Entrepreneurs pour la France

Des chefs d’entreprises au service de l’emploi

Accueil > Nos combats > Emploi et chômage

Pourquoi Emmanuel Macron ne gagnera pas la bataille contre le chômage

Par Claude Sicard,
le dimanche 23 septembre 2018

Le chômage dans notre pays se maintient à un niveau anormalement élevé, et ce depuis plus de 25 ans. Le dernier bulletin de l’INSEE indiquait que le nombre de chômeurs de longue durée a atteint « un record de 46,8%, soit trois fois plus qu’il y a dix ans ». A la fin des Trente Glorieuses nous en étions à 3,2% de la population active. Puis on est passé à 8,0% en 1985, et l’on en est venu à 10,0% en 1994. Le Figaro titrait le 26 juillet dernier : « La bataille contre le chômage de masse piétine ». Le chômage est, en effet, reparti à la hausse au second trimestre 2018, et la presse semble s’en étonner. Les observateurs de la vie économique nous parlent du « yo-yo du taux du chômage » dans notre pays. A chaque baisse qu’annonce l’INSEE, il semblerait que naisse l’espoir que s’amorce enfin un mouvement qui ramènerait notre taux de chômage à la norme, c’est-à-dire à 3,5% de la population active. Mais il n’en est rien. Et cela ne peut se faire, vue la structure de notre économie.

Le taux de chômage se maintient donc à un niveau très élevé, avec des oscillations : un peu plus de 9% actuellement, et 6,6 millions de chômeurs, toutes catégories confondues. On se souvient que François Mitterrand s’en désespérait, disant dans une interview télévisée : « On a tout essayé ». François Hollande, lui, avait fait de l’inversion de la courbe du chômage l’enjeu de sa mandature : en vain. Quant à Emmanuel Macron, il table sur un taux de 7% à la fin de son quinquennat. Mais le pari de notre président pourra-t-il être tenu ?

Que se passe-t-il, donc, pour que cette bataille de l’emploi soit dans notre pays si difficile à gagner ? C’est bien la question que la population se pose, et personne ne lui en explique la cause. Il ne s’agit pas d’un phénomène conjoncturel, mais d’un phénomène structurel, ce qui est bien plus grave. François Hollande, qui était un adepte de la théorie des cycles, avait misé sur le fait que la conjoncture se retournerait dans la seconde partie de sa mandature. Cela ne fut pas le cas. Toutes les économies, on le sait, connaissent des phénomènes cycliques, les périodes de croissance et de décroissance s’enchainant : mais, et cela avait échappé à François Hollande, si dans la phase de dépression un pays perd – ce qui a été le cas de la France –, la moitié de ses capacités de production, dans la phase de reprise de l’activité économique l’appareil industriel n’est plus là pour répondre à la demande. Cela se traduit par un accroissement des importations et un creusement du déficit de la balance commerciale ; et le chômage qui s’était installé dans la période de régression ne diminue pas. Ce phénomène de perte de la moitié de nos capacités industrielles depuis la fin des Trente Glorieuses semble ne pas avoir été vu, dans ses conséquences catastrophiques, par la plupart des observateurs de la vie économique de notre pays. Et il n’y a donc pas de miracle à attendre.

A la fin des Trente Glorieuses notre secteur industriel représentait 25,0% du PIB, et les effectifs de l’industrie s’élevaient à 6,2 millions de personnes. Aujourd’hui, la contribution du secteur industriel à la formation du PIB n’est plus que de 10,0%, et les effectifs industriels sont tombés à 2,7 millions de salariés. La moyenne, en Europe, est à 18,0% environ, et la Commission européenne s’en est émue, mais bien tardivement. Aussi a-t-elle fixé, en 2012, aux pays membres, un objectif de 20% à atteindre d’ici à 2020. Et Jean-Claude Juncker est revenu à la charge, déclarant le 13 septembre 2017 : « Je veux rendre notre industrie plus forte et plus compétitive : nous présentons aujourd’hui une nouvelle stratégie industrielle pour l’Europe ». Plusieurs des pays membres sont d’ailleurs au-dessus de l’objectif de 20%, tout spécialement l’Allemagne où les effectifs du secteur industriel sont restés à peu près stables au cours des vingt dernières années.

La théorie de l’évolution des trois secteurs de l’économie qu’avait formulée Jean Fourastié dans « Le grand espoir du XXe siècle », paru en 1949, a par trop faussé le jugement des dirigeants français qui ont vu dans l’amenuisement à grande vitesse de notre secteur secondaire, celui de l’industrie, un signe positif de modernisation de notre pays. Ils s’en sont unanimement réjouis, ayant tous été formés à l’école de Fourastié. Ce fut une très grave erreur, et on le déplore à présent. Une erreur impardonnable qui explique l’état d’assoupissement dans lequel se trouve notre économie : une économie en panne, où tous les clignotants sont au rouge, avec une croissance faible, un endettement s’accroissant chaque année, une balance commerciale lourdement déficitaire, et un taux de chômage impossible à faire régresser.

Il faut comprendre qu’il nous manque, pour le moins, environ 1,8 million d’emplois dans le secteur secondaire, la norme dans un pays comme la France se situant pour le moins à 4,5 millions d’emplois dans ce secteur. Cela correspondrait, nous allons le voir, à un taux de participation de l’industrie à la formation du PIB d’environ 15,0%, ce qui reste encore très éloigné de l’objectif fixé par Bruxelles. Avec 1,8 million d’emplois industriels de plus, nous aurions, par le mécanisme des effets induits, environ 3,6 millions d’emplois supplémentaires dans le secteur tertiaire, celui dit « des services ». En conséquence, nous serions revenus, dans notre pays, à un taux de chômage normal.

L’impact sur notre PIB de ce grave déficit industriel est considérable. Toutes les difficultés rencontrées par notre économie s’expliquent ainsi. Le poids du secteur industriel, si nous étions dans une situation quelque peu rétablie, se trouverait majoré de 150 milliards d’euros environ, et par les effets d’induction sur le secteur des services, on en serait à un PIB accru, au total, de près de 400 milliards d’euros par rapport au niveau actuel.

Le problème est, donc, de savoir si la solution consisterait à créer 1,8 million d’emplois nouveaux dans l’industrie ? Est-ce le bon chiffre, maintenant que l’on en est à une économie numérisée ? Nul ne sait quelle est vraiment la solution, notamment avec les bouleversements apportés par la « quatrième révolution industrielle » et l’intelligence artificielle. Et s’il fallait bâtir un secteur industriel fort « hyper-industriel », combien de temps cela demanderait-il ? Est-ce que nos capacités de R&D se trouvent à la hauteur de cet enjeu face aux budgets de recherche considérables qui sont ceux aujourd’hui de la Chine et des Etats-Unis ? Est-ce que notre fiscalité et notre droit du travail sont en harmonie avec cette nécessité de voir surgir et se développer rapidement des start-up industrielles qui seront, demain, de grandes entreprises employant des milliers de personnes ? Nos budgets de Recherche sont très insuffisants, les efforts de R&D sont mal coordonnés entre le secteur public et le secteur privé, et les aménagements qui ont été apportés récemment au code du travail et à la fiscalité sont totalement insuffisants pour que notre pays retrouve, demain, une situation de l’emploi normale.

Les dégâts qui ont été causés à notre système productif par l’incompétence des différents gouvernements qui se sont succédé depuis la fin des Trente Glorieuses ne peuvent pas être réparés au cours d’un seul quinquennat.

Claude Sicard
Economiste, consultant international

- Suivez EPLF sur Twitter -
notre revue de presse quotidienne

8 réactions :

  • 1. Par schyle 49, le dimanche 23 septembre 2018 (21:42)
    Qu’est-ce que le RSI ? Deux catastrophes, trois problèmes, une solution .

  • 2. Par Picsou 75, le dimanche 23 septembre 2018 (21:58)
    employeur de base, je confirme...

    Bonjour,
    employeur de base, je ne peux que confirmer ce que l’on observe sur le terrain...
    Le salarié a maintenant une "distance" vis à vis de son emploi qui ne cesse de s’accentuer.
    Cet économiste brillant a raison, et voici ce que l’on voit dans la pratique quotidienne : passez une annonce, une offre d’emploi, vous recevez une dizaines de candidatures. 7/10 sont à éliminer car n’ayant rien à voir avec le poste (serveur de restaurant pour un poste d’espaces verts etc...). Vous donnez des rendez vous aux autres : une bonne partie de vient même pas au rdv, et n’appelle pas.
    Si vous ne me croyez pas, faites un test, passez des annonces et vous verrez...
    D’autre part on voit aussi ce qu’on ne voyait pas autrefois (suis employeur depuis 1985)
    Ce sont les abandons de poste. Des que son compteur polemploi est rempli, il disparait. Il est alors licencié pour abandon de poste, et touche deux ans de polemploi. (au moins)

  • 3. Par zelectron, le dimanche 23 septembre 2018 (22:20)
    les ponx

    Vous avez aussi ces 2 études :
    http://fr.irefeurope.org/Royaume-Uni-pour-1-poste-de-fonctionnaire-supprime-4-emplois-crees-dans-le-prive,a3587
    https://fr.irefeurope.org/Un-emploi-public-cree-detruit-1-5-emploi-dans-le-secteur-prive,a3267
    C’est de toute façon à pleurer tellement cela a été prouvé sans aucun effet sur ceux qui nous gouvernent !

    En résumé, un ponx tue 4 emplois civils et jusqu’à 25 pour les hauts fonctionnaires

  • 4. Par CANEPARO, le lundi 24 septembre 2018 (09:11)
    Excellent ! il y a urgence

    Cet article est dans la continuité de vos articles précédents. Ils font la pédagogie des causes de notre déclin et peut être bientôt de l’effondrement de notre économie à venir. Les mesures prises par le gouvernement Macron sont-elles à la hauteur de nos handicaps et peuvent-elles redresser la France ou simplement vont elles freiner notre déclin. En fait nous avons les mêmes problèmes qu’ont connu avant nous certains grands pays : espagne, allemagne, danmark, suede, canada,.. Mais nous sommes à un niveau de délabrement industriel et sociétal qu’il faudrait faire des réformes bien plus sévères.
    La priorité numéro1 comme vous le suggérez : mettre au travail les oisifs.
    par exemple : durée de 3 ans des CDD dans le privé comme dans le public avec possibilité de renouvellement multiple dans la limite de 3 ans au total cumulé.
    CDIC avec 15 jours de préavis de licenciement comme instaurés en espagne.
    Smic saisonnier dans les campagnes à 900 euros. Smic jeunes inférieur au smic actuel.
    Baisse des cotisations patronales et salariales sur tous les salaires. Suppression des taxes CVAE et foncières pour toutes les entreprises. dégressivité forte des indemnités de chômage. Suppression des offices HLM transformés en société privé non subventionnés par les entreprises. Idem pour le logement intermédiaire, ...Baisse de 10% du salaire des fonctionnaires sur deux ans comme en Espagne,...
    Il y a urgence !!

  • 5. Par Sarah LENTY, le lundi 24 septembre 2018 (09:48)
    Pourquoi Macron perd tous ses paris ?

    Il y a 2 contre-exemples à la politique de Macron :
    1/ Les États-Unis : Trump a baissé les impôts et il fait la guerre à la Chine pour que celle-ci cesse de se comporter en prédateur : valeur du Yuan sous-évaluée et pillage des hautes technologies (par l’implantation d’usines en Chine et rachat de sociétés étrangères de haute technologie). Il prend des mesures (taxes à l’importation, entre autres) destinées à faire revenir les entreprises sur le sol américain. Il a aussi stoppé l’immigration clandestine (-70% depuis le début de sa présidence).
    2/ Israël : le rapport ingénieurs/population est le plus élevé au monde. Selon les chiffres de l’Unesco, 1,7 millier de milliards de dollars sont investis dans le monde dans le domaine de la recherche et du développement (R&D). Dix pays représentent à eux seuls 80% de ces dépenses. Ce sont eux qui comptent le plus grand nombre de chercheur par habitant. Et en numéro 1 c’est Israël avec 8 000 chercheurs pour 1 million d’habitants. Résultat : 4% de taux de chômage. Ce pays n’a nul besoin de faire appel à l’immigration de masse.
    Bref, ces deux pays savent se faire respecter, sans se laisser dicter leur conduite par l’ONU, les fonctionnaires européens ou autres instances infestées de théoriciens fumeux.

  • 6. Par HUBIN, le lundi 24 septembre 2018 (10:08)
    Vive les usines

    Oui bien sur qu’elles vivent car comme démontré par M . Sicard c’est elles qui nous font vivre ! Mais elles ont un ennemei c’est la Dréale ! Partout en France cet organisme administratif n’a qu’un but : réduire les M° industriels , une bonne usine c’est une usine morte et ils ont les pouvoirs de nuire suffisants pour empécher leur expansion .
    Ils dépendent de M. Rugy , mais il ne doit pas le savoir et les laissent punir toutes les initiatives de construction d’usines , en alourdir le cout , dissuader les entrepreneurs !

    Et les politiques laissent faire , Madelin a supprimé le ministère de l’industrie , il en a supprimé les services et il avait raison mais dans le monde bureaucratique français il a de ce fait laissé libre le champ de l’action néfaste des services opposés et cela a donné la dréale , les tueurs de l’industrie française !

  • 7. Par Eric Cavalier, le lundi 1er octobre 2018 (17:27)
    Fourastié n’a pas eu de disciples...seulement de faux interprètes.

    Je souscris à l’analyse d’ensemble, mais je conteste cette interprétation trop fréquente que l’élite Française, en sacrifiant l’industrie, aurait en quelque sorte "suivi" les recommandations implicites de Fourastié (il faut du reste rappeler qu’un autre célèbre économiste contemporain, Colin Clark, a fait des travaux parallèles de même nature). D’abord la plupart d’entre eux n’ont pas lu Fourastié qui était de la génération précédente. Ensuite Fourastié, dans sa conclusion des Trente Glorieuses avait largement anticipé l’avènement des "temps difficiles" ; le fait d’avoir mis en évidence le déclin relatif des trois "secteurs" primaire/secondaire/tertiaire n’était qu’un constat empirique qui n’impliquait en rien le sacrifice tel qu’il fut pratiqué de notre industrie et l’abandon de toute notion de souveraineté industrielle. Dans tous les pays "avancés", la part relative de l’industrie dans la valeur ajoutée nationale a baissé, au fur et à mesure que l’économie s’est dématérialisée et que le secteur tertiaire lui-même s’est subdivisé dans le cadre de sociétés post-industrielles ; mais cela n’impliquait en rien la destruction de notre tissu, la perte de nos champions industriels, le recul du nombre de PME exportatrices (au sens Insee) et l’ insuffisante modernisation des entreprises survivantes. Fourastié n’est pas le responsable post-mortem de cette situation...La réalité est que notre stratégie économique et monétaire a été mauvaise et Fourastié l’eût certainement dénoncée, lui qui était bien placé pour connaître le rôle-clef de la productivité de l’industrie, qui avait permis de répondre au "grand espoir du 20è siècle". La vérité est que cette stratégie plus ou moins consciente a conduit la France à perdre la guerre économique quand d’autres continuaient à contrôler le terrain industriel (Allemagne) ou à l’investir (Chine et Asie de façon plus générale). Il n’est du reste pas interdit de penser que si la guerre économique a été perdue, c’est d’abord et avant tout en raison du renoncement de l’élite à toute idée de puissance politique et d’indépendance de la France, qu’elle a préférée voir s’effacer derrière la commission de l’UE, dont les directives tiennent lieu de politique économique. Ce renoncement a conduit à des choix économiques et monétaires désastreux. Et nous allons continuer à en payer le prix, car le chômage et le déficit extérieur ne peuvent que persister sur les bases actuelles.

  • 8. Par zelectron, le mardi 2 octobre 2018 (00:11)
    Impossible est français

    On ne peut tout à la fois avoir pléthore de fonctionnaires, collatéraux, comités Théodules et élus en nombre (680 000) et des emplois à foison dans le secteur civil

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message