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Le recours à 300 imams étrangers : une hérésie ?

Par Claude Sicard,
le dimanche 3 juin 2018

C’est ainsi que Jeannette Bougrab, fille de harki et ancienne Secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports dans le dernier gouvernement Fillon, a qualifié cette étrange initiative de notre ministre de l’Intérieur et des cultes. On recourt donc, en France, à des imams venus d’Algérie, du Maroc, et de Turquie pour renforcer les effectifs des religieux prêchant dans les mosquées pendant la période du Ramadan, car les imams français sont débordés.

Dans une interview qu’elle a accordée à Figaro vox, le 28 mars dernier, Jeannette Bougrab expliqua à Alexandre Devecchio qui l’interrogeait : « On nous casse les oreilles avec l’islam de France, et on fait venir des imams d’Algérie : les bras m’en tombent ! ». Une remarque marquée du sceau du bon sens, car, pour faire naître un « islam de France » il va falloir que les adeptes de l’islam, dans notre pays, prennent véritablement leur distance par rapport au Coran et cessent d’adhérer à bon nombre de croyances que le livre saint de l’islam a pour mission de leur présenter comme des vérités absolues.

Le Coran est, pour les musulmans, il faut le rappeler, la parole même de Dieu. Il est, nous disent les musulmans « incréé ». Le Prophète Mahomet a reçu directement de Dieu ce message au VIIe siècle, à la Mecque d’abord, puis ensuite à Médine, et il l’a textuellement retransmis aux hommes, dans une langue d’une pureté extraordinaire, et dans un style que les croyants qualifient d’ « inimitable ». S’agissant de la parole de Dieu, rien donc ne peut être changé, et personne d’ailleurs n’a autorité pour le faire. Le texte est sacré, et il doit donc, par définition, être respecté à la lettre. Aussi, tous les réformateurs ont-ils échoué, jusqu’ici, dans leurs tentatives d’interprétation ou d’adaptation du texte sacré. Les mutazilites, aux Xe et XIe siècles, ont échoué à introduire la raison dans l’interprétation du message du Prophète, et, depuis leur échec, l’islam s’est fermé. Les réformateurs sont vivement combattus dans leur pays d’origine, risquant leur vie bien souvent, et les musulmans les plus modernes mettent tous leurs espoirs dans les réformateurs occidentalisés, qui, vivant en Europe, se trouvent imprégnés des valeurs qui sont au fondement de nos sociétés modernes. Mais rien n’avance, pour le moment.

On ne peut donc que s’interroger pour savoir quelle contribution des imams venus de pays où l’islam est très fortement implanté, vont pouvoir apporter à la tentative de modernisation de l’islam qui semble vouloir se faire jour, à présent, en France ? Mohammed Moussaoui, l’ancien président du Conseil français du culte musulman, nous dit dans le figaro du 16 mai : « Pendant le mois de ramadan, la cinquième prière de la journée est complétée par des prières subrogatoires. Ces prières complémentaires consistent à psalmodier le Coran ». Il va donc être urgent de demander à ces imams importés de l’étranger de passer sous silence dans leur récitation du Coran tous les versets du livre saint qui peuvent aisément être interprétés comme des appels au combat contre les adeptes d’autres croyances religieuses, ou contre les agnostiques et les incroyants. Il faudra qu’ils omettent de mentionner les versets où les croyants sont incités à lutter contre les « associateurs », et les chrétiens avec leur croyance en la Trinité en seraient selon beaucoup de musulmans, où est proclamée l’infériorité de la femme par rapport à l’homme, où est validée la loi du talion, où sont condamnés l’homosexualité et l’adultère… Quant à la laïcité, il sera probablement très difficile à ces imams venus de l’ étranger de la faire admettre comme étant la clé de voûte de nos sociétés modernes, des sociétés où ce sont les hommes qui se sont octroyé le pouvoir d’établir les lois qui les gouvernent, alors que dans l’islam Dieu seul est législateur.

Les musulmans qui viendront suivre les prêches de ces imams de passage risquent fort de sortir de leur période de carême renforcés dans leur fidélité au Coran et dans leur attachement à la communauté internationale de l’islam. Dieu leur a révélé, en effet, dans son message, qu’ils appartiennent tous à la même communauté, la « oumma », et c’est la meilleure des communautés que Dieu ait jamais créée.

La naissance d’un « islam de France » suppose l’adoption par les musulmans français d’un « islam réformé ». Mais tous les réformateurs ne s’accordent pas sur la façon de procéder. Ils se partagent en trois courants différents :
  Reformer le Coran en « contextualisant » le message du Prophète Mahomet, c’est-à-dire en dégageant le texte sacré à la fois de l’époque où le message a été délivré, et du lieu géographique où vivait l’envoyé de Dieu, l’Arabie.
  Ne conserver du Coran que la partie révélée à la Mecque, qui est la partie spirituelle du livre de l’islam : le Prophète, ensuite, à Médine, a eu à endosser des responsabilités de chef de guerre, et de chef d’Etat, et le message qu’il a délivré dans cette seconde phase de sa vie n’est donc pas transposable aux temps modernes, car contingent.
  Considérer, enfin, que le Coran est un message non par « révélé », mais délivré par un prophète, Mahomet, un homme qui a été inspiré par Dieu. Il ne s’agirait donc plus de la parole de Dieu, et cette position permet alors de prendre beaucoup de libertés avec le texte.

Les réformateurs actuels penchent majoritairement pour la solution de la « contextualisation » du Coran, qui est la plus facile à faire admettre aux croyants. La difficulté, pour faire avancer une quelconque réforme, vient, on le sait, de ce que dans l’islam il n’existe aucune autorité religieuse ou théologique qui soit habilitée à guider les croyants et à trancher : chaque musulman est seul face à Dieu. Personne ne peut donc empêcher un musulman pieux de se conformer, à la lettre, au texte coranique, à en faire ce que l’on appelle une « lecture littérale », donc à s’opposer à toute tentative de réforme. Le message du Coran est clair : le règne de Dieu doit s’étendre à l’ensemble de la terre, et chaque musulman a le devoir de contribuer à la réalisation de cet objectif. La sourate 4,74 dit : « Que ceux qui veulent échanger la vie présente contre celle de l’au-delà combattent dans le chemin de Dieu : qu’ils succombent, ou qu’ils soient vainqueurs, nous leur accorderons une généreuse récompense ». Et une autre, la sourate 4,95-96, précise : « Les fidèles qui restent dans leur foyer au lieu de combattre ne sont pas les égaux de ceux qui luttent dans le chemin de Dieu ».

Islam signifie « obéissance », « soumission », et Dieu est sévère, puisque la sourate 25,30 dit : « Nous jetterons au Feu ceux qui refusent de croire à nos signes ». Et le Coran fait cette injonction aux fidèles : « Ô croyants, ne vous liez d’amitié qu’entre vous. Les infidèles ne manqueraient pas de vous corrompre : ils désirent votre perte, leur haine transparaît dans leurs paroles. Mais ce que recèle leur cœur est pire encore » (3,118). Puissent donc tous ces imams étrangers se montrer réservés dans leurs prêches : cela rendra bien service à notre président qui envisage, nous dit-on, de se prononcer prochainement sur la position de l’islam en France.

Claude Sicard,
Auteur de « Le face à face islam chrétienté : quel destin pour l’Europe ? », et de « L’islam au risque de la démocratie », Préface de Malek Chebel (Ed. F.X de Guibert)

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