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SNCF, le cancre

Par Marcel Hugo,
le jeudi 5 avril 2018

La SNCF est non seulement un désastre économique avec seulement la moitié de ses dépenses couvertes par ses recettes commerciales, elle est aussi le symbole de l’immobilisme. La plupart des réseaux étrangers ont vu leur activité largement augmenter, et, simultanément, le nombre de leurs agents diminuer, parfois considérablement : de 60% en dix ans au Royaume-Uni. Rien de tel à la SNCF où la progression du nombre de voyageurs a été l’une des plus faibles, le trafic marchandises a baissé et les effectifs se sont à peine réduits, de 18% depuis 1990. Quant à la sécurité, le nombre d’accidents mortels n’a cessé de croître et est maintenant double de celui des Britanniques.

Note : Dans le cadre des grèves qui agitent le pays, nous republions cet article de Marcel Hugo qui montre la situation alarmante dans laquelle est la SNCF depuis deux décennies.

Performances plus que modestes

En comparaison avec les autres pays européens, la performance de la SNCF reste plus que modeste. Depuis plus de 20 ans, le nombre de voyageurs transportés en France n’a progressé que de 37%. Dans les autres grands pays de l’Europe, avec des tailles de réseau ferroviaire importantes, le nombre de voyageurs transportés a connu une augmentation beaucoup plus forte : de 80% en Italie, de 100% au Royaume-Uni et en Espagne, et enfin de presque 150% en Allemagne.

Curieusement, les opérateurs ferroviaires en Europe ne se sont pas contentés de l’augmentation de chiffres d’affaires provenant de la vente des billets, mais ont également agi sur leurs effectifs en diminuant leur nombre. La baisse des effectifs a été la plus importante au Royaume-Uni, avec près de 60% sur les deux dernières décennies, mais aussi comparable en Allemagne, en Espagne et en Italie, avec près de 45% en moyenne. La France, quant à elle, n’a abaissé ses effectifs que de 18% depuis 1990.

Cela devient presque caricatural dans le pays qui dispose d’une entreprise unique sur le marché ferroviaire, et cette dernière, qui souffre depuis des années de l’aggravation de sa santé financière, refuse de se rendre compte de sa faiblesse et enfin de perdre du poids, qui la rend peu opérationnelle. On ne parle même pas de la libération du marché ferroviaire en France ; il s’agit d’une simple volonté de la SNCF d’assumer son inefficacité et de réagir le moins vite possible sur ses effectifs. Comment ? Recette en chiffres.

Quant au Fret SNCF, sa part de marché a chuté de 91% en 2008 à seulement 71% en 2011, (rapport sur la concurrence ferroviaire en France [1], préparé par la SNCF). Et pourtant, les effectifs de cette filiale de la SNCF, qui agit sur le marché libéralisé depuis plus de 10 ans, n’ont pas baissé dans cette proportion.

Dans le transport de voyageurs, qui reste relativement stable, avec la dominance du transport routier sur le marché, la SNCF n’est pas non plus parvenue à rendre ses activités plus rentables en révisant les effectifs.

Priorité à la sécurité ?

On entend souvent que la priorité de la SNCF reste la sécurité de ses voyageurs, d’où le refus volontaire de la part de la société, de réviser ses effectifs au profit de l’assainissement financier. Mais les chiffres, dont nous disposons, ne confirment pas cette excuse.

Le Royaume-Uni, qui est souvent considéré comme l’un des exemples de libéralisation du marché qui aurait abouti à l’aggravation de la sécurité ferroviaire, semble s’en sortir plutôt mieux, comparativement à la France.

Pourtant, dans de nombreux rapports sur la sécurité ferroviaire, comme par exemple dans celui publié par RFF en 2013, la SNCF se félicite de l’amélioration de la sécurité ferroviaire, notamment du nombre d’accidents produits et de personnes tuées dans ces accidents. Ainsi, selon RFF, le nombre de personnes tuées dans les accidents a baissé de 35% entre 2001 et 2012. Mais ce chiffre paraît moins rassurant si l’on se rapporte à l’année 2013, pour laquelle les données sont désormais disponibles, et avec lesquelles on constate une diminution de seulement 25% du nombre de personnes tuées dans les accidents ferroviaires entre 2001 et 2013.

À titre de comparaison, le nombre de personnes tuées dans les accidents ferroviaires, cumulé depuis 2004 [2], où le Royaume-Uni s’est situé presqu’au même niveau que la France, a progressé beaucoup plus en France que chez son voisin, qui a connu la libéralisation du marché. Ainsi, au cours de la dernière décennie, les accidents ferroviaires sur le réseau britannique ont produit près de 500 morts contre 820 sur le réseau français.

Pour rendre nos calculs plus comparables, il faut également tenir compte de la densité du réseau, qui reste plus forte en France qu’au Royaume-Uni. Le tableau ci-dessous présente le nombre de personnes tuées dans les accidents ferroviaires chaque année depuis 2004, avec l’ajustement pour le Royaume-Uni en fonction du nombre annuel de passagers-kilomètres.

Même si le nombre de personnes tuées par passager-kilomètre dans les accidents ferroviaires au Royaume-Uni restait bien supérieur à celui de la France jusqu’en 2009, le marché ferroviaire britannique a connu une véritable amélioration sur les dix dernières années avec une baisse de 67% du nombre de personnes tuées chaque année. Quant à la France, le nombre annuel de personnes tuées dans les accidents ferroviaires n’a diminué que de 10% entre 2004 et 2013.

PS. Comme un exemple de l’optimisme officiel qui règne au sein de notre monopole ferroviaire, lire le communiqué de presse ci-joint, qui accompagnait le rapport 2013 de RFF cité ci-dessus, et comparer avec les chiffres Eurostat du tableau ci-dessus.

Article paru initialement le 12 novembre 2014 sur le site Emploi-2017.

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[2Les données dans la base d’Eurostat sur les accidents ferroviaires ne sont disponibles qu’à partir de 2004.

8 réactions :

  • 1. Par Brunet, le jeudi 13 novembre 2014 (14:24)
    SNCF, le cancre

    Effarant optimisme béat.
    Encore que vous ayez eu la gentillesse de ne pas insister sur le déclin du transport marchandises dont les caprices syndicaux ont ruiné la fiabilité, laissant ainsi nos rejets de CO2 dus aux transports à la place enviable de 43% de ces rejets !

  • 2. Par Frédéric, le jeudi 13 novembre 2014 (19:10)
    SNCF, le cancre

    Petite remarque à propos du paragraphe "Quant au Fret SNCF, sa part de marché a chuté de 91% en 2008 à seulement 71% en 2011, (rapport sur la concurrence ferroviaire en France [1], préparé par la SNCF). Et pourtant, les effectifs de cette filiale de la SNCF, qui agit sur le marché libéralisé depuis plus de 10 ans, n’ont pas baissé dans cette proportion." : a priori, il n’est pas logique de comparer une variation de part de marché à une variation d’effectifs, sauf si le marché (kilomètres parcourus ?) est resté constant ou s’est réduit, mais vous ne donnez aucun chiffre là-dessus (vous indiquez seulement dans le résumé que "le trafic marchandises a baissé"). Pourriez-vous s’il vous plaît apporter quelques précisions là-dessus ?

  • 3. Par Jean-Xavier ROCHU, le lundi 17 novembre 2014 (13:51)
    SNCF, le cancre

    Ces personnels ont été déclarés las et sans repères.

    Nos politiques ont été de parfaits gestionnaires de la pénurie. Ils n’avaient qu’à trancher entre des projets tous rentables. La SNCF était financée avec le respect dû à un service public. Les projets étaient mis en service à l’heure. Et les trésoreries d’exploitation étaient tenues ce qui permettait de tenir les plans de maintenance. Cela se mesurait dans la ponctualité. L’horloge du village était réglée sur le sifflet du chef de gare.

    Pourquoi le TGV s’avère un échec en France ? Parce que les politiques gèrent toujours une pénurie qui n’existe plus. La concurrence impose que nos lignes "Grande Vitesse" deviennent des axes structurant d’une offre compétitive qui prévient ses risques.
    Voyez une démarche décrite dans les 3 tribunes suivantes :

    DIAGNOSTIQUE :
    Le rail : des ordonnanceurs de la pénurie ne s’improvisent pas stratèges de la concurrence
    http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-116910-le-rail-des-ordonnanceurs-de-la-penurie-ne-simprovisent-pas-strateges-de-la-concurrence-1058809.php?ZU9GfdZbqri4cxer.99 ?

    UNE DÉMARCHE
    La seconde chance des partenariats public-privé : saisissons-la !
    http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-114546-la-seconde-chance-des-partenariats-public-prive-saisissons-la-1052987.php?UU7WGSoJvcPKBwuQ.99 ?

    LES VRAIS PARRAINS :
    Il faut encourager les maires à prendre des initiatives ferroviaires
    http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-97743-il-faut-encourager-les-maires-a-prendre-des-initiatives-ferroviaires-1007144.php?EGISYCx1sReIDddy.99 ?

    Je suis à disposition pour aider les maires à mettre en œuvre le levier de développement de leur commune qu’est le capillaire ferroviaire qui la traverse.

  • 4. Par jacques, le samedi 8 août 2015 (13:10)
    chemins de fer britanniques

    La vérité sur les chemins de fer britanniques : http://www.euro92.com/edi/bull/archives/arch21heath.htm . Les chemins de fer britanniques ont été privatisé justement parce qu’ils étaient dans un état de déliquescence avancé quand ils étaient publiques. Les défaillances actuelles que connaissent le privé aujourd’hui ne sont que l’héritage catastrophiques de décennie de chemin de fer nationaux.
    Le trafic passager a augmenté de 62% en UK suite à la privatisation… trop de travail !
    assorail.fr :
    « Les bénéfices de l’ouverture à la concurrence. Après plusieurs années de difficultés liées à l’ampleur de la réorganisation, les résultats de l’Eurobaromètre publié en décembre 2013 sur la satisfaction des usagers du ferroviaire montrent que le Royaume-Uni est, de très loin, le pays où la population est la plus satisfaite. En onze ans, le nombre de passagers-km s’est ainsi accru de 62 %. »
    Et l’enquête de satisfaction de 2013 faite par l’europe (l’europe c’est mal mais bon) :
    http://ec.europa.eu/public_opinion/flash/fl_382a_sum_en.pdf
    de plus, sur le soi disant manque de sécurité au Royaume Uni depuis la privatisation, lisez ceci :http://www.ifrap.org/bilan-de-la-securite-ferroviaire-en-france-et-au-royaume-uni-en-2013
    autre article intéressant : http://www.contrepoints.org/2011/12/02/58526-les-mythes-sur-la-liberalisation-des-trains-britanniques

  • 5. Par jacques, le mardi 2 janvier 2018 (20:27)
    SNCF, le cancre

    Marrant, certains qui comparent le prix du billet de train en GB avec le prix du billet en France en oubliant que le tarif sur le billet ne représente pas le coût réel du billet. Parce qu’il ne faut pas oublié que la SNCF est largement subventionné. : la SNCF coûte 13 Md€ par an aux contribuables
    https://www.fipeco.fr/fiche.php?url=Les-d%C3%A9penses-publiques-en-faveur-de-la-SNCF

  • 6. Par zelectron, le jeudi 5 avril 2018 (15:55)
    l’art du mensonge syndical

    Martinez est comme Goebbels : « Plus le mensonge est gros, plus il passe. »
    ainsi que : "Un mensonge répété dix fois reste un mensonge ; répété dix mille fois il devient une vérité." c’est la (dé)raison pour laquelle ils nous bassinent tout le temps avec les mêmes absconneries.

  • 7. Par Picsou 75, le dimanche 8 avril 2018 (21:09)
    Bilan SNCF ?

    J’ai cherché, sans résultat, une synthèse chiffrée de la SNCF, un bilan, ou un compte d’exploitation... C’est inaccessible, quelqu’un peut me dire où trouver cette information ?

  • 8. Par zelectron, le dimanche 8 avril 2018 (22:01)
    pourquoi économiser les salaires des cheminots alors qu’ils sont inutiles !

    on pourrait se demander pourquoi les ingénieurs d’Alstom n’ont pas installé ces processeurs activables/désactivables dans les locos depuis belle lurette, au nez et à la barbe des cheminots avec surveillance audio-vidéo à distance et report d’infos techniques à la clé. Je vois la tête des cheminots voyant qu’ils ont été bernés/supplantés

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