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La France : un vivre ensemble devenant de plus en plus difficile

Par Claude Sicard,
le jeudi 11 février 2021

Depuis la fin de la période coloniale, avec l’arrivée de très nombreux migrants en provenance de nos anciennes colonies, la société française s’est peu à peu fragmentée, et le pays est devenu hétérogène au plan ethnoculturel. Jérôme Fourquet nous dit dans « L’archipel français » paru en 2019, un ouvrage qui a eu un immense succès : « En quelques décennies tour a changé… Depuis 50 ans les principaux ciments qui assuraient la cohésion de la société française se sont désintégrés ». Il explique que le soubassement philosophique constitué par le christianisme s’est effondré et que le pays est, désormais, un « archipel constitué de groupes ayant leur propre mode de vie, leurs propres mœurs, et leur propre vision du monde ». Le phénomène de fragmentation de la société s’est doublé, progressivement, d’un accroissement de la violence.

Emmanuel Macron entreprend donc de lutter contre l’islamisme radical. Il a déclaré dans son discours des Mureaux : « Il y a un islam radical qui conduit à nier les lois de la République » ; et il avait, dans un discours précédent, le 17 février 2020, dit, de la même manière : « Une seconde menace attaque directement les valeurs incarnées par notre devise républicaine : le fondamentalisme islamique ». Il a décidé de mener le combat sur deux fronts : la voie législative, d’un coté, et des négociations avec la Conseil français du culte musulman (CFCM), de l’autre. Un projet de loi sur le « séparatisme islamique » est donc en discussion, à présent, à l’Assemblée nationale, et Gerald Darmanin, de son coté, tente de mettre sur pied avec le CFCM un dispositif qui permettrait de s’assurer que les imams de France respectent bien dans leurs prêches les valeurs de la République : seuls les imams s’engageant à respecter nos valeurs seraient autorisés, dorénavant, à exercer leur fonction dans notre pays.

Il faut, tout d’abord, bien prendre la mesure de la difficulté, pour bon nombre de migrants venant s’installer dans notre pays, sinon de s’assimiler, pour le moins de s’intégrer. S’assimiler signifie changer d’identité pour adopter celle du pays d’accueil. S’intégrer, c’est accepter de se fondre dans la société d’accueil sans en troubler le fonctionnement tout en conservant son identité. Et il y a une troisième attitude possible qui se nomme l’ « inclusion » : elle consiste non seulement à conserver son identité mais aussi à refuser de se conformer aux us et coutumes du pays d’accueil, en sorte que l’on trouble son bon fonctionnement. Ces personnes qui refusent d’adopter l’identité qui est celle des habitants du pays où ils s’installent pour y faire leur vie, sont habitées par des ressentiments à l’égard du pays d’accueil. Le ressentiment est une passion forte, nous disent les psychologues, relative à la vie humaine : il renforce l’identité d’une personne ou d’un groupe ; c’est un acte de mémoire qui forge une personnalité. Marc Ferro, dans « Le ressentiment dans l’Histoire », paru en 2007, nous dit : « La reviviscence de la blessure passée est plus forte que toute volonté d’oubli ».

Il faut donc bien comprendre quelles sont, potentiellement, les causes des ressentiments qui animent un certain nombre de migrants qui viennent chercher fortune dans notre pays en raison de circonstances diverses, souvent le fait que dans leur pays les conditions de vie sont devenues extrêmement difficiles. Il s’agit de personnes provenant des pays musulmans circumméditerranéens et de migrants africains originaires de ce que l’on a longtemps appelé l’« Afrique noire », c’est-à-dire les pays sub-sahariens.

Pour ce qui est des musulmans, tout d’abord :

Les causes de ressentiment sont multiples, et la plupart des habitants de notre pays n’en ont aucune conscience. Elles relèvent des croyances religieuses des musulmans, de la longue et tumultueuse histoire de nos pays respectifs, et de la rivalité existant entre la civilisation musulmane et la nôtre, l’une ayant pour fondement l’islam, l’autre le judéo-christianisme. Et dans le cas particulier de la France, il s’y rajoute le passé colonial de notre pays. En premier lieu, donc, l’islam et le Coran : le Prophète Mahomet a dit aux croyants que les « gens du Livre », c’est-à-dire les juifs et les chrétiens, sont dans l’erreur ; et qu’il faut les combattre. On les admettra toutefois dans une société musulmane mais en en faisant des citoyens de second rang pour qui l’accès à des postes importants est interdit : l‘ ’islam les appelle des « dhimmis » et les soumet à une fiscalité très lourde, totalement dissuasive. Mais beaucoup de musulmans, particulièrement croyants, déduisent du livre saint de l’islam qu’il faut les éliminer, et c’est à quoi on assiste actuellement au Moyen Orient. Puis, la longue histoire de nos pays respectifs : pendant des siècles il y eut des luttes entre les deux mondes, pour des conquêtes de territoires. Ce fut l’invasion par les cavaliers d’Allah, sitôt après la mort du Prophète, d’une bonne partie de l’empire romain qui était devenu chrétien, ensuite les Croisades, puis l’arrivée des Turcs, par deux fois jusqu’à Vienne, etc. Et, enfin, la rivalité entre les deux civilisations : la musulmane avait été florissante jusqu’au XIe siècle, puis elle se trouva éclipsée par la montée en puissance de la civilisation occidentale qui est devenue, au désespoir des musulmans, hégémonique à partir de la Renaissance. Il se rajoute à tout cela, dans le cas particulier de la France, les conquêtes coloniales de notre pays au XIXe siècle, un épisode qui s’est achevé après la seconde guerre mondiale par les luttes menées avec succès par les pays musulmans qui étaient sous domination française pour acquérir leur indépendance, le point d’orgue étant constitué par la douloureuse guerre d’Algérie qui s’est achevée en 1962 par l’accès de ce pays à son indépendance, ce que les Algériens interprètent comme une victoire militaire de leurs glorieux combattants FLN sur l’armée française.

Pour ce qui est des ressortissants des pays d’Afrique noire, ensuite :

Le ressentiment a pour origine bien connue la traite des noirs, aux XVIIe et XVIIIe siècles, pour mettre en valeur les colonies du nouveau monde. Il s’était organisé un commerce triangulaire : des armateurs partaient d’Europe avec des breloques avec lesquelles ils achetaient des esclaves sur les côtes africaines ; ils les transportaient ensuite aux Amériques, et, au retour, ils ramenaient de ces pays des produits qui n’existaient pas en Europe. Cela fit la fortune de nombreux ports en Europe, et en France de villes comme Nantes, Bordeaux ou la Rochelle. On transportait ces personnes dans des bateaux de 140 à 200 tonneaux, capables d’embarquer 600 esclaves. Les voyages, pour traverser l’Atlantique, duraient un peu plus de deux mois, dans des conditions déplorables, en sorte qu’il y avait dix à quinze pour cent de décès en cours de route. On estime aujourd’hui que cette traite des noirs a concerné environ 12 millions d’Africains. La première abolition de l’esclavage a été proclamée le 29 Août 1793, à Saint Domingue, et elle a été confirmée, aussitôt, à Paris. Les Africains considèrent qu’ils ont été victimes d’un double holocauste, comme ils l’ont proclamé à la première conférence mondiale, à Lagos, sur les réparations aux Africains : la traite des noirs et le colonialisme.

La France, donc, se trouve à présent face au problème de savoir comment il convient de se comporter pour intégrer correctement dans la société tous ces nouveaux arrivants qui, pour un certain nombre, se trouvent animés de ressentiments plus ou moins profonds à l’égard de notre pays, et le « vivre ensemble » devient difficile. Les psychologues nous disent que le ressentiment induit de la haine, et celle-ci impulse un désir de vengeance.

L’assimilation tout d’abord : elle est impossible, aujourd’hui, bien que ce soit la politique traditionnelle de notre république qui s’est toujours affirmée « une et indivisible ». Elle est impossible car elle implique chez les individus un changement d’identité, et la Convention européenne des Droits de l’Homme, la CEDH, à laquelle la France a adhéré le 3 Mai 1974, s’y oppose, garantissant aux individus le droit de conserver leur identité où qu’ils soient. La recommandation 1500 de cet organisme dit d’ailleurs que « la présence d’immigrants et de résidents étrangers est un facteur à la fois enrichissant et positif pour nos sociétés » ; et, dans son article 3, elle décrète, d’une manière quelque peu surprenante, que « les musulmans sont chez eux en Europe ». Donc, plus question de prôner une politique d’assimilation.

Reste, donc, l’intégration, une solution dans laquelle les nouveaux arrivants conservent le droit de garder leur identité. On parle alors d’« inter culturalisme », et c’est la solution préconisée par l’Union Européenne. Dans le « Manuel pour la pratique de l’éducation aux droits de l’homme avec les jeunes », édité par le Conseil de l’Europe, on peut lire ceci : « La réponse pourrait se trouver dans l’inter culturalisme : dans une société interculturelle les individus ont le droit de conserver leurs identités ethniques, culturelles et religieuses, et ces identités sont tolérées par les autres ». Et ce document précise que c’est la seule approche possible.

On se voit donc contraint d’admettre le multiculturalisme, mais encore faut-il parvenir à ce que les personnes animées de rancœurs à l’égard de notre pays puisent les évacuer : les voyous musulmans des banlieues appellent leurs concitoyens des kouffars, c’est-à-dire des incroyants. Les autorités du pays ne savent pas comment s’y prendre : réhabiliter le colonialisme parait impossible alors qu’il comportait une très large part d’aspects très positifs, et Jules Ferry l’avait imposé au nom de « la noble mission civilisatrice de notre pays » ; et expliquer que l’esclavage est vieux comme le monde, ce qui n’exclue pas que l’on doive le condamner car il est avilissant, ne mène à rien.

On a donc pensé que la solution consisterait à manifester le plus d’empathie possible envers les descendants des victimes de la traite des noirs et du colonialisme, voire même faire notre mea-culpa. On a fait l’hypothèse que l’on se concilierait ainsi la sympathie de tous ces nouveaux arrivants.

Nous nous bornerons, ici, à donner quelques exemples des manifestations d’empathie envers les nouveaux arrivants qui embrassent notre nationalité : et il s’agit, souvent même, d’importantes concessions.

Pour ce qui est des musulmans : développement de la langue arabe dans nos écoles, comme l’a encore préconisé récemment le ministre Jean-Michel Blanquer, aides financières accordées souvent par des municipalités pour la construction d’une mosquée sur leur territoire en confondant volontairement les activités culturelles avec les activités cultuelles, financement à 60 % par des fonds publics de l’Institut du Monde arabe à Paris comme si les pays du Golfe étaient dépourvus de moyens financiers, nomination de Madame Najat Vallaud-Belkacem , une personne d’origine musulmane dotée d’une double nationalité (franco-marocaine), comme ministre de l’Education Nationale qui a réformé à sa manière les programmes, ce qui a amené le commentaire suivant de Pierre Nora : « On y voit une forme de culpabilité nationale qui fait la part belle à l’islam, aux traites négrières, à l’esclavage, et qui tend à réinterpréter l’ensemble du développement de l’Occident et de la France à travers le prisme du colonialisme et de ses crimes », etc.

Pour ce qui est des personnes d’origine africaine : la loi Taubira du 21 mai 2001 déclarant qu’il faut donner une place « conséquente » dans nos programmes d’enseignement à l’histoire de l’esclavage, loi qui rappelle dans son article 1 que l’esclavage fut un crime contre l’humanité. Et, aussi, l’édification d’un mémorial dans la baie de Pointe à Pitre, en Guadeloupe, le mémorial ACTe, en mémoire de la traite et de l’esclavage, projet initié par Jacques Chirac et inauguré ensuite par François Hollande le 10 mai 2015 : il s’agit aujourd’hui du centre le plus important dans le monde dédié au souvenir de la traite négrière et de l’esclavage. Ou, encore, le 10 mai déclaré depuis 2001 « Journée nationale de commémoration de la traite et de l’esclavage », etc.

Toutes ces dispositions prises par les autorités du pays entretiennent en permanence les ressentiments des personnes issues du monde arabe ou des pays africains : elles ne font que valider leurs rancœurs. Certes, nous sommes piégés par la Convention européenne des Droits de l’Homme, et personne ne pourra jamais, dans notre pays, oser avancer l’idée qu’il faudrait la quitter.

Romain Gary, d’origine russe, mort à Paris en1980, avait dit : « Je n’ai pas une seule goutte de sang français, et pourtant la France coule dans mes veines » : certains immigrés s’assimilent, et c’était son cas, d’autres s’intègrent, et un nombre de plus en plus important ne font que s’inclure. On ne voit donc pas quelle solution trouver pour atténuer les vifs ressentiments que bon nombre de nouveaux arrivants nourrissent à l’égard de notre pays. S’impose donc la nécessité de mettre un terme à notre politique d’accueil à tout va de tous ces migrants, à l’exception évidemment de ceux qui sont de véritables réfugiés. Il faudra attendre que tous ces nouveaux Français issus de nos anciennes colonies effectuent un travail en profondeur sur eux-mêmes pour s’intégrer parfaitement, et l’on pourra alors, à nouveau, accueillir de nouveau migrants.

On se souvient que Gérard Colomb, en quittant son poste de ministre de l’intérieur, avait dit : « On est côte à côte : je crains que, demain, on ne vive face à face ».

Claude Sicard,
auteur de « Le face à face islam chrétienté : quel destin pour l’Europe ? », et
« L’islam au risque de la démocratie » (Ed. François Xavier de Guibert)

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