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La ronde des coulants baraqués

Par El Uno,
le dimanche 27 mai 2018

Gaston Lagaffe nous l’avait fait remarquer, il y a les papous papas et les papous pas papas, de même qu’il y a les papas pas papous. Mais il y a aussi les papous papas à poux et les papas papous pas à poux, et encore les papas à poux pas papous, et les papous pas papas à poux etc.

La même problématique se pose avec nos chers camemberts. L’appellation camembert n’étant pas protégée par elle-même, la protection n’est possible que par le biais de l’origine (l’AOP), à condition d’y ajouter l’indication d’origine. On a donc utilisé l’appellation « camembert de Normandie » et à côté l’appellation « camembert fabriqué en Normandie », le second n’étant pas nécessairement fabriqué avec du lait normand, ni provenant de vaches normandes, à la différence des premiers. Le saviez-vous ? Comme la différenciation n’était pas évidente, les producteurs ont fini par passer un nouvel accord. Dorénavant nous aurons donc les (faux ?) « camemberts de Normandie » et les « véritables camemberts de Normandie » ! Où est la différence ? Tous deux bénéficieront de l’AOP, la différence provenant de la méthode de fabrication (moulage à la louche pour les seconds), et de l’origine du lait dans la mesure où les « véritables camemberts de Normandie » sont fabriqués avec du lait provenant à 70% de vaches normandes, contre 30% pour les « camemberts de Normandie », le reste du lait pouvant provenir de n’importe quelle origine. Madame Harel, lointaine inventeur – e de la spécialité, doit se retourner dans sa tombe.

Nous aurons donc les « camemberts », sans indication d’origine, ne bénéficiant pas de l’AOP, fabriqués dans le monde entier, au lait pasteurisé, les « camemberts (pas véritables) de Normandie », au lait pasteurisé en général, de provenances diverses sauf pour 30% du lait, en général fabriqué industriellement, et les « camemberts véritables de Normandie », au lait cru, à 70% d’origine vache normande. Mais les deux deniers bénéficieront de l’AOP, ce qui est effectivement essentiel. C’est encore plus compliqué que chez les papous, et plus trompeur qu’autrefois…Cela dit, il y a l’intérêt général à considérer dans le contexte mondial.

Le sujet n’est pas médiocre en effet. La France est le premier exportateur mondial de fromages en valeur, et il est inutile de rappeler que le camembert est le plus emblématique des fromages exportés – il l’est depuis des siècles. Et que le fromage est le débouché le plus important du lait, à 35%. La question du camembert rejoint la problématique de la qualité des produits français et de la malbouffe. Les producteurs des camemberts traditionnels au lait cru ont peut-être raison de se désoler de l’affadissement du produit, il n’empêche que l’AOP est un argument de vente important, et que 9 fromages sur 10 exportés ne sont pas au lait cru pour des raisons sanitaires. On n’y peut rien, la production de fromage industriel, y compris le camembert, reste absolument essentielle pour notre pays.

La simplification concernant l’AOP est donc bienvenue. « Comment voulez-vous gouverner un pays qui a plus de 300 sortes de fromages ? », disait le Général de Gaulle. Mais il n’y a pas que les fromages, et cela nous ramène à d’autres préoccupations de simplification. La France est aussi le pays aux 3.000 articles du Code du travail, aux plus de 50 régimes sociaux et caisse de retraite, etc. Et le sixième successeur du Général ouvre actuellement une belle boîte de… Pandore, avec une autre spécialité bien française, le « véritable » statut des cheminots, moulé à la louche, pas très coulant mais bien baraqué et bien cher, pas vraiment exportable. Pourra-t-on le « pasteuriser » ?

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