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Docteur, 100% du PIB de dette ? C’est grave ?

Par Philippe d’Arras,
le dimanche 10 février 2019

"Je suis à la tête d’un État qui est en situation de faillite sur le plan financier, je suis à la tête d’un Etat qui est depuis 15 ans en déficit chronique, je suis à la tête d’un Etat qui n’a jamais voté un budget en équilibre depuis 25 ans. Ça ne peut pas durer".

François Fillon, septembre 2007

1. BREF HISTORIQUE

Fin 2007, la dette de la France était de 1.253 G€… 64,5% du PIB, alors que la RFA pointait à 66,5…

…10 ans plus tard, la France a lesté son endettement de plus de mille milliards supplémentaires, conduisant à un ratio de pratiquement 100% du PIB, pendant que la RFA n’augmentait sa dette « que » de 500 milliards, avec un ratio de 64%, inférieur à celui de 2007 !!

Notons, au passage, que ce chiffre de 2.250 G€ ne comprend pas les engagements hors bilan de l’État dont les seules retraites représentent 1.700 G€.

Et, la vie se poursuit sans accrocs majeurs : en dépit de deux dégradations de S&P, en 2012 et 2015. L’État continue à se refinancer sans problèmes (les adjudications de France Trésor sont largement surcouvertes) à des taux qui sont proches de ceux de la RFA (0,57 à 10 ans), sans mentionner les taux toujours négatifs pour les échéances inférieures à… 5 ans !! Merci, Mario, c’est la dolce vita…

2. INDULGENCE DE LA COMMISSION EUROPEENNE

Le déficit 2019, compte tenu des dispositions prises à la suite des manifestations GJ (Gilets jaunes), serait de l’ordre de 3,4%, donc supérieur au sacro-saint 3% (qui est une référence totalement inadaptée en raison du montant de la dette, qui ne devait pas dépasser les 60% selon les mêmes engagements de Maastricht). En supposant que les prévisions de croissance se concrétisent, que la dépense publique soit réduite, etc., ce que les litotes de la Cour des comptes ne semblent pas avaliser.

Pierre Moscovici, le commissaire européen a indiqué, avec une grande mansuétude, que ce dépassement, désormais "envisageable" mais pas "souhaitable", ne devrait pas replacer la France sous le coup d’une procédure de déficit excessif dont elle est officiellement sortie en juin dernier après neuf ans.
Commentaire : impressionnante, la procédure de « déficit excessif » : elle a vraiment contribué à contenir les déficits…

Ce dépassement "ne donnerait pas lieu à ouverture de procédure de déficit excessif dès lors qu’il serait inférieur à 3,5%" sur un an, ou "qu’il ne se prolongerait pas sur deux ans", a précisé Pierre Moscovici en soulignant que "le gouvernement français travaille sur un paquet d’atténuation".

Et Gerald Darmanin de préciser :

« Dans la mesure où la transformation du CICE en baisse de charges pérenne doit peser à hauteur de 0,9 point sur les comptes publics, cela porte à 3,4% du produit intérieur brut (PIB) la prévision de déficit public pour 2019 sur laquelle la Commission européenne sera amenée à se prononcer.

Ouf ! le coup passa si près…

Il faut aussi dire que nous ne sommes pas les seuls de la zone euro : à part l’Allemagne, les Pays-Bas, et le Luxembourg, aucun autre pays ne bénéficie de la note suprême, le triple A de S&P… La France est au second rang avec la Belgique : AA…

Au royaume des aveugles, les borgnes…

3. Y A-T-IL DES PRECEDENTS QUI POURRAIENT NOUS ECLAIRER SUR LE DEGRE DE PATIENCE DES INVESTISSEURS ?

Si l’on met de côté la crise de 2008/2009 qui a touché, entre autres, tous les pays européens, il y a peu d’exemples récents de crise financière qui soient réellement comparables à la situation actuelle de la France :

 La crise grecque de 2010 est intervenue dans un contexte de chiffres falsifiés avec un niveau de dettes de 172% du PIB et un déficit de 15%, sans parler de l’état calamiteux du pays (corruption, fraude fiscale institutionnelle, etc.)

 L’Argentine : la crise récente de début 2018 semble avoir été provoquée par la hausse des taux du dollar, qui a entraîné une chute du peso (- 53% fin sept), qui a elle-même amplifié une inflation de l’ordre de 30/35%... Donc rien à voir avec la situation de la France.

Reste l’Italie, qui, par sa taille, son industrie, est plus proche de la France : depuis 10 ans, l’Italie a constamment affiché un endettement très supérieur à celui de la France, en constante augmentation : déjà 100% en 2007, 131 en 2017. Les taux étaient certes plus élevés que les taux français, mais ce n’est qu’en mars 2018 qu’ils se sont fortement tendus, de 2 à 3,5% : la conjonction d’un très lourd endettement ET d’un nouveau gouvernement, imprévisible, refusant de tenir les engagements de réduction du déficit de ses prédécesseurs, a inquiété -enfin- les investisseurs. Une légère détente a eu lieu récemment quand le gouvernement a annoncé mettre un peu d’eau dans son chianti, même si le respect des « engagements » pris peut laisser quelque peu sceptique.

Nous partageons tous la même perplexité :
 d’un côté, le sentiment que le niveau de dette publique atteint des niveaux qui deviennent excessifs ;
 de l’autre, la constatation que cela fait des années que les "experts" prédisent une explosion, et que rien ne se passe.

Nous constatons une tolérance certaine des marchés à un niveau d’endettement élevé, et à des déficits répétitifs, tant que les gouvernants tiennent un discours raisonnable et semblent s’efforcer d’envisager de rechercher les moyens de commencer à réfléchir à corriger les trajectoires sans faire de peine à qui que ce soit…

Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls à bénéficier de cette apparente indulgence : Les Echos titraient il y a quelques jours : « Ruée sur la dette espagnole » : l’Espagne a levé 10 milliards à 10 ans pour 50 demandés, à 1,46%...

Donc, OUI, je suis prêt à parier que, sauf accident majeur, cela va encore durer et que beaucoup d’eau coulera sous les ponts avant de voir des excédents budgétaires… et une réduction de notre dette… Les perspectives de croissance étant pour le moins ternes, le seul levier pour réduire le déficit reste la réduction des dépenses publiques, qui exige un courage politique et un contexte sociétal qui ne semblent pas se dessiner dans un avenir prévisible.
Nous continuerons donc de danser sur un volcan…

4. EST-CE UN PROBLEME ?

Clairement, OUI !!

Pour 3 raisons au moins :

1. Le financement de cette dette pèse indirectement sur celui de l’économie productive, marchande, et donc in fine sur l’emploi.
Faut-il rappeler qu’avec 9% de chômeurs, nous pointons à la 4ème place de l’Union Européenne derrière la Grèce, l’Espagne, et… l’Italie : 2.650.000 personnes, dont 640.000 jeunes. Le financement de l’économie réelle est l’un des facteurs clés de sa compétitivité, et donc de l’emploi.

2. La perspective d’une hausse des taux d’intérêt, inéluctable, même si progressive, avec la fin du QE, contribuera à alourdir le déficit.
Rappelons que la charge de la dette représente 42 G€ dans le budget 2019, 60% des recettes de l’IR… 40% du déficit…

3. Enfin, nos marges de manœuvre se sont considérablement réduites, que ce soit pour faire face à des revendications sociales, des secousses politiques, ou pour résister à un choc d’origine externe (pm subprimes), à un fort ralentissement de la croissance (Chine), etc.

En outre, Il y a néanmoins un autre aspect de l’endettement dont on parle moins : l’endettement privé, celui des entreprises, petites et grandes, des artisans, des ménages, etc.

Dans son bulletin de mai 2018, la Banque de France annonçait que :

« Le taux d’endettement privé français devient le plus élevé des grands pays de la zone euro »

« À 130,2% du PIB, le ratio français devient le plus élevé des grands pays de la zone euro : l’Italie est à 108, et l’Allemagne à… 90. Quand on cumule les dettes publiques et privées, la France se rapproche de l’Italie : 229 pour 240… et de nouveau, l’Allemagne creuse l’écart avec un total de 154…

Attendons de voir les retombées, non seulement financières, mais aussi politiques (institutions, poursuite des réformes indispensables, réductions réelles et significatives des dépenses publiques, etc.) de la secousse des GJ. Si les élections européennes devaient laisser entrevoir une forte poussée des partis « populistes » en France, un scénario à l’italienne n’est pas exclu… a minima.

Nous sommes donc dans la situation du malade chronique qui peut continuer à vivoter, mais qui risque de très mal supporter la survenance d’un coup de froid, qui ne manquera pas de se manifester, quelle qu’en soit la provenance.

Donc, oui, 100%, c’est déjà grave, surtout si le malade ne souhaite pas se soigner… !!

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1 réactions :

  • 1. Par Jacques Banville, le vendredi 1er mars 2019 (11:18)
    dette publique

    Oui, mille fois oui, il faut baisser le niveau de la dette.C’est faisable, je me suis exprimé sur le sujet dans le forum de l’IFRAP il y a déjà un moment.Pour ce faire il faut du courage politique.
    Seulement voilà, tant qu’il y aura de l’énarchie à tous les étages de l’Etat, rien ne bougera.
    La dette augmentera inéluctablement jusqu’au jour ou...
    Affligeant...

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