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Réindustrialiser la France : un enjeu vital pour l’avenir du pays

Par Claude Sicard,
le lundi 1er mars 2021

Les Français à qui l’on a toujours dit que notre pays est une « grande puissance », en position numéro six dans le monde, sont stupéfaits de découvrir, avec la crise du coronavirus, que nous sommes extrêmement dépendants de l’étranger pour un très grand nombre de produits, y compris les plus essentiels comme les médicaments. Nos médicaments proviennent presque tous de l’Inde ou de la Chine, et l’on nous apprend que nous ne fabriquons pas les respirateurs artificiels dont nos hôpitaux ont besoin pour équiper leurs salles de réanimation : les Allemands ont deux fabricants, la Suisse, un petit pays pourtant, en a un, qui est d’ailleurs très réputé, alors que nous n’en avons aucun. Et ces jours-ci les journaux nous apprennent que nos usines d’automobiles sont arrêtées en raison d’une grave pénurie de semi-conducteurs : ce sont essentiellement les Taïwanais qui nous approvisionnent, le groupe TSMC détenant à lui seul 55% du marché mondial. Notre ministre de l’ économie, Bruno Le Maire, s’en alarme, et nous dit : « Notre dépendance vis-à-vis de l’Asie est excessive et inacceptable ».

Article paru dans la Contrepoints, le 23 Février 2021

Aussi, les pouvoirs publics, qui depuis la fin des trente glorieuses ont aveuglément plongé la France dans la mondialisation, font-ils, soudain, marche-arrière : ils affichent depuis quelques mois leur ferme volonté de relocaliser bon nombre de fabrications sur notre territoire, accordant même, maintenant, des aides aux industriels pour qu’ils rapatrient leurs productions. Ce souci de réindustrialisation du pays, né de la recherche d’une moindre dépendance vis-à-vis de l’étranger, va sans doute permettre à nos dirigeants de découvrir, enfin, que l’avenir de notre pays se joue sur sa capacité à se réindustrialiser. Au moins la crise du coronavirus aura-t-elle eu un effet bénéfique : replacer l’industrie au centre des préoccupations de notre gouvernement, et nous allons voir que c’est essentiel pour l’avenir de notre pays. Mais il faudra se réindustrialiser essentiellement à base de nouvelles technologies.

Nos différents gouvernements avaient, en effet, vu jusqu’ici d’un très bon œil le pays se désindustrialiser, pensant que c’était, là, le signe même de sa modernisation. Cela vient de ce que toute l’élite aux commandes, après la fin des trente glorieuses, a été marquée par les travaux de Jean Fourastié, l’auteur du fameux ouvrage « Le grand espoir du XXe siècle », un ouvrage très documenté dans lequel cet économiste a montré que les sociétés, en se développant, passent obligatoirement du secteur primaire, l’agriculture et la pêche, au secteur secondaire, l’industrie, puis ensuite, du secteur industriel au secteur tertiaire, celui des services. Ainsi pouvait-on conclure qu’une société moderne ne comporterait plus que des activités relevant du secteur tertiaire. On pensa que le monde s’organiserait selon un schéma où les activités industrielles seraient reversées sur les pays en voie de développement qui, de par leur surabondante main-d’œuvre bon marché se chargeraient des tâches ingrates et salissantes de la production industrielle, les pays développés se consacrant aux tâches nobles de la connaissance et du savoir. Ainsi, les pays occidentaux échangeraient leur savoir contre les biens manufacturés dont ils ont besoin, fabriqués à bas prix par les pays sous-développés. On était encore à l’ère de la suprématie de l’homme blanc dans le monde : un stéréotype aujourd’hui totalement éculé.

Comme on le sait, la Chine, dans le cadre de cette stratégie, non seulement est devenue l’usine du monde, mais elle a aussi rattrapé à pas de géant son retard technologique : elle a su exiger des pays occidentaux qui installaient des usines chez elle pour bénéficier des coûts très bas de sa main-d’œuvre, une main-d’œuvre obéissante et habile, des transferts de technologie, elle a fait de l’espionnage industriel pour piller les know-how des Occidentaux, et elle a eu l’intelligence d’envoyer ses meilleurs étudiants se former dans les grandes universités américaines. Aujourd’hui, la Chine a autant de chercheurs que les Etats-Unis, elle dépose davantage de brevets chaque année que les Américains, et elle a pour projet de devenir le numéro un mondial dans le domaine de l’intelligence artificielle. En 2016 elle est passée devant les Etats-Unis en nombre d’articles scientifiques publiés, et elle est devenue le premier exportateur mondial de TIC (Technologie de l’information et de la communication) et de produits de haute technologie. Et le géant chinois Huawei s’est lancé dans une course à l’innovation avec Samsung et Apple.

La France a ainsi vu fondre à grande vitesse son secteur industriel, et elle est devenue, à présent, en Europe, le pays le plus désindustrialisé, la Grèce mise à part. Sons secteur industriel ne concourt plus que pour 10% seulement à la formation du PIB, alors qu’en Allemagne il représente 23%, la moyenne des pays de l’OCDE se situant à 20,0%. Notre ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a déclaré tout récemment, en présentant son plan de « relance industrielle : « Nous avons laissé partir nos usines, nos compétences, des filières entières depuis 20 ou 30 ans », et il a parlé d’un « scandale économique » et d’« une faute politique ».

Il faut comprendre l’enchaînement fatal dans lequel se sont trouvés entrainés nos dirigeants en laissant fondre comme ils l’on fait notre industrie. Il s’agit d’une spirale descendante dangereuse. L’industrie est un secteur qui crée beaucoup de richesses, directement et indirectement. En laissant fondre le secteur secondaire de notre économie le pays s’est appauvri et les gouvernements successifs se sont vus contraints, pour soutenir le niveau de vie des habitants, d’effectuer des dépenses sociales de plus en plus importantes. Elles sont devenues les plus élevées, aujourd’hui, de tous les pays de l’OCDE, en proportion du PIB. Ces dépenses sociales allant régulièrement en croissant ont gonflé les dépenses publiques, lesquelles ont conduit les gouvernements à accroitre, d’année en année, les prélèvements obligatoires ; et, ceux-ci, se révélant toujours insuffisants, il y a eu la nécessité, pour les pouvoirs publics, de recourir à l’endettement afin de boucler chaque année le budget de la nation. Ce mécanisme s’est amorcé il y a quarante ans, et l’endettement du pays n’a donc pas cessé de croître, pour atteindre, en 2019, 100% du PIB. Et la pandémie du coronavirus est venue, malencontreusement, en 2020, se greffer sur ce phénomène structurel, aggravant très sérieusement la situation de l’économie française. L’endettement a fortement augmenté, pour atteindre 122% du PIB fin 2021, les pouvoirs publics s’étant trouvés pris au dépourvu pour soutenir l’activité économique du pays. Le « quoi qu’il en coûte » du Président français s’est imposé, et l’on a donc ouvert sans modération les vannes de l’endettement.

Les économistes n’ont pas su sensibiliser en temps voulu les pouvoirs publics sur l’importance capitale que revêt l’industrie pour assurer la prospérité d’un pays et procurer les éléments lui permettant d’avoir dans le monde une position forte, au plan politique. Seuls quelques grands économistes ont tiré la sonnette d’alarme, tout particulièrement Elie Cohen et Christian Saint Etienne. On sait combien on monte en épingle, lorsqu’elles se réalisent, les ventes de Rafale, ces fameux avions de combat de la firme Dassault, et on s’enorgueillit de pouvoir doter l’Australie de sous-marins ultra-modernes. Et nous n’avons pas eu d’autre solution pour renouveler les fusils d’assaut de l’armée française que de s’adresser à un fabricant allemand, la France depuis la fermeture de la fameuse manufacture d’armes de Saint-Etienne n’en fabricant plus.

Le graphique ci-dessous montre la corrélation très forte existant entre la production industrielle dans les pays et leur niveau de richesse. La production industrielle, calculée à partir des données de la BIRD, (organisme qui incorpore la construction dans le secteur industriel) et ramenée, ici, par habitant, est prise comme variable explicative sur ce graphique. On voit que la corrélation avec les PIB per capita des pays est extraordinairement forte, le coefficient de corrélation étant supérieur à 0,93.

Corrélation Production industrielle / tête - PIB / tête (US $)

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4 réactions :

  • 1. Par zelectron, le lundi 1er mars 2021 (17:26)
    Du coté de l’état et des élus rien n’est fait pour que ça fonctionne*

    comment voulez vous qu’on puisse remettre le moteur en route avec une poignée d’€uros alors qu’il en faudrait 1 million, et le ridicule des aides de l’état, et les organismes financiers intermédiaires qui se sucrent au passage, et les volumineux dossiers à remplir en moult exemplaires avec tel ou tel papier qui manque indubitablement comme il fallait (ne pas) s’y attendre, rien, absolument rien n’est fait pour que les industries renaissent de leur cendres ! J’écris en toute connaissance de cause puisque j’ai passé la quasi totalité de ma vie professionnelle y compris aux échelons de direction d’entreprise, pour affirmer que l’état s’est toujours moqué de l’industrie qui le lui a bien rendu avec des transferts vers des pays plus accueillants sociétalement et pas forcément à l’autre bout du monde. A part le tourisme et les métiers tertiaires pour lesquels rien n’était trop beau, le monde paysan ou celui des manufacturiers étaient méprisé par les politic(h)iens et c’est toujours le cas aujourd’hui. N’oublions pas la masse inouïe qui dépasse l’entendement de fonctionnaires inutiles y compris dans les rangs des énarques !
    *pour que ça fonctionne il serait nécessaire de changer leurs cerveaux.

  • 2. Par gerard dosogne, le lundi 1er mars 2021 (17:45)
    Les aides d’état ne servent à rien

    Les aides d’état pour le rapatriement industriel ne servent à rien en vue de réindustrialiser la France . En effet , rapatrier la fabrication de paracétamol par exemple , avec l’aide de l’etat , va couter cher et ne rien apporter à la richesse nationale . On va seulement nourrir l’inflation et /ou , creuser un peu plus de déficit de la sécu , mais aucune richesse ne sera créée . Qui va nous acheter ces produits archi connus, sans aucune innovation , ? Il faut au contraire rendre la France attractive socialement , fiscalement , savoir garder nos scientifiques , favoriser l’innovation (et sans doute la financer , mais aussi la dé-fonctionnariser !)

  • 3. Par Molimard, le mardi 2 mars 2021 (14:16)
    100 % Chine, ce n’est pas pour des questions de bas coût !

    Les médias nous assènent heure après heure que si nous ne produisons plus rien, c’est uniquement pour des questions de coût, trop haut chez nous, en raison de charges salariales trop élevées.
    Or, je me souviens qu’en 1990, notre Directeur financier, dans une branche de Valéo, m’avait indiqué la décomposition des couts de notre produit : masse salariale 8 % stable car productivité en hausse et non remplacement de 2 départs en retraite sur 3, matières premières : 25 % en baisse continue car objectifs de baisse de 5 % par an, puis 10 puis 1 % par mois, très dur pour les sous traitants, 40 % pour les "murs", nouveaux bâtiments suite à délocalisations et difficultés à vendre les friches européennes et 20 % dégressifs pour les amortissements de "process", le reste en frais annexes et notamment FVV, frais variables de vente, ristournes, malfaçons, etc... Qu’en est il aujourd’hui ?

  • 4. Par zelectron, le mercredi 10 mars 2021 (15:18)
    Manufacturer ? j’en fout ! il n’y a que ma garde prétoriene qui compte : les fonctionnaires !

    L’industrie ? « Je m’en vais lui faire une ordonnance. Et une sévère ! Je vais lui montrer qui c’est le Petit Poudré. Aux quatre coins de la France et du Monde qu’on va la retrouver éparpillé par petits bouts façon puzzle. Moi quand on m’en fait trop, je correctionne plus : je dynamite, je disperse, je ventile… »
    d’après Raoul Volfoni (Bernard Blier)

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