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Les flux migratoires européens vont-ils provoquer une mutation de notre société ?

Par Claude Sicard,
le vendredi 27 septembre 2019

Depuis la fin de la période coloniale on assiste au développement de flux migratoires importants en provenance des anciennes colonies, et ces migrants qui viennent s’installer dans les pays de la vieille Europe provoquent, à présent, en devenant nombreux, des réactions négatives de la part des populations locales. Ces nouveaux arrivants qui sont issus de pays musulmans, rompent l’harmonie des relations sociales dans les pays où ils s’installent, du fait qu’ils exigent le droit de conserver leurs spécificités culturelles, ce que la charte des droits de l’homme à laquelle adhèrent tous les pays européens les autorise à faire. Issus d’une civilisation différente de la nôtre, ils en viennent même à réclamer que les pays d’accueil modifient la façon dont se trouve organisée leur vie en société. Il s’agit, tout particulièrement bien sûr, des pays qui étaient précédemment de grandes puissances coloniales, à savoir la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et les Pays-Bas. Par leur refus de s’assimiler aux populations des pays qui les accueillent, ces immigrés provoquent dans les populations des pays européens un sentiment que les sociologues qualifient de « sentiment d’inquiétude culturelle ».

De quoi s’agit-il exactement ? Le journal Le Monde du mardi du 17 septembre dernier a publié les résultats d’un sondage Ipsos-Sopra Steria qui nous apprend que 64% des sondés ont le sentiment que l’« on ne se sent plus chez soi en France », et 66% considèrent que « les immigrés ne font pas d’effort pour s’intégrer ». Cela tient au fait que tous ces immigrés sont issus d’une civilisation différente de la nôtre, la civilisation musulmane : il ne s’agit nullement d’un problème de racisme, mais d’un problème d’anthropologie sociale et culturelle. Ce qu’un auteur comme Samuel Huntington, professeur de sciences politiques à Harvard, avait appelé dans un ouvrage qui fit grand bruit lorsqu’il parut en 1996, « Le choc des civilisations ». Huntington a été très critiqué pour avoir sans doute poussé trop loin sa thèse, disant que le monde allait s’organiser, dorénavant, sur la base des civilisations, et non plus selon des options politiques. On sortait, en effet, de l’affrontement Est-Ouest, qui s’est achevé par la chute du mur de Berlin, et l’on se demandait comment le monde allait, demain, s’organiser. Mais les analyses de Samuel Huntington n’en demeurent pas moins pertinentes, et elles auraient mérité d’être prises en compte, ce qui n’a guère été fait en raison du discrédit important dont a souffert en Europe cet universitaire américain. Il eut fallu s’en tenir aux compétences d’anthropologue de cet universitaire qui nous disait que les distinctions les plus importantes entre les peuples sont d’ordre culturel.

Pour Huntington, la civilisation représente l’entité culturelle la plus large. Il dit, dans son ouvrage : « Elle est le mode le plus élevé de regroupement, et le niveau le plus haut d’identité culturelle dont les humains ont besoin pour se distinguer ». Ainsi, le monde se partage-t-il entre un certain nombre de civilisations : sept, selon Samuel Huntington, mais cinq seulement selon un autre auteur, Matthews. Chaque civilisation a ses propres spécificités, ses façons de penser et de voir le monde. Il faut bien réaliser ce que l’on entend par « civilisation » et il est utile, pour cela, de s’en référer à l’excellente définition qu’en a donnée le sociologue mexicain Rodolfo Stevenhagen dans un travail qu’il fit pour le compte de l’UNESCO. C’est, nous dit-il : « L’ensemble des traits distinctifs spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société. Cela englobe, en outre, les arts et les lettres, les modes de vie, les façons de vivre ensemble, le système des valeurs, les traditions et les croyances ». Et les sociologues nous disent, unanimement, que chaque civilisation a pour fondement une religion : il s’agit du judéo-christianisme dans le cas de la civilisation occidentale, de l’islam dans celui de la civilisation musulmane.

Les Occidentaux ont fait, au XVIIIe siècle, ce que Marcel Gauchet a appelé « une sortie de religion » : ils ont conservé les valeurs chrétiennes, en les laïcisant. Elles sont, de toute évidence, le fondement de la déclaration des droits de l’homme de 1789, déclaration qui a été reprise intégralement, comme on le sait, en 1948, par les Nations-Unies. Certains auteurs, comme par exemple Jean-louis Harouel, dans leurs ouvrages, nous disent que les droits de l’homme sont devenus aujourd’hui la religion des pays occidentaux, une religion qui a pour prêtres les juges.

Dans le cas de la civilisation islamique, il ne s’est pas encore opéré ce phénomène de « sortie de religion » qui s’est produit dans le monde occidental, du fait que la religion musulmane est totalement englobante : elle couvre les domaines spirituel, moral, social, et politique. Dans le christianisme, il n’en est pas de même, Jésus ayant déclaré : « Il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », ce qui a permis aux sociétés d’origine chrétienne de faire une séparation entre les affaires religieuses et les affaires civiles. Tel n’est pas le cas, et ne peut nullement l’être, avec l’islam. Le recteur de la Grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, a bien rappelé, dans une interview accordée en juin 2013 au Figaro, que « L’islam n’est pas une religion comme les autres ». Il voulait indiquer aux pouvoirs publics qu’il faut tenir compte de cette spécificité : il n’y a pas dans l’islam de séparation entre le domaine spirituel et les domaines civil et politique. Islam signifie « obéissance », « soumission », et l’homme doit vivre sous le regard de dieu en se conformant aux préceptes du Coran. Ceux-ci régissent aussi bien la vie publique que la vie privée des individus.

On objectera, et c’est là un argument souvent avancé, que tous les musulmans ne sont pas nécessairement des croyants, et même ceux qui le sont ne suivent pas toujours fidèlement les prescriptions du livre saint de l’islam. Il faut en venir, alors, pour aller plus loin dans la compréhension des problèmes de société posés par ces nouveaux arrivants, à la notion d‘identité.

L’identité tient une place importante en sociologie, tous les sociologues nous disant que les individus ont un besoin vital d’avoir une identité. Le philosophe Hegel a affirmé, après Kant, que le besoin de reconnaissance constitue l’une des exigences fondamentales de l’homme : chacun a besoin d’être reconnu comme doté d’un certain mérite, et d’une certaine dignité. Très souvent, d’ailleurs, les individus se trouvent prêts à risquer leur vie pour satisfaire ce besoin de reconnaissance. La notion d’identité se situe à l’articulation du social et du psychologique, et Erikson qui a élaboré une théorie de l’identité, nous dit qu’une étape importante est celle de l’adolescence, une phase où l’individu s’efforce de répondre à la question « qui suis-je ? ». Dans cette phase, l’environnement dans lequel évolue le jeune individu est très important. Un jeune musulman mettra donc un point d’honneur à rester fidèle à sa communauté, c’est-à-dire à la « Oumma », cette communauté mythique qui réunit tous les musulmans du monde par-dessus les frontières. Et dieu a dit aux croyants que cette communauté est la meilleure qu’il ait jamais créée.

Pour les jeunes musulmans qui se trouvent au stade où se forge leur personnalité, cette communauté à laquelle ils appartiennent a une très longue histoire. S’agissant essentiellement d’arabes dans le cas des musulmans qui migrent en Europe, il s’agit principalement de l’histoire de la confrontation depuis 14 siècles entre leur monde et celui des « chrétiens ». Cette histoire, très longue, a comporté des phases de succès et des phases d’échec pour chacune des deux civilisations. Il y eut une première phase glorieuse pour les arabes, après la mort en Arabie du prophète Mahomet, avec leurs foudroyantes conquêtes qui les amenèrent jusqu’au cœur de l’Europe. Ils occupèrent l’Espagne pendant plusieurs siècles. Il y eut ensuite les Croisades, un épisode de deux siècles qui a beaucoup marqué les esprits chez les arabes du fait des massacres faits à Jérusalem par les croisés. Puis les rois chrétiens parvinrent à chasser les musulmans d’Espagne, mettant fin à la Reconquista. Dans la partie orientale de l’Europe ce furent les luttes pendant des siècles avec les Turcs qui arrivèrent par deux fois jusqu’à Vienne. Cela se termina par la chute de l’empire ottoman, et l’abolition du califat en 1924. Au XIXe siècle, le mouvement repartit, mais dans l’autre sens cette fois : ce fut la période coloniale où l‘on vit les grandes nations européennes s’installer, par la force des armes, dans un grand nombre de pays musulmans, en Afrique, au Moyen orient, et en Asie. Finalement, après la dernière guerre mondiale, c’est-à-dire tout récemment, les pays musulmans qui avaient été colonisés parvinrent les uns après les autres à se libérer du joug des pays occidentaux qui avaient voulu leur imposer leur loi. Les musulmans qui sont parvenus à triompher des nations occidentales qui avaient entrepris de les dominer, se trouvent justement fiers, et tout particulièrement les jeunes, de ces succès remportés enfin sur l’Occident. Et beaucoup d’entre eux considèrent même qu’ils ont comme une revanche à prendre. L’Europe, elle, oublieuse des luttes du passé, et animée soudain de sentiments de culpabilité, leur ouvre ses portes en vertu des valeurs héritées du christianisme, valeurs qui s’incarnent dans les textes de la Charte européenne des droits de l’homme. On a même vu Emmanuel Macron, lors du voyage qu’il fit en Algérie à la veille de son élection, aller jusqu’à qualifier de « crime contre l’humanité » la colonisation de l’Algérie par la France, une prise de position tout à fait mal venue qui ne peut que renforcer les sentiments d’hostilité des Algériens à l’égard des Français. Et l’on sait que dans les migrants arabes qui viennent s’installer en France il y a de nombreux Algériens.

Certains observateurs, au nom du mondialisme et de la bien-pensance régnante, expliquent volontiers que tous les immigrés que la France avait accueillis précédemment s’étaient parfaitement intégrés à la nation. Ils en prennent prétexte pour affirmer que les nouveaux arrivants s’intègreront parfaitement, eux aussi, à leur tour. Ils négligent un fait important : ces Polonais, ces Italiens, ces Grecs, ces Portugais, etc. qui étaient venus s’installer en France étaient tous de la même civilisation que le pays d’accueil. Ils n’avaient donc pas à changer d’identité, mais seulement de culture, ce qui est beaucoup plus aisé. Et il faut, là, rappeler la différence fondamentale existant entre les notions de culture et de civilisation.

A l’intérieur de chaque « civilisation », il existe plusieurs « cultures » : dans le monde occidental la culture des pays protestants, par exemple, n’est pas la même que celle des pays catholiques, et l’on voit bien que la culture des Américains n’est pas la même que celle des Européens : mais, tous appartiennent à la même civilisation. Demander donc à un musulman de s’assimiler lorsqu’il vient faire sa vie dans un pays européen c’est lui demander de renoncer à son identité pour adopter celle d’un occidental : au mieux, il pourra s’« intégrer », mais il ne s’assimilera pas. S’« intégrer » signifie pour un individu accepter de vivre en bonne intelligence avec les habitants du pays d’accueil, sans perdre son identité. S’« assimiler » implique que ce nouvel arrivant change d’identité, ce qui est toujours extrêmement douloureux pour un individu. Et l’on se trouve, avec la Convention européenne des droits de l’homme, dans des pays où, précisément, il n’est nullement demandé aux immigrés qui s’installent durablement qu’ils renoncent à leur identité.

Les flux migratoires, dans les années à venir, vont être très difficiles à maitriser : il faudra donc s’habituer à l’idée que les musulmans qui s’installent en Europe ne renoncent pas à leur identité. Il va en résulter un fort impact sur notre civilisation, c’est du moins ce que nous enseigne le fameux anthropologue Claude Lévi-Strauss qui expliquait dans un document qui lui avait été demandé par l’UNESCO, ce qui se passe lorsque deux civilisations sont en concurrence dans un même espace géographique.

Lévi-Strauss disait : « On aperçoit mal comment une civilisation pourrait profiter du style de vie d’une autre, à moins de renoncer à être elle-même. En effet, les tentatives de compromis ne sont susceptibles d’aboutir qu’à deux résultats :
- Soit une désorganisation, et un effondrement du pattern d’un groupe ;
- Soit une synthèse originale qui alors consiste en l’émergence d’un troisième pattern, lequel devient irréductible par rapport aux deux autres »

Dans cet affrontement entre les deux civilisations, en Europe, aucune des deux ne pourra se trouver détruite, et c’est donc la solution de synthèse qui va triompher, c’est-à-dire une mutation de notre civilisation, avec apparition d’un nouveau pattern. Il va donc bien se produire une mutation de notre civilisation occidentale, dans sa forme européenne. Certains s’en alarmeront, et d’autres trouveront qu’il est normal qu’une civilisation en arrive à son terme. On se souvient que Paul Valery avait dit : « Nous autres, civilisations, savons que nous sommes mortelles ».

Claude Sicard , auteur de : « Le face à face islam-chrétienté : quel destin pour l’Europe ? » (Editions François Xavier de Guibert).

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4 réactions :

  • 1. Par zelectron, le vendredi 27 septembre 2019 (12:41)
    Aidez l’Afrique, elle vous aidera

    La charte des droit de l’homme à oublié de spécifier que lorsqu’un pays ou des individus piétinent ces mêmes droits ils s’excluent de tous les avantages conférés par l’Europe, au premier chef du droit de résidence, ainsi que de discourir contre les valeurs de l’Europe.
    En clair : ne pas nourrir des serpents.

  • 2. Par Charles Garnier, le vendredi 27 septembre 2019 (21:12)
    Analyse des flux migratoires très pertinente

    Claude Sicard nous ouvre les yeux sur ce qui n’est encore pas suffisamment perçu par nos gouvernants, soit par lâcheté, opportunisme électoral ou manque de vision. Malheureusement, le constat vient nous rappeler qu’à force d’attendre à prendre à bras le corps ce problème, il nous reviendra en boomerang et nos enfants pâtiront de cette candeur ou de ce manque de vision stratégique. La mort de Jacques Chirac qui refusait de reconnaître nos origines chrétiennes nous rappelle que notre civilisation culturelle ne sera reconnue que le jour ou nous aurons un Président courageux, et volontariste dans la façon d’éradiquer un islamisme rampant au nom de la laïcité !

  • 3. Par Charles Garnier, le vendredi 27 septembre 2019 (21:43)
    Un extrait d’un texte des Identitaires sur ce problème

    L’immigration n’est pas un sujet, c’est le sujet !
    Le sujet de l’immigration n’est pas un sujet parmi d’autres. Il n’est pas seulement un sujet important. Il est le sujet. En effet, il touche à tous les aspects de la vie d’un peuple, culture, sécurité, souveraineté… et surtout, en fin de course, il pose la question de la vie ou de la mort d’un peuple. Une migration de faible ampleur est un phénomène commun à l’histoire des hommes. Une immigration massive, issue de populations exogènes d’un point de vue civilisationnel, est un phénomène plus rare, mais dont on connait la fin fatale : la disparition du peuple autochtone ou sa libération par la guerre.
    Qui veut de cette alternative ? Qui ne préfère pas que le problème soit résolu autrement ? La solution s’appelle Remigration. La Remigration relève du soft power. Elle va à l’encontre de l’hystérisation de la question identitaire créée par la gauche.
    Pour être efficace, la Remigration doit reposer sur une analyse correcte de la situation. La distribution automatique des cartes nationales d’identité a créé des millions de Français qui ne vivent pas comme des Français et qui souvent aussi ne partagent aucune des valeurs « républicaines », cet alpha et omega de la vulgate dominante. La Remigration devra donc être précédée d’une mise au clair de cette question. Le droit est au service du politique qui lui-même sert le peuple. Il est temps de le rappeler.
    Ils savent mais ne font rien
    Nous sommes convaincus que dans leur for intérieur militants et chefs de la droite, LR et assimilés, savent tout cela. Mais ils n’osent l’exprimer, sinon entre eux, car toute leur vie politique est guidée par la terreur que leur inspire la gauche. C’est là une des raisons qui explique leurs échecs électoraux de ces dernières années. Les droite italienne ou autrichienne savent, elles, tenir un discours fort sur l’immigration, puis le traduire en actes une fois au pouvoir.
    S’écharper sur les plateaux des chaînes d’infos au sujet de l’AME, c’est mener des combats d’hier. Le problème n’est pas de soigner gratuitement des immigrés illégaux, mais de les laisser entrer et ne pas les expulser aussitôt.
    La remigration, un sujet porteur politiquement
    Les situations changent, se tendent ; les solutions aussi. La Remigration ouvrirait un boulevard politique à ceux qui oseraient s’en saisir. Dans le champ des idées, la Remigration n’est pas une défense, mais une offensive. La Remigration est également un retour à l’ordre normal des choses. Bref, la Remigration, c’est la paix, l’immigration, c’est la guerre… ou la soumission.
    Mais est-elle possible ? Techniquement, oui. Des pays d’Asie ou d’Afrique l’ont mise en œuvre. L’Australie a pris des mesures en ce sens. Mais cette question du possible n’est pas essentielle. Elle n’est qu’un argument de rhétorique pour dire : je suis contre. La vraie question est : la Remigration est-elle nécessaire ? Une large majorité de Français le pense. Pour nous, c’est suffisant.
    Laurent Moreau

  • 4. Par Michel, le dimanche 29 septembre 2019 (10:56)
    Le navire coule ? Ah bon !?!

    Quand un président dit qu’il va prendre le phénomène de l’immigration à bras le corps et que la solution est dans l’exécution ferme des décisions d’expulsion, j’imagine un capitaine de vaisseau qui décide de créer une voie d’eau pour prouver l’efficacité de son écope...

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