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Les pilleurs ne sont pas des émeutiers
et le pouvoir ne doit pas avoir peur de la violence légitime.

Par Bertrand Nouel,
le mercredi 20 mars 2019

Les Nations ont besoin de respirations, la France comme les autres. Ces respirations portent des noms divers. 1789, une révolution confisquée par la bourgeoisie mais immense. Le Directoire, le Consulat, l’Empire, 1830 aussi, des révolutions de palais. 1948, une petite révolution, menant à la première République. Avec la Commune, nous descendons au niveau de l’émeute, une grosse émeute certes, avec beaucoup de morts. Le Front populaire, une émeute aussi, avec encore des morts. 1968, une émeute, confisquée par les syndicats, mais pas de morts quasiment. 2018, ce n’est même plus une émeute, mais une simple manifestation, assez minuscule, sur laquelle se greffe une descente de pilleurs, avec un gouvernement paniqué à l’idée de faire des morts.

Entre temps, on a en effet inventé les canons à eau, les gaz lacrymogènes, les armes non létales, l’idée que la France pourrait être gouvernée « en même temps » à gauche et à droite dans le cadre d’un vaste consensus. Violences interdites. N’empêche que la respiration actuelle n’est, évidemment, ni une révolution, ni même une émeute, ni même une jacquerie, mais seulement une occasion pour quelques centaines de casseurs de se manifester au milieu de l’étalage du luxe sur la « plus belle avenue du monde ». Insupportable évidemment, mais tellement petit !

Chaque semaine pendant quatre mois, c’est sûr, c’est très irritant. Mais c’est parce qu’en quatre mois, on n’a même pas réussi à faire des morts. On a armé les forces de police de pistolets avec des flèches en caoutchouc et on leur a demandé de faire des photos. Le ministre de l’Intérieur a confessé avoir donné son accord au préfet de police lorsque, le jour du vandalisme de l’Arc de Triomphe, ce dernier lui demandait l’autorisation de « retirer » les forces de police en raison du danger pour leur propre vie que leur présence entraînait. Pas étonnant que les casseurs s’en donnent à cœur joie chaque samedi. Et pourtant, ces casseurs ne sont pas des émeutiers, aucun n’est armé autrement qu’avec des « armes par destination ». Ils sont avant tout motivés par l’aubaine du pillage et non par de quelconques revendications politiques structurées. Quant aux médias, on les voit au moins aussi intéressés par les séjours au ski du président et en boîte de nuit du ministre. Tout cela est insupportable, mais pas vraiment du niveau des respirations auxquelles nous nous sommes référés.

Les casseurs ont besoin des Gilets jaunes, mais les Gilets jaunes ont aussi besoin des casseurs pour qu’on parle d’eux et qu’on les prenne au sérieux. Et l’on comprend très bien qu’ils laissent faire les casseurs, s’en rendant complices. A noter qu’il n’y a aucun casseur accompagnant les autres manifestations, pourtant bien plus importantes, qui ont défilé ce samedi à Paris. Mais les Gilets jaunes paraissent avoir manqué leur coup, ils sont beaucoup trop peu nombreux à vouloir dorénavant se mêler à la violence des casseurs. Le gouvernement de son côté semble enfin disposé à prendre les moyens nécessaires pour faire cesser les cassages et pillages, et peut-être prendre le risque de faire des morts.

Samedi prochain, il est probable que les casseurs-pilleurs perdront le soutien des Gilets jaunes « ordinaires » et que le maintien de l’ordre sera assuré, sauf sporadiquement. Fin de cet épisode, peut-on penser.

Reste quand même que la boîte de Pandore des doléances est ouverte, et qu’il faudra trouver un moyen pour la refermer. C’est un gros risque pris par le gouvernement, car il devra tenir compte des enseignements du Grand débat à la mesure du succès que ce dernier a rencontré, alors que la réponse à la revendication première, relative au pouvoir d’achat des Français dans le contexte d’un développement continu des services publics, est une promesse impossible à tenir.

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