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Emmanuel Macron peut-il générer une vraie confiance ?

Par Yves Buchsenschutz,
le dimanche 21 janvier 2018

L’élection du président Macron est en fait une sorte de pari de Pascal du peuple français : vu les dégâts causés par ses prédécesseurs, à défaut de faire bien, il ne pourra pas faire plus mal. Il bénéficie donc d’un état de grâce particulièrement important : mais, comme pour tout président, il va devoir gérer la confiance. Où en est-il à date ?

Une société doit d’abord fonctionner sur la confiance avant de fonctionner sur des règles

Une société ne peut fonctionner uniquement sur des règles. Elle doit d’abord fonctionner sur la confiance. Confiance dans l’application de ces dernières, mais aussi confiance tout simplement dans le comportement de l’autre. Un bon exemple de la confiance est la conduite automobile. Je prends la route en confiance car je pense que mon vis-à-vis, comme moi, respectera l’usage de conduire à droite. Les règles ne sont venues que pour conforter l’usage. Elles ne peuvent servir qu’à encadrer la confiance, la consolider, au mieux aider à la créer.

La création et la destruction de la confiance

Il y a deux manières de créer la confiance : l’espoir d’une part, et l’expérience positive vécue de l’autre. Il n’y a qu’une manière certaine, et souvent instantanée, de la détruire : la déception. La confiance par l’espoir peut se construire assez vite, elle est toute d’intuition, la confiance par l’expérience positive est beaucoup plus longue à acquérir : elle se nourrit de l’observation continue des usages et des faits. La disparition de la confiance peut être lente ou subite.

Une campagne habile

De par sa campagne électorale, Emmanuel Macron a accumulé deux sortes de capital de confiance. Un capital d’espoir de la part de partisans d’un certain renouveau d’une part, et ce que j’appellerai un capital perplexe de la part de gens qui ont voté pour lui faute de mieux et qui sont en observation critique d’autre part. Ses supporters sont aujourd’hui pour le moins un mélange curieux de presque tous les courants politiques de France qui ne coexistent que par trois choses : un homme clé de voute, le président Macron, un espoir dans un pays réconcilié, et quelque chose de plus original : le mouvement.
Le président Macron a réussi à représenter un espoir, il a par ailleurs créé et entretenu délibérément un mouvement ; il n’est pas de jour qu’il ne lance un nouveau chantier. Il lui reste à réconcilier le pays en reconstruisant réellement des zones de confiance solides et observables, construites et consensuelles.

La confiance et les trois préoccupations majeures des Français

Les trois problèmes fondamentaux des Français restent la sécurité liée au terrorisme et aux zones de non-droit, l’immigration, et le chômage, toujours présent.

Terrorisme et sécurité : les Français n’ont plus confiance et sont fatalistes

En matière de terrorisme, il n’y a rien de nouveau : dans les faits, le phénomène continue à être sous contrôle, avec d’inévitables ratés « comme d’habitude » pourrait-on dire. Le problème de confiance de ce côté-là est en fait déporté : les Français, fatalistes, espèrent ne pas avoir la malchance d’être sur place lors du prochain accident. Ils n’ont par contre plus aucune confiance dans leur système global de sécurité intérieure. Police et Justice passent leur temps à se chamailler, à se contester mutuellement, à mélanger leur tâche principale avec du social et du politique au point que, lassés et désespérés, les citoyens ne portent même plus plainte, convaincus de l’inutilité de cette démarche. De plus c’est trop lent et trop cher. S’il est un domaine régalien où l’État devrait mettre de l’ordre, c’est celui-là, car la confiance y a disparu et la confusion y règne, ce qui est grave dans une démocratie.

Immigration : Emmanuel Macron fait mine d’avoir pris la mesure du problème

Le deuxième problème est celui de l’immigration. Comme le chômage, il paraît au plus grand nombre impossible à maîtriser concrètement. Les diverses politiques se succèdent et ne solutionnent rien. Comme pour le chômage, cette difficulté sera longue à résoudre mais il me semble que le mouvement sert pour le moment le gouvernement : à défaut d’avoir des résultats tangibles à présenter, diverses mesures comme les accords avec la Turquie ou la Lybie pour retenir les flux de réfugiés, la distinction progressive entre réfugiés « politiques », éligibles au droit d’asile, et les immigrés « économiques » qui seraient renvoyés dans leur pays d’origine, semble canaliser peu à peu le phénomène. Restera, pierre de touche du programme, le renvoi effectif des illégaux que tous les gouvernements ont promis mais qu’aucun n’a jamais su réaliser. Accessoirement, les Français observeront la disparition des zones de non droit qui rejoignent les problèmes de sécurité. L’émergence progressive d’une politique cohérente et surtout appliquée, ferait certainement grincer beaucoup de dents diverses, mais aurait au moins le mérite, en termes de confiance, d’indiquer une direction.

Chômage : la machine économique semble repartir

En matière de chômage, les résultats sont, on le sait, longs à se manifester. Mais des mesures ont été prises, elles se sont plutôt bien déroulées (peu de grèves ou de blocages), elles restent sujettes à discussion, ce qui est normal (assez ? trop ?), mais le fait que la machine économique semble repartir serait un gage de succès. Les entrepreneurs, seuls vrais créateurs d’emplois, pourraient bien basculer dans le camp des optimistes, ce qui serait une vraie victoire. Restent au moins deux points de blocage : les capacités de production, et paradoxalement, la main d’œuvre compétente disponible.

A défaut de pouvoir régler rapidement les premières préoccupations des Français, il reste un certain nombre de domaines suffisamment significatifs pour montrer que le bateau a désormais un capitaine (ce qui est un gage de confiance)… au moins en apparence.

Qu’en est-il dans les autres domaines importants ?

L’éducation remise sur les rails avec Jean-Michel Blanquer

La reprise en main de l’éducation, (en fait un virage vers le bon sens et une certaine réhabilitation de la sélection ou au moins d’un tri minimum) qui se fait sans beaucoup de bruit mais assez rapidement, pourrait être un domaine apporteur de confiance assez rapidement. Mais le mal est ancien et surtout profond.

Les élus se cramponnent à leurs avantages

Le comportement des élus devant les évolutions de leurs statuts divers, va dans l’autre sens : à tort ou à raison, ils ont donné l’impression de se cramponner à ce qu’il faut bien appeler aujourd’hui leurs privilèges. C’est plus grave qu’il n’y paraît car cela alimente l’antienne du « on en prend d’autres et…. on recommence ! ». L’axe confiance eut plutôt été de consolider leurs moyens de travailler que de protéger leurs passe-droits. Cela pourrait également être la voie pour les fonctionnaires dont on n’arrive pas encore à savoir s’ils seront les protégés ou les victimes du nouveau régime. Mais l’on devrait se rappeler la nuit du 4 Août, nuit de l’abolition des privilèges : les aristocrates ont été remplacés par les élus et le clergé par les fonctionnaires. Auront-ils le même courage que leurs ancêtres ?

Développement durable : le gouvernement cherche le bon compromis

Côté développement durable, c’est la nouvelle église de certains, d’autres sont farouchement contre. Je pense que la majorité des Français est pour une utilisation raisonnée de la planète mais pas au point de faire mourir de faim ou de froid l’ensemble de la population pour sauver un ours qui n’en demande pas tant [1] . Le gouvernement tente de construire progressivement une politique raisonnable et équilibrée mais l’interprétation globale est délicate : que penser de la décision de l’abandon de Notre-Dame des Landes en sacrifiant le droit et la démocratie au réalisme devant le fanatisme de terroristes écolos ? De la baisse de la vitesse sur les routes sans aucune preuve que ce n’est pas simplement une nouvelle taxe ? De la dénonciation du Diesel que l’état lui-même a poussé pendant des années ? Des positions pour le moins contradictoires sur le CO² et le nucléaire ? Etc. Il va être difficile de tracer une voie compréhensible et convaincante pour la population.

La prolifération des normes continue… et la fiscalité des collectivités locales augmente

Trois autres cancers qui déstabilisent la société civile sont le poids de l’interventionnisme de l’État et la prolifération continue et anarchique des normes. Je lie ces deux problèmes car norme = intervention et intervention dit toujours augmentation des moyens de l’État. Quasiment aucun effort n’a été entrepris sur cet axe. Nous continuons chaque semaine à hériter de telle ou telle contrainte : nouvelle vitesse, nouvelle amende, nouvelle épaisseur de…, nouvelle étiquette sur…, nouvelle taxe ou hausse de tarif, etc. La délégation, de plus, qui a été donnée aux collectivités locales arrive à des résultats stupéfiants : on peut dans la nuit tripler le prix d’un PV ou augmenter une taxe d’habitation de 60%. Le plus simple serait peut-être de doubler les impôts, le 1er Avril par exemple. A telle enseigne que certains, des mauvaises langues probablement, prétendent que des fonctionnaires au pouvoir ne peuvent que renforcer le pouvoir et les privilèges de leur caste.

L’Europe toujours vue comme une entrave

L’Europe, de son côté, de par la lâcheté de nos politiques qui en ont fait depuis des années la responsable de la plupart des contraintes nouvelles désagréables, en particulier réglementaires, et espoir de notre nouveau président, aura bien du mal à représenter à nouveau un espoir pour les Français, voire les autres Européens. Non seulement la preuve de son efficacité n’a pas été faite dans la tête de nos concitoyens mais c’est le contraire qui est en marche (Brexit, Catalogne, Corse, Pologne ou Hongrie, etc.)

La mission prioritaire que doit s’assigner Emmanuel Macron : restaurer la confiance des créateurs de richesse

Ce sont bien les entrepreneurs, industriels, paysans, commerçants ou autres, qui créent la richesse première et fondamentale d’un pays, tout le reste peut être utile mais devrait rester accessoire. Il faut donc particulièrement soigner la confiance de ces derniers d’abord, suivie le plus vite possible par la population « ordinaire ». Le pari n’est pas mal engagé mais il reste à le gagner ! Notre président, dans ses vœux peut bien faire appel au mythe Kennedy [2], les citoyens veulent désormais des preuves et ne se contenteront plus longtemps de promesses ou d’effets d’annonce. Il doit en quelque sorte « solidifier » par des actes et des faits la confiance que nous lui avons accordée et ceci rapidement.

Cela serait d’ailleurs d’autant plus utile que notre société, par ses innovations et nouveautés incessantes, loin de nous sécuriser par l’augmentation continue du pouvoir de l’humanité, déstabilise en permanence le socle sur lequel nous vivons.

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[1Le nombre d’ours polaire a été multiplié par 6 ces dernières années !

[2Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays

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