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Les administrations publiques vont-elles se mettre au numérique ?

Par Bernard Biedermann,
le jeudi 29 mars 2018

Qu’est-ce qu’un État plateforme et comment l’application d’une telle conception pourrait-elle rendre notre fonction publique plus performante ?

L’« État plateforme » est une conception de l’État où celui-ci est une plateforme mettant des ressources et des infrastructures à la disposition de la société civile et des acteurs privés, et où il laisse à ceux-ci la liberté de développer des biens et des services finaux grâce à elles. Dans une telle situation, les données des systèmes d’information des acteurs publics, offres de Pôle emploi, base d’adresses, données de la CNAM, etc., seraient disponibles. On passerait ainsi d’un service public centré sur l’administration à un service public centré sur l’usager.
Ces nouvelles conceptions sont bien entendu liées aux applications du numérique. Se pose alors la question de la rencontre entre nos « anciennes administrations » et les améliorations que peuvent leur apporter le numérique dans pratiquement tous les domaines. Peut-être alors ce serait l’occasion de redéfinir les missions et les champs de responsabilité de l’État par rapport à ceux du privé.
En France, on a pris conscience de l’importance de cette révolution. Un secrétaire d’État au numérique a été nommé ; il est rattaché au Premier ministre. On ne peut que s’en réjouir dans la mesure où l’administration française est en retard en matière de numérique et que la majorité des politiques sont d’accord pour réduire le poids de l’État. Mais il faudra du temps (donc de la patience), du courage et des compétences.
Avec le temps, les hausses continues d’impôts et de taxes associées à des exigences croissantes à l’égard des services publics se traduisent par la conscience citoyenne que rien n’est gratuit ; c’est notamment le cas en matière de santé. Se pose alors la question des coûts de ces services publics. Ne pas utiliser les applications du numérique pour diminuer les coûts s’avère être, du point de vue du citoyen, de plus en plus condamnable. C’est un peu comme si le jardinier de la mairie continuait à ramasser les feuilles mortes à la main alors qu’il dispose d’un râteau lui permettant d’effectuer son travail en deux fois moins temps.
Dans nos administrations, des gains de productivité potentiels seraient donc possibles au niveau des employés, par une meilleure organisation et par une nouvelle culture de management, les applications du numérique contribuant à plus d’efficacité. La santé, l’éducation, les finances, la gestion des territoires sont concernées mais les retards spécifiques à la France continueront à peser sur les charges de nos entreprises. Dans certains domaines il y a déjà une obligation technique à s’équiper de produits les plus performants et les plus récents. C’est le cas dans l’armée en lutte contre le terrorisme, par exemple, avec un réseau télécom sur les fronts en guerre.
Dans la santé, des résistances plus ou moins justifiées ralentissent l’innovation. C’est le cas du fichier de la CNAM [1], des freins concernant les IRM, de l’utilisation d’applications de support au diagnostic et des méthodes de prévention. Les coûts incrémentaux de ce genre de projet pourraient être compensés par des gains dans l’organisation et aussi en instaurant une gestion des dossiers commune à la CPAM et aux complémentaires. La Cour des comptes propose régulièrement des améliorations qui vont dans ce sens.
Il y a évidemment nécessité d’améliorer la qualité des projets en interne. Ces dernières années on décompte plusieurs échecs : le dossier médical personnel lancé en 2004 par Douste-Blazy, les logiciels de comptabilité de l’État (Accord II, Chorus), l’opérateur national de paie des fonctionnaires, le logiciel de paie de l’armée de terre Louvois, le RSI, le registre national commun de la protection sociale… Il se pose donc aussi la question de la gestion de la confidentialité de nos données gérées par les administrations.
Si l’« État plateforme » doit se traduire par des services publics plus efficaces, plus rapides, plus souples et moins coûteux, se repose donc la question des missions de l’État et particulièrement de ses responsabilités vis-à-vis des marchés privés. Que penser du souhait d’Édouard Philippe lorsqu’il dit « nous demanderons aux investisseurs étrangers de solliciter une autorisation lorsqu’ils souhaitent investir dans une entreprise d’un secteur d’avenir : intelligence artificielle, spatial, stockage de données, # Pacte » ?
Les conditions actuelles se caractérisent par les contraintes de l’international, un flux permanent d’innovations, et la nécessité de décider avec agilité et rapidité. Les impacts sur le marché du travail sont forts. Peut-on alors continuer à confier la formation professionnelle et l’apprentissage à l’éducation nationale ? Ou plutôt faire confiance aux responsables de terrain comme le Medef qui propose de « remplacer la carte régionale des formations par un « mapping » dynamique pour donner aux entreprises et aux organisations professionnelles la faculté d’ouvrir elles-mêmes des CFA » ? Dans le domaine juridique, l’État devra anticiper les évolutions des marchés avec plus de pertinence, s’il veut éviter d’avoir à traiter des problèmes a posteriori comme pour Uber…

Bernard Biedermann
Conjoncture et Décisions
http://theoreco.com

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[1Caisse nationale d’Assurance maladie.

3 réactions :

  • 1. Par zelectron, le jeudi 29 mars 2018 (20:26)
    Séparez les fonctions régaliennes des admnistrations parasitaires de la société civile S.V.P.

    "Avec le temps, les hausses continues d’impôts et de taxes associées à des exigences croissantes à l’égard des services publics se traduisent par la conscience citoyenne que rien n’est gratuit"
    L’état entretient à prix d’or une armée superfétatoire de fonctionnaires et collatéraux dont l’autosatisfaction et l’autosuffisance dépassent toutes leurs propres considérations auto-dithyrambiques à croire que les citoyens français sont d’une b^tise crasse, irresponsables, des incapables en particulier les ceusses qui innovent, montent des entreprises et agissent en dépit du bon sens : heureusement que l’État tout puissant est là pour remettre ces fieffés imbéciles dans le droit chemin, après une (large) ponction supplémentaire.
    Notre seule exigence est "VRAIEMENT" gratuite : si l’État nous oubliait, nous lâchait un peu, nous laissait tranquille ? Quelles économies de temps, d’argent, de nerfs !

  • 2. Par zelectron, le jeudi 29 mars 2018 (21:06)
    La véritable fonction de l’Etat

    L’ÉTAT SE DOIT D’ARBITRER ET NE JAMAIS SE MÊLER DE LA PARTIE.

    Pour ce faire il dispose de moyens importants,
    tels que :
    - la Justice (au passage 2/3 de juges élus pour 5 ans ?)
    - l’armée, la gendarmerie, la police,
    - les impôts (à périmètre drastiquement rétréci)
    - l’hôpital avec une cure d’amaigrissement et de jouvence et un renforcement avec de nouvelles attributions de l’agence du médicament + coopération européenne multipliée par 50 !
    - l’école avec une purge rue de grenelle des 4/5 des effectifs (+les éditeurs)

    . . . à compléter

  • 3. Par zelectron, le lundi 2 avril 2018 (05:31)
    précision

    l’hôpital : seuls les services administratifs doivent être décimés, ceux du terrain doivent avoir leurs effectifs augmentés

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