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SNCF : le bouclier de la France du statu quo
La grève doudoune ou le choix de l’histoire

Par Yves Buchsenschutz,
le dimanche 8 avril 2018

Ҫa y est, c’est reparti, nous avons droit à notre grève SNCF décennale. Elle prend cette année une forme originale dans une organisation inédite.

Dans la grève actuelle, ce n’est plus, on se met en grève, et on s’arrêtera le grand soir, mais une alternance savamment travaillée de jours travaillés et de jours d’arrêts qui ont l’avantage de coûter au moins théoriquement un peu moins cher aux grévistes tout en durant plus longtemps, plus précisément pour faire « durer » la grève 3 mois alors que les arrêts formels seront au plus de la moitié. Cela revient à désorganiser totalement la vie des Français, ou au moins de ceux qui utilisent journellement le train mais aussi lors des congés, des vacances scolaires, etc., et cela change la donne par sa nouveauté. À date, le gouvernement n’a quasiment rien dit sauf, qu’il ne céderait pas - comme toujours - et que la réforme de la Sncf se ferait non pas par une modification du mode de gestion des agents en exercice, mais par une « fermeture » du régime. Cela veut dire que rien ne change pour les agents en poste qui termineront leur carrière comme avant, mais que ce sont les nouveaux entrants seulement qui verront leur statut modifié. Cela va donc être une transformation très longue. En outre, les avantages « familiaux » [1] de transport seront maintenus : environ 1 million de voyages bonifiés par an !

De par son ampleur et sa résonnance, cette grève devrait faire date. Elle met les Français devant un choix cornélien : rentrer enfin dans le XXIème siècle et conserver une place significative dans le concert des nations et le classement d’IDH [2] mondial, ou sombrer définitivement dans les archives de l’histoire.

Pourquoi ?

En France, une grève nationale de la SNCF, ce n’est pas seulement une grève des cheminots. C’est en fait une grève de toute une partie du pays, laquelle va s’abriter derrière les cheminots, leur nombre, leur capacité de nuisance (blocage des transports), leur statut protecteur, et leurs victoires passées. Se sont déjà engouffrés à leur suite Air France, les aiguilleurs du ciel, les éboueurs, le personnel hospitalier, un nombre non négligeable de fonctionnaires, des étudiants nostalgiques de Mai 68, et même des avocats mécontents de leur réforme à eux. Cheminots, sachez-le : vous êtes la doudoune des nostalgiques du statut protégé, du petit job tranquille, en fait de la rente et des privilèges. Si vous n’êtes pas contents, ne vous fatiguez pas, laissez les cheminots faire le travail : leur position tactique est particulièrement favorable. Normalement, les camionneurs et les motards devraient rejoindre sous peu…

Mais en fait, quel est l’enjeu et son origine ?

Contrairement à ce que l’on pense couramment, le statut des cheminots ne tient ni à leur technicité, ni à leur nuisance, ni à sa difficulté. Il tient essentiellement à l’histoire. Les cheminots ont été parmi les premiers métiers industriels glorifiés dès l’origine, comme les verriers par exemple. Ils faisaient partie de l’aristocratie ouvrière. À ce titre, ils sont nés avec une cuillère d’argent dans la bouche. Toujours à cause de leur rôle de passage obligé des transports, ils ont joué un rôle significatif dans la résistance pendant la dernière guerre mondiale ce qui, ajouté à la nationalisation, leur a valu en 1945 une reconnaissance statutaire particulièrement favorable. Accessoirement, la nationalisation les a solidement installés dans un rôle de monopole, plus que cher à tout ce qui peut se prétendre « service public » et qui fait qu’aujourd’hui, le public en question va souffrir pendant trois mois quasiment sans discontinuer. Un exemple très simple : obtenir un billet de train à date ne peut plus se faire que la veille du jour du départ souhaité et ne venez pas à l’heure indiquée sur internet : le guichet sera fermé une heure avant pour « pouvoir servir correctement les derniers heureux clients en attente ». Vous savez comment organiser les vacances scolaires dans ces conditions ?

Comment un avantage acquis se transforme en privilèges ?

Le monde change et les valeurs relatives des biens évoluent. Les cheminots ne veulent pas renoncer aux voyages gratuits alors que tous les salariés ont dû renoncer à jouir gratuitement des produits de leur entreprise ce qui devenait soit trop coûteux à donner ou à distribuer. Les cheminots ont des horaires « difficiles ». C’est devenu le cas d’une large minorité des actifs : tiens donc, on ne peut pas être forain sans travailler le Dimanche ou être acteur sans travailler le soir ! Les cheminots ont une retraite financée par les autres régimes pour des raisons de calcul et de démographie : que diraient-ils si on siphonnait leur caisse pour payer les dentellières du Puy à la retraite. Ils ont conservé la garantie de l’emploi… sans commentaire ! Ils conduisent des trains vides, (des RER mais aussi des TGV). Quel intérêt et à quel prix ?

La croissance vertigineuse et accélérée des économies développées depuis 70 ans a bouleversé les positions relatives des uns et des autres : les instituteurs, les curés, certaines catégories de médecins même… sans parler des professions disparues, ont plongé pendant que les traders, les pilotes, les auditeurs ou les coachs… prospéraient. Les cheminots et une bonne partie de la France qui se cache derrière la doudoune restent crispés, immobiles en attendant que cela passe…

Mais cela ne passera pas ! La France est en train de glisser insidieusement vers le bas dans tous les classements mondiaux. 4ème puissance mondiale au XXème siècle, la France n’est plus que 6ème, et en PIB par habitant nous sommes désormais entre le 20ème et le 25ème rang, en IDH [3] de même. En classement PISA de mathématiques et sciences nous ne sommes plus que 26ème en 2016 et en qualité du système de santé nous ne sommes plus que 11ème en Europe. Il nous reste l’espérance de vie et une démographie avantageuse mais la chute est amorcée et les enfants français sont désormais issus d’immigrés que nous sommes incapables d’intégrer correctement.

La réponse, unanime et permanente de ces Français du statu quo est toujours la même, c’est-à-dire celle des cheminots : « Ce TGV que le monde entier nous envie ; ou ces hôpitaux que le monde entier nous envie, ou cette gastronomie que… ». Cette formule incantatoire ne nous sauvera plus et le roi sera bientôt nu. Allez voir de près le niveau de vie des Belges, des Hollandais, des Allemands, des Canadiens ou des Suisses ! et la qualité de leurs chefs étoilés.

La décision est dans nos mains : le problème est tellement global et sociétal, que la décision sera probablement fonction de l’opinion publique. De ce point de vue, les Français sont plutôt schizophrènes : avant la grève ils votent contre par réalisme et analyse, mais pendant, ils se comportent en héros qui vont tout supporter (il faut bien pouvoir se regarder dans sa glace) puis ils viennent frileusement se réfugier sous la doudoune des cheminots grévistes. Leur situation n’est pas si privilégiée que cela après tout… Choisissons, choisissez : la France doit-elle devenir comme l’Egypte : un pays dont on visite les ruines ?

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[1Avantages familiaux SNCF = des voyages gratuits ou presque pour la famille extensive du cheminot, elle-même, ascendante et descendante ».

[2Indice de développement humain.

[3Indice de développement humain.

2 réactions :

  • 1. Par zelectron, le mercredi 11 avril 2018 (17:27)
    la solution évidente sauf pour les obtus !

    les cheminots ont peur d’être remplacés par des robots1000 fois plus efficaces qu’eux ?

  • 2. Par hubin, le dimanche 15 avril 2018 (16:00)
    Le bouclier de carton des statuts officiels

    Chacun réve de jouir d’un statut , c’est le but des conventions collectives , le statut c’est mieux encore tout est prévu à l’avance , plus la peine de vivre et donc de ce battre , trop fatiguant ! Tout est programmé !
    Or ailleurs on vit , on s’adapte , on invente des nouveautés (dangereux , et le principe de précaution inscrit dans la constitution ! ) alors progressivement on sort du jeu de la vie et on décline , dans la paresse et la méconnaissance du monde ! Mais cette médiocrité rend heureux , en tout cas ceux qui ne savent que l’herbe est vraiment plus verte à coté !
    Ce pauvre Macron essaye après sarkosy , de faire bouger les lignes ,ils ne vont jamais bien loin mais on prèfère quand meme la quiétude de Chirac celle de Hollande et avant celle de Mitterrand !
    Pauvres nous !

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