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Chirac, Janus ou traître ?

Par Alain Mathieu,
le samedi 28 septembre 2019

La mort de Jacques Chirac va déclencher une avalanche d’éloges sur sa force de conviction, son charisme, sa longévité politique, sa défense de l’écologie (« notre maison qui brûle », la charte de l’environnement) et de l’indépendance de la France ( refus de participer à la deuxième guerre d’Irak), sa condamnation du régime de Vichy (« la faute collective de l’Etat français »), son caractère de bon vivant aimant la bière, la tête de veau et les pommes, forcément sympathique puisque caresseur de vaches, dévoreurs de femmes, fraudeur du métro et amateur de sumo.
Mais l’Histoire sera sans doute moins élogieuse.

Jacques Chirac a certes gouverné la France pendant de nombreuses années, comme ministre, Premier ministre (deux fois), Président de la République (deux fois). Mais l’a-t-il bien gouvernée ?

Il restera comme un dirigeant politique qui a régulièrement reculé devant les manifestations : en mai 1968 il cède tant aux syndicats que le redressement nécessaire conduit au départ de de Gaulle l’année suivante ; en 1986 il abandonne la sélection à l’entrée des universités pourtant votée ; en 1995 la grève des cheminots le fait renoncer à la réforme des régimes spéciaux de retraite votée par le Parlement ; en 2005 il « demande au Gouvernement de prendre toutes les dispositions nécessaires pour qu’en pratique aucun contrat (CPE) ne puisse être signé » alors qu’il vient de promulguer la loi ; son « principe de précaution » inscrit dans la Constitution est une garantie d’immobilisme. Ce n’est pas sans raisons que Nicolas Sarkozy le comparaît aux rois fainéants et à Louis XVI « démontant tranquillement les serrures ».

Il restera comme un dirigeant malhonnête, le seul Président de la République condamné par la justice. Ce ne sont pas seulement les 28 emplois fictifs qui, après Alain Juppé, l’ont fait condamner à deux ans d’emprisonnement avec sursis. Ce sont aussi les accusations « abracadabrantesques » de Jean-Claude Méry, dirigeant du RPR qui rançonnait les entreprises travaillant pour les HLM de la ville de Paris : 5 millions d’euros annoncés dans la « cassette », mais en fait 39 millions au total, comme l’ont constaté les juges Armand Riberrolles et Eric Alphen (même si Jacques Chirac a évité un autre procès en refusant de se rendre à la convocation de ce dernier). Il a essayé de faire croire que ces accusations feraient « Pschitt ».

Ce sont aussi les 2,1 millions de « frais de bouche » de la ville de Paris, les voyages d’Euralair jamais réglés, les 2% du montant des marchés des lycées d’Ile-de-France demandés aux entreprises attributaires, les marchés de la ville de Paris « accordés uniquement aux copains du RPR » (Eric Alphen), les billets de banque distribués à des journalistes, l’attribution d’Isoroy et de la Chapelle Darblay à son ami François Pinault. Comme l’a dit le juge Alphen, « il a abaissé la fonction présidentielle ».
Le pillage des fonds publics se voit aussi dans le montant de la dette publique : pendant les 12 ans de la présidence Chirac, elle a plus que doublé, passant de 589 milliards d’euros en 1994 à 1194 en 2006.

Mais il restera surtout comme le dirigeant élu par la droite qui a régulièrement trahi son camp. En 1974 il a trahi le candidat de son parti, Jacques Chaban-Delmas. En 1981 il a fait élire François Mitterrand pour éliminer Valéry Giscard d’Estaing. En 1995, pour battre Edouard Balladur, il annonçait à ses collaborateurs qu’il les « étonnerait par sa démagogie ». Son cynisme lui faisait dire un jour le contraire des propos de la veille. En 2012 il annonçait qu’il voterait pour François Hollande, contre son camp.

Il est cependant resté toute sa vie le radical de gauche qu’il était devenu après avoir été vendeur de l’Humanité dans sa jeunesse. Il a ainsi plusieurs fois exprimé ses convictions profondes : « les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes » ; « le libéralisme, ce serait aussi désastreux que le communisme ». Il s’opposait ainsi aux convictions de la plupart des électeurs de droite qui l’avaient porté au pouvoir. Pour garder ce pouvoir il a donc fréquemment trahi son camp et ses électeurs, et mérité d’être qualifié de traître.

Alain Matthieu

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10 réactions :

  • 1. Par Hélène P, le samedi 28 septembre 2019 (15:56)
    La perfection n’est pas de ce monde

    Je lis avec intérêt vos analyses sur l’action de M. Chirac. Mais pour avoir travaillé avec lui à l’ Elysée entre 1996 et 2005 je dois vous dire que vous êtes sévères. Je ne partageais pas tous ses choix. Mais j’ai notamment travaillé avec lui sur la loi contre le voile islamique à l’école et tout ce qui allait autour. C’était un homme très ouvert, curieux des cultures extra-européennes et soucieux en même temps du rang de la France. Je ne suis pas une militante politique - je n’avais même pas de carte d’électeur en arrivant à l’Elysee -j’étais alors jeune agrégée d’allemand. Donc je ne voyais pas beaucoup le côté « politicien », mais l’homme était réellement bienveillant, nous donnait envie de donner le meilleur de nous-mêmes... et c’était sans doute le meilleur de nos derniers présidents ? Et la perfection n’est pas de ce monde... amicalement

  • 2. Par Gérard, le samedi 28 septembre 2019 (16:02)
    Chirac n’a cessé de tromper son monde

    homme de gauche qui s’est déguisé en homme de droite , traître à ses électeurs

  • 3. Par Genot Sacha, le samedi 28 septembre 2019 (17:35)
    Délégué Général

    Je partage cette analyse en regrettant, aussi, qu’il n’ait modernisé la France après sa deuxième élection triomphale ayant les coudés franches.

  • 4. Par Michel, le samedi 28 septembre 2019 (17:49)
    Pour compléter le tableau

    Vous oubliez son soutien inconditionnel à la cause palestinienne, en particulier à Arafat, ce collaborateur des tueurs de Juifs.
    Son anti-israélisme frisait l’antisémitisme.
    Il a été le premier ministre du regroupement familial...
    Quant à sa déclaration sur "le bruit et l’odeur", qu’a-t-il fait pour l’endiguer ?

  • 5. Par Giron Hilaire, le samedi 28 septembre 2019 (17:59)
    Un constat négatif

    Je suis d’accord pour l’essentiel avec cette analyse d’Alain Mathieu. Il a manqué de courage pour toutes les réformes nécessaires à notre pays qui aujourd’hui encore restent embryonnaires.
    L’augmentation de la dette est suicidaire et conduit mécaniquement à l’enrichissement des riches qui prêtent à l’Etat sous différentes formes, obligations ou montages plus sophistiqués et à l’appauvrissement des pauvres. Nous sommes loin de la rigueur allemande.
    Ne parlons pas des emplois fictifs où moi-même j’ai fait l’expérience de la demande de la Mairie de Paris de prendre en charge le salaire de 2 personnes contre l’accord pour des interventions de consultants, ce que nous avons refusé.
    C’est vraiment lui qui a fait réussir l’élection de Mitterand, ce qui a enfoncé le pays encore plus bas au plan économique et social.

  • 6. Par jean-michel Yolin, le dimanche 29 septembre 2019 (10:18)
    président section innovation (H)

    tout à fait d’accord avec cette analyse : ajoutons le mal qu’il a fait à l’Europe en voulant profiter d’elle pour s’offrir un plébiscite par son referendum annoncé un 14 juillet au moment ou les sondages donnaient une approbation de la constitution élaborée par son "ami juré" Giscard avec 73% d’approbation par les français
    Mais ceux ci, pour les plus lucides d’entre eux ont vu le piège
    o Il voulait faire rentrer la Turquie dans l’Europe, la rendant politiquement invivable (voir son islamopholie) et son succes au référendum valait approbation de sa politique dans ce domaine
    o il voulait se redonner une légitimité après son "succès" totalement irréaliste lors de son élection contre le Pen, pour pouvoir se représenter a l’élection présidentielle au moment ou sa popularité était descendue à des niveaux "hollandesques"

    Ajoutons enfin qu’il avait fait passer le septennat présidentiel à 5 ans, retirant à ce mandat la durée permettant d’échapper partiellement à l’inevitable démagogie :
    En effet
    o la première année est sacrifiée par le fait que le nouvel élu se croit obligé de tenir ses promesses démagogiques indispensables pour être élu
    o la dernière est aussi sacrifiée par la nécessite de réalisations démagogiques nécessaires pour être réélu
    Le "rendement" d’un "règne" est donc de n-2/n : il est donc optimal pour n- infini, or, dans toutes les cultures l’infini =7 : c’était donc une faute gravissime que Chirac a fait voter égoïstement pour ne pas être trop vieux en 2007 pouvoir être réélu, ne pas retourner à son état "laïc" et devoir faire face aux tribunaux

  • 7. Par Saglio, le dimanche 29 septembre 2019 (15:19)
    Chirac

    Nous pouvons tous être d’accord pour sa mauvaise gestion économique de la France, son carriérisme qui empêchait de faire les réformes. Mais il avait du panache (contre Bush & co.), du courage physique (soldat et vainqueur élections sur le terrain ), de la Culture hors des sentiers battus.

  • 8. Par François, le dimanche 29 septembre 2019 (15:33)
    Un amuseur public qui a eu son public

    Enfin vint Alain Mathieu ! Depuis trois jours, les médias dégoulinent d’onctuosité pour célébrer un lémurien, dernier descendant des rois fainéants. Même ses « ennemis », comme Le Pen, lui rendent hommage.
    Comment les Français peuvent-ils célébrer un président dont les agissements financiers le rapprochent des mafias sardes ou napolitaines ! Comment tolérer qu’un président de la république (6ème puissance mondiale) puisse avoir été hébergé, quai Voltaire, dans un appartement propriété, nous dit-on, d’un ancien premier ministre libanais ? Et ce depuis douze ans !
    Comment, nous si critiques, comment nos journalistes si fiers de leur causticité, ont-ils gobé un tel bobard ? Et si cet appartement qui, nous révélait Marc Dugain dans une fable, était en réalité la propriété de Chirac, par quelle magie l’avait-il acheté ? Dernière crétinerie journaliste, entendue sur France Inter hier matin : « Jacques Chirac avait beaucoup étudié l’art et la société japonaise à l’ENA ». LOL. Pour un peu, le journaliste s’insurgeait que Chirac n’ait pas été élu au Collège de France sur la chaire d’Etudes asiatiques.
    Chirac était un amuseur public qui a eu son public qui, jusqu’au cimetière le vénère. Au même poste, sans doute que Coluche aurait été moins nocif au pays.
    Ce type est une abomination française, parmi d’autres certes, mais lui est sur la marche la plus haute.

  • 9. Par charles Garnier, le mardi 1er octobre 2019 (08:19)
    Homme de gauche ou homme de droite

    Chirac était un expert pour gagner une élection, mais un piètre Président ! Comme quoi ce n’est pas les mêmes qualités pour gagner le poste et en être digne grâce au courage et à la vision stratégique que Chirac n’a pas eus !
    On le surnommait : « Pourvu que rien ne bouge ». Ça en dit long sur le personnage ! Et lui qui a refusé de mettre dans la constitution européenne l’origine chrétienne de sa population, n’aurait mérité qu’une cérémonie civile pour ses obsèques !

  • 10. Par CANEPARO, le samedi 5 octobre 2019 (17:26)
    Des vérités face à l’enfumage

    Je partage ce texte et vous remercie de l’avoir écrit et divulgué. Ce discours va à l’encontre des écrits élogieux sur CHIRAC. Mais comment dans notre démocratie peut-on faire l’éloge de Jacques CHIRAC ? Sur les derniers 38 ans de déclin continu de la France, il a été au pouvoir pendant 12 ans comme président et 2 ans premier ministre !
    J’ajouterai dans la longue liste de ses délinquances les électeurs fantômes de la mairie de Paris.
    Enfin comme je ne supporte pas les dictateurs sanguinaires, j’étais pour la guerre en IRAK. Je ne lui attribue donc aucun bon point ni aucune circonstance atténuante.

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