficultés sur le plan pratique et successoral. Dans beaucoup de réseaux, le turn-over est ainsi de 20% annuel. Une mauvaise mesure fiscale et en cinq ans… tout a disparu !

On ne peut évidemment que féliciter ces petits business angels courageux qui risquent leur temps et leur argent pour continuer à soutenir tant bien que mal notre tissu entrepreneurial. Néanmoins, force est de constater que notre système fiscal ne permet en fait qu’un traitement homéopathique pour un système atteint du cancer. Les business angels visibles investissent 45 millions annuels alors qu’il faudrait au total au moins 1 ou 2 milliards. Il faut remplacer nos réseaux quasi-philanthropiques par une fiscalité véritablement incitative, pour que les business angels potentiels soient incités à investir massivement, directement et rapidement dans les start-up.


[1Il existe également les « gros business angels », qui investissent individuellement des montants plus importants (certains d’entre eux sont médiatiques, tels que Niel, Simoncini, etc.) mais il n’existe pas de chiffre sur leur activité. Il existe par ailleurs des « fonds industriels » qui investissent également dans les start-up mais qui n’ont ni les mêmes ambitions ni le même comportement que les business angels.

[2Il existe également les « gros business angels », qui investissent individuellement des montants plus importants (certains d’entre eux sont médiatiques, tels que Niel, Simoncini, etc.) mais il n’existe pas de chiffre sur leur activité. Il existe par ailleurs des « fonds industriels » qui investissent également dans les start-up mais qui n’ont ni les mêmes ambitions ni le même comportement que les business angels.

[3Il existe également les « gros business angels », qui investissent individuellement des montants plus importants (certains d’entre eux sont médiatiques, tels que Niel, Simoncini, etc.) mais il n’existe pas de chiffre sur leur activité. Il existe par ailleurs des « fonds industriels » qui investissent également dans les start-up mais qui n’ont ni les mêmes ambitions ni le même comportement que les business angels.

Messages

  • Je suis BA et je constate bien ce qui est expliqué.
    Pour moi cet "apostolat" perdant-perdant ne peut pas être pérenne, en l'absence de résultats financiers positifs.
    Le seul objectif est de gagner un peu en croissance et en emplois bien rémunérés, donc une stratégie win-win. J'ai écrit un article dans "les techniques de l'ingénieur" sur le financement des start ups, qui insiste sur ce cercle vertueux.

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