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Macron et la réorganisation de l’islam en France
Pas d’autre solution que de légiférer

Par Claude Sicard,
le mercredi 10 octobre 2018

Emmanuel Macron avait annoncé, début février 2018, qu’il comptait « poser les jalons d’une nouvelle organisation de l’islam en France », et qu’il se prononcerait avant la fin du premier semestre 2018. Dans une déclaration au JDD, il avait expliqué qu’il s’agit « d’inscrire le culte musulman dans une relation apaisée avec l’Etat et les autres religions ». La question est extrêmement complexe, et notre président peine, manifestement, à déterminer ce qu’il convient de faire. On attend donc ses déclarations.

On doit s’interroger pour savoir dans quelle mesure il revient à la puissance publique de traiter de ce type de problèmes. L’Etat français a déjà œuvré pour que se crée une instance de représentation de l’islam auprès des pouvoirs publics, et Nicolas Sarkozy a créé, en 2003, le CFCM (Conseil français du culte musulman). Cet organisme a fait de son mieux pour tenter de faire évoluer l’islam en France, notamment en publiant, en 2017, une « charte de l’imam » à laquelle tous les imams de notre pays auraient souscrit. Il se serait agi, pour eux, de se déclarer adeptes d’un « islam du juste milieu », un islam qui serait tolérant et compatible avec les lois de notre république. Les réactions de rejet furent immédiates et violentes, notamment celles de la Fédération de la Grande Mosquée de Paris et de l’UOIF. Cette initiative fut donc un échec, les imams déniant au CFCM une quelconque compétence en matière religieuse. Le CFCM est très contesté, et jugé insuffisamment représentatif de tous les musulmans de France. On cherche donc, à présent, à déterminer par quelle voie l’ensemble des musulmans de notre pays pourraient se trouver mieux représentés. Les problèmes à traiter sont très divers : soustraire les musulmans français à l’influence des gouvernements de divers pays étrangers, notamment l’Algérie, le Maroc et la Turquie, régler le problème du financement des mosquées, voir comment sélectionner correctement les imams qui exercent dans les mosquées, maîtriser les circuits financiers de la viande hallal, etc.

Et, surtout, et avant tout, comment traiter le problème de la formation des imams, une formation qui déterminera la teneur des messages que ces religieux diffuseront à leurs fidèles, le vendredi, dans les mosquées. Ce problème est capital. Pour l’instant, beaucoup d’imams exercent cette fonction en s’étant formés eux-mêmes, ou en s’étant formés dans leur pays d’origine. Quant aux deux instituts qui existent en France, à Château Chinon dans la Nièvre, et à Saint-Denis, ils sont des émanations de l’UOIF, ce qui n’est guère rassurant.

La formation des imams pose la question fondamentale de savoir s’il va s’agir de s’en tenir à une lecture littérale du Coran, ou bien à une interprétation des textes sacrés, et alors laquelle ? Le vœu de voir surgir un « islam de France » est louable, mais il ne pourra s’agir que d’un islam réformé, c’est-à-dire s’éloignant considérablement des textes qui sont, par définition, pour les musulmans, sacrés car il s’agit, pour eux, de la « parole de Dieu ». On voit bien que le problème est insoluble, car il n’existe pas dans cette religion d’autorité qui puisse guider les fidèles. Tous les réformateurs de l’islam ont, jusqu‘ici, échoué, et beaucoup ont été condamnés à mort dans leur pays pour apostasie. On ne peut enseigner aux imams que le Coran tel qu’il a été révélé au Prophète Mahomet au VIIe siècle, et les sourates comportent bon nombre d’injonctions faites aux croyants qui sont totalement contraires à nos valeurs et à nos principes démocratiques. Les autorités françaises, face à ce problème, se trouvent totalement démunies. L’islam est en même temps foi (aqîda) et loi (sharia), religion (dîn) et Etat (dawla). L’Etat français, pas plus que quiconque d’autre, n’est en mesure de faire une séparation du domaine religieux du domaine politique dans l’islam.

La seule possibilité dont dispose notre Etat pour régler le problème de la compatibilité de l’islam avec les lois de la République est de légiférer. Il s’agirait de concevoir une loi interdisant que des revendications portant sur l’organisation de notre société soient formulées au nom de la nécessité de respecter des « obligations religieuses ». De telles revendications devront automatiquement être considérées comme de nature à porter atteinte à l’ordre public dans notre société qui est régie par la loi de 1905. La Déclaration universelle des droits de l’homme, à laquelle ne manqueraient pas de se référer ces personnes, prévoit que les individus sont libres, effectivement, d’exprimer leurs croyances religieuses, y compris dans l’espace public, pour autant, toutefois, que cela ne porte pas atteinte à « l’ordre public ». Exiger que l’on change les modes actuels d’organisation de notre société pour tenir compte de certaines obligations religieuses des musulmans doit être considéré comme une démarche de nature à troubler l’ordre public. C’est le cas avec le problème de la viande de porc dans les cantines des établissements scolaires publics, ou des hôpitaux, avec la séparation demandée des hommes et des femmes dans les piscines, avec les difficultés faites à des médecins de sexe masculin pour prendre en charge des patientes dans les hôpitaux, avec les demandes faites aux chefs d’entreprise de modifier l’organisation du travail dans leur entreprise pour respecter le jeûne du ramadan, etc. Autant de démarches qui sont de nature, manifestement, à troubler l’ordre public.

L’Etat doit respecter la loi de 1905 sur la laïcité. Par son rôle de défense de la laïcité, des demandes formulées en s’en référant à des obligations religieuses ne peuvent pas être prises en compte.

Le problème de l’émergence d’« un islam de France » est à laisser aux musulmans eux-mêmes : depuis les mutazilites, qui avaient voulu introduire la raison dans la lecture du Coran, au Xème siècle, et qui ont échoué, l’islam est resté figé.

Il reste à formuler des vœux pour que de nouveaux réformateurs apparaissent bientôt, qui puissent avoir l’assentiment des tous leurs coreligionnaires, en France : et encore faudrait-il que les grandes puissances du Golfe n’aient rien à y redire, car elles ne manqueraient pas de manifester auprès de notre gouvernement leur désapprobation, avec des mesures de rétorsion, au plan économique, qui nous affecteraient.

Claude Sicard
Auteur de « Le face à face islam chrétienté : quel destin pour l’Europe ? »
Et « L’islam au risque de la démocratie », préface de Malek Chebel, (Ed. F.X de Guibert)

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