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Explosion des CDD : non au malus, oui à la flexisécurité

Par Xavier de Yturbe,
le mercredi 6 mars 2019

Est-il pertinent d’appliquer le principe du pollueur-payeur (malus) au cas précis des chefs d’entreprise qui recourent surtout aux contrats à durée déterminée (CDD) plutôt qu’aux contrats à durée indéterminée (CDI) ?

En quoi l’Etat, les syndicats et les branches sont-ils plus crédibles que le chef d’entreprise pour savoir mieux que lui les ressources humaines dont il a besoin ? En quoi un chef d’entreprise qui recourt plus aux CDD que ses pairs dans la même branche a-t-il moins raison qu’eux de son point de vue, qui est avant tout de créer du profit pour créer et maintenir des emplois ? L’idée du malus n’impliquerait-elle pas ainsi une malsaine confusion des genres ?

L’éventualité du malus pose aussi des questions d’opportunité économique et sociale : le malus ne risque-t-il pas de se retourner contre son objectif en dissuadant le chef d’entreprise d’embaucher même en CDD, ce qui reviendrait à remplacer un CDD par du chômage ainsi qu’à provoquer un manque à gagner en termes de croissance ?

Qui a prouvé qu’un chef d’entreprise qui recourt surtout aux CDD ne favorise pas in fine l’emploi en termes de nombre de journées travaillées ? Qu’est-ce qui prouve qu’avec la digitalisation la vraie tendance du marché du travail ne s’oriente pas actuellement vers une substitution de la relation prestataire-client à une relation salarié-employeur ? Est-il équitable de soumettre à la double peine le chef d’entreprise qui ne peut pas objectivement - ou estime ne pas pouvoir - embaucher davantage de CDI ? Non seulement il ne peut pas profiter de la stabilité de ses ressources humaines, ce qu’il serait peut-être le premier à souhaiter, mais en plus l’Etat lui inflige une sanction. Partir avec une idée de malus, n’est-ce pas reconnaître officiellement qu’on ne fait pas confiance aux seules forces vives qui créent des emplois productifs et est-ce bon de donner un tel signal dans la dureté de la compétition mondiale ?

Une solution responsabilisante

Pourquoi ne pas s’orienter vers une solution moins polémique, plus saine et responsabilisante, utilisée avec efficacité dans d’autres pays, c’est-à-dire la flexisécurité ? On reconnaît une fois pour toutes que la flexibilité est un moyen efficace de management pour la compétitivité et donc pour l’emploi, ainsi qu’elle est une tendance lourde et irréversible de l’évolution du marché du travail. Et on tente de faire confiance à ceux-là seuls qui ont la main sur l’emploi productif, c’est-à-dire les chefs d’entreprise. Puis on fait évoluer la politique de l’emploi davantage vers une politique active de retour à l’emploi que vers une politique passive d’accompagnement des chômeurs, laquelle politique passive est quelque part toujours une reconnaissance d’échec (la France étant d’ailleurs un des pays d’Europe ayant la plus grande proportion de dépenses passives par rapport aux dépenses actives pour l’emploi, en pourcentage du PIB).

Exemples parmi d’autres, pourquoi ne pas intensifier la polyvalence des compétences afin de permettre de répondre à plusieurs métiers différents, les structures de multi-employeurs, la gestion territoriale fine des compétences permettant de savoir à n’importe quel moment où il y a des besoins dans un même bassin d’emploi, la formation à la flexibilité mentale, géographique et professionnelle, l’encouragement des entreprises de travail temporaire pouvant sécuriser un tant soit peu les salariés multi-emplois, le télétravail, les multibureaux... ? L’autre danger du malus, c’est qu’il nous prive de l’effort d’imagination de trouver des solutions sociales à l’inévitable besoin de flexibilité.

Article publié le 1er Mars par Les Echos

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1 réactions :

  • 1. Par PHILIPPE74, le mercredi 6 mars 2019 (20:59)
    Le régime des intermittents menacé

    L’état souhaite réserver le régime des intermittents aux activités de spectacle, pas à l’industrie ou au commerce, les décisions des politiques rendent pourtant beaucoup plus incertains ces métiers que ceux généreusement subventionnés !!

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