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Harceleur harcelé : même combat !

Par Yves Buchsenschutz,
le mercredi 4 juillet 2018

L’homme (ou la femme) est décidément un animal curieux : tantôt sur le devant de la scène, applaudi par ses pairs ou d’ailleurs vilipendé, il réalise un de ses rêves les plus chers en général, être unique, premier parmi tous les autres ; tantôt il va se cacher dans la foule, à l’abri de l’anonymat, participant inconnu, voire ignoré, de l’approbation ou de la contestation générale.

Ce qu’il faut remarquer c’est que chacun d’entre nous, passe en général d’un rôle à l’autre avec des difficultés des hésitations parfois, mais tout de même chacun de nous porte en soi Docteur Jekyll et Mister Hyde. Les hommes encore souvent harcèlent les femmes, mais les femmes ne sont pas toujours les dernières à harceler les hommes ; les parents ont tendance à harceler leurs enfants au moins pour des raisons scolaires, mais un enfant peut aussi faire chanter ses parents ; les propriétaires d’animaux de compagnies harcèlent leurs mascottes – des esclaves, ni plus ni moins - , les politiques et l’administration harcèlent les citoyens, pourtant électeurs, lesquels les assaillent de demandes de faveur, Edouard Philippe harcèle les automobilistes, les patrons harcèlent leurs salariés et les syndicalistes les patrons, etc.

Or en fait, nous sommes en face d’un double jeu : deux statuts contradictoires : harceleur harcelé, lesquels impliquent des comportements opposés ; « Et en même temps » chacun est dans une transformation permanente, passant au fil du temps et des situations, tantôt tenté par le rôle d’harceleur, tantôt par celui de harcelé. [1]

Ce sont le plus souvent les mêmes individus qui sont victimes le matin et bourreaux l’après-midi : le piéton honnit l’automobiliste qu’il sera dans dix minutes, honnissant à son tour le motocycliste… Il est peut-être musulman et honnira un juif qui honnira lui-même les LGBT… Salarié il honnira le patron qui lui honnira les femmes, etc. Nous ne sommes pas en face d’êtres mais de comportements : les êtres sont pour le moins changeants et passent allègrement de la situation de harceleur à celle de harcelé.

Que se passe-t-il en fait ? En général, et sauf cas pathologique, chacun vivra dans son coin sans se faire (trop) remarquer. Mais un jour il souhaitera sortir de l’anonymat, être reconnu. Or pour être remarqué, situation la plupart du temps préférée, sinon avouée, il faut être différent. L’originalité, l’innovation, l’excentricité, le talent, voire le génie… Tout cela peut amener à être remarqué mais le point commun de ces situations est la différence.

Une fois remarqué, en bien ou en mal, on peut être applaudi ou hué, c’est selon. Si on est applaudi, c’est en général considéré comme gagné, et l’on peut espérer être congratulé par « les autres » ; si l’on est hué, c’est plutôt considéré comme perdu, surtout si cela se répète, auquel cas cela devient, dans la terminologie actuelle, du harcèlement.

Qui est responsable de ce lynchage de fait ? La foule qui hurle ou l’individu qui a voulu sortir du lot positivement et n’y est pas parvenu ? J’entendais récemment un homosexuel avéré se lamenter du fait que désormais, ce choix de vie n’avait plus aucun intérêt, car il s’était banalisé, et l’on ne compte plus ceux qui se plaignent qu’on les remarque pour ensuite pleurer parce qu’on ne les remarque plus !

La Suède, toujours à l’affût d’une première avancée sociale, vient de faire paraître une loi renforçant le rôle du consentement dans les rapports sexuels pour régler le harcèlement dans les rapports hommes-femmes : la justice pourra, devra, valider le consentement. Les avocats s’interrogent sur son application pratique. Je ne sais pas non plus ce que sont devenus en France les efforts pour réglementer le bizutage dans les établissements scolaires, lequel est pourtant également une réalité assez désagréable. Voilà pour la remise à leur place des comportements de harceleur.

Je pense que l’on devrait aussi regarder du côté du harcelé : chacun d’entre nous, applaudi ou vilipendé, devrait se livrer à un minimum d’introspection afin d’assumer ses choix. Si je ne fais pas ce que mon patron me demande, il est peut-être logique que cela crée progressivement un conflit ; si je m’habille de manière voyante, voire aguichante, il n’est pas forcément bizarre que l’on m’interpelle ; si j’émets des opinions extrêmes ou décalées, je dois assumer que j’ai provoqué par mon comportement ou par des signes des réactions chez ceux qui m’observent, et que je suis au moins en partie responsable de ce qui m’arrive, en bien et en mal.

À côté d’une éducation au respect de l’autre et de sa différence, qui devrait logiquement diminuer la pression de l’individu placé en comportement « harceleur », il conviendrait d’entraîner également les harcelés à l’introspection et à assumer les conséquences des efforts de différenciation qu’ils ont eux-mêmes imaginés, plus ou moins consciemment pour « sortir du lot » en position de vedettariat, laquelle se traduira par du harcèlement en cas d’échec.

Il y a encore du chemin à parcourir dans l’éducation et dans la manière d’observer les comportements.


[1Voir à ce propos les théories dites d’Analyse Transactionnelle

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