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Emmanuel Macron en Chine : David et Goliath

Par Nathalie Droal, Claude Sicard,
le dimanche 14 janvier 2018

Notre président a entrepris, six mois seulement après son élection, d’effectuer une visite en Chine, une visite d’État de trois jours, ce qui est exceptionnel pour un chef d’État français se rendant dans ce pays. L’objectif de cette visite était « d’établir un partenariat fondé sur la réciprocité en matière d’ouverture des marchés ». Les échanges économiques entre les deux pays sont, en effet, totalement déséquilibrés, au profit de la Chine, et ils le sont également entre l’Union européenne et l’Empire du Milieu. Au plan économique, l’espoir de pouvoir rééquilibrer nos échanges avec ce colosse est-il réaliste ?

La Chine est, aujourd’hui, une très grande puissance : c’est un pays de 1,4 milliard d’habitants, qui s’est hissé récemment au rang de seconde puissance mondiale.

Cette visite de notre président en Chine a été incontestablement un succès, d’autant que Emmanuel Macron s’est exprimé à la fois au nom de la France et de l’Europe, cette Europe en construction dont il apparaît, de plus en plus dans le monde, comme le leader incontesté. La France et la Chine ont décidé de « renforcer tous azimuts la coopération internationale, et d’améliorer la gouvernance de la planète », et quelques gros contrats ont pu être signés.

Sur le plan économique, le souci était de rééquilibrer, si possible, nos échanges commerciaux avec la Chine, échanges qui ont tendance à être de plus en plus déficitaires, côté français. Notre déficit commercial s’élève à présent à 30 milliards de dollars, et il se creuse. Au plan européen, il en est de même : il était de 100 milliards de dollars en 2005, et il atteint à présent un peu plus de 180 milliards.

Ce projet de rééquilibrage de nos échanges est-il vraiment réaliste ? Comme on le sait, la Chine est devenue l’usine du monde, et, simultanément, dans les différents pays de l’Union européenne, le secteur industriel n’a cessé ces dernières années de décliner, la part de l’industrie chutant constamment dans le PIB de ces pays pourtant fortement industrialisés jadis. Et ce phénomène préoccupant s’est tout particulièrement manifesté dans le cas de la France où les effectifs de l’industrie ne représentent plus que 2,8 millions de personnes.

Qu’en est-il exactement du rapport de force entre nos pays du vieux continent et la Chine ? Pour le mesurer, il faut s’intéresser avant tout au secteur industriel, car il représente l’essentiel des échanges entre les grandes puissances : pour la Chine, il s’agit de 96,3% des exportations, et, pour la France, de 78%. Quant aux perspectives d’avenir, nous nous en référerons, pour les apprécier, tout particulièrement aux dépenses de Recherche-Développement dans ces différents pays, car ce sont elles qui préparent l’avenir.

Au plan industriel, tout d’abord. On note que la Chine a, à présent, une industrie qui représente 30% de son PIB, soit 3.415 milliards de dollars américains, ceci en termes de valeur ajoutée. En France, le secteur industriel ne contribue plus que pour 11,5% seulement à la formation du PIB, en sorte que notre industrie produit, en valeur ajoutée, 284 milliards de dollars américains par an. On voit que l’on est, là, dans un rapport de force d’un peu plus de 1 à 12 pour ce qui est des appareils industriels. Le cas de l’Allemagne est bien plus favorable que le nôtre, puisque le secteur industriel dans ce pays représente encore 23% du PIB, soit 804 milliards de dollars américains, et le rapport de force avec la Chine est, alors, de 1 à 4. L’industrie allemande exporte facilement car elle est très puissante dans le domaine de la machine-outil et des biens d’équipement, des produits prioritaires pour les pays qui se développent et s’industrialisent. Les exportations allemandes en direction de la Chine se montent ainsi à 76 milliards de dollars américains, contre seulement 15 milliards dans le cas de notre pays, et son déficit commercial avec la Chine est de seulement 18 milliards, alors que le notre se monte à 30 milliards.

Pour ce qui est des perspectives d’avenir, il faut s’en référer principalement aux budgets actuels de R&D des pays. Le monde, en effet, est de plus en plus engagé dans une course à l’innovation technique, et l’innovation est un des principaux ressorts de la croissance. Dans une économie de la connaissance, la concurrence entre les entreprises ne repose plus seulement sur les prix, mais bien plutôt sur l’innovation.

En matière de Recherche & Développement, on constate que les écarts entre les différents pays européens et la Chine sont considérables. En Chine, les dépenses de R&D ont doublé entre 2008 et 2012, et elles s’élèvent aujourd’hui à un peu plus de 300 milliards de dollars américains, chiffre à comparer aux 397 milliards des États-Unis. La France n’en est qu’à 48 milliards. Quant au nombre de chercheurs, les statistiques nous indiquent que les écarts sont monumentaux, d’autant plus inquiétants que les Chinois se révèlent être très innovateurs. On a, en effet, les chiffres suivants :

Nombre de chercheurs
Chine 1.489.000
USA 1.413.000
France 260.000

Pour ce qui est des demandes de brevets, indicateur très significatif du dynamisme économique et intellectuel des pays, le rapport de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle donne les chiffres suivants :

Dépôts de demandes de brevets, en 2016
Chine 1.338.503
USA 605.571
France 16.218

On voit donc, à la lumière de ces brèves analyses, que lutter avec la Chine qui a un secteur industriel 12 fois plus important que le nôtre, ultra compétitif en termes de prix, ne va pas être une mince affaire. Et les poids respectifs des budgets de Recherche & Développement que nous avons rappelés plus haut n’augurent rien de bien encourageant pour l’avenir. On peut avancer, d’ores et déjà, que le rééquilibrage ne se fera pas : David ne va pas, cette fois, vaincre Goliath !

La partie ne pourra avoir quelques chances de se jouer d’une façon relativement équilibrée, entre les pays européens et la Chine que seulement si l’Europe, pour autant qu’elle se décide à défendre plus fermement ses intérêts, accélère sa construction. Les dépenses de R&D de l’Union européenne sont de 350 milliards de dollars, soit 2,2% du PIB, et la « Stratégie Europe 2020 », adoptée en 2010 par les dirigeants de l’UE, prévoit de porter ce pourcentage à 3%. La France n’en est actuellement qu’à 2%, et seuls trois pays sont à jour : la Finlande avec 4%, la Suède avec 3.3%, et le Danemark avec 3,1%.

En France, notre président n’a rien dit de la recherche au cours de sa campagne électorale, bien qu’il s’agisse d’un paramètre essentiel qui commande l’avenir du pays. Il serait bon que notre pays, comme l’ont fait la Finlande ou Israël, porte son effort de Recherche & Développement à 4% du PIB. Cela nécessiterait le recrutement d’environ 200.000 chercheurs : un bel effort, à mener tout au cours du quinquennat de notre président actuel, indispensable pour assurer l’avenir du pays. Mais, pour l’heure, personne n’en parle.

Claude Sicard
Economiste industriel, consultant international

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