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Agnès Verdier Molinier : La France peut-elle tenir encore longtemps ?
Et après ?

Par Yves Buchsenschutz,
le vendredi 12 mars 2021

Comme nous avons été nourris à la même source, à savoir Bernard ZIMMERN, disparu l’été dernier été, j’ai pris le temps de lire le dernier ouvrage d’Agnès Verdier Molinier concernant l’actualité de la France et en particulier de son endettement, annonciateur implacable d’une faillite prévisible.

Je vous recommande la lecture de ce livre dont le sujet est un peu aride mais devenu, grâce à l’auteur et à ses collaborateurs de l’IFRAP, tout à fait digeste si ce n’est parfois (rien n’est jamais parfait) l’utilisation d’acronymes dont le citoyen lambda n’a pas toujours la compréhension instantanée. C’est clair, net, argumenté, précis.
Si vous voulez un résumé rapide du désastre qui se profile à l’horizon, reportez-vous à l’annexe 1 du chapitre 1 concernant le rôle de l’agence France Trésor, graphique numéro 2 représentant l’évolution de notre dette qu’il serait bon d’ailleurs de compléter de l’évolution des taux d’intérêt. Le sort de notre pays est totalement suspendu à cette nouvelle bizarrerie économique : des taux d’intérêt nuls, voire même dans certains cas négatifs. Cela est bien entendu dû, à l’origine, à la politique dite de « quantitative easing ». Elle a permis, c’est certain, de passer des caps difficiles et ne s’est pas pour le moment traduite en inflation mais personne ne sait combien de temps cela peut durer. Ceci d’autant plus pour nous lorsque, à l’intérieur de la zone euro, se dessinent 2 tendances contradictoires : les cigales dont la France fait partie et les fourmis dans l’Allemagne est le leader.
Les taux d’intérêt qui tournait plutôt entre six et 4 % jusqu’à la crise de 2008 ont depuis décroché pour tendre vers zéro, conforté dans cette position depuis la crise COVID. Les banques centrales de la même manière pendant les deux crises successives ont ouvert les vannes du crédit de manière à éviter une faillite générale. Il serait intéressant de recalculer le montant de la dette française si les taux s’étaient maintenus par exemple aux environs de 4 % ce qui est probablement un niveau à peu près équilibré entre les intérêts bien compris d’un prêteur et ceux d’un d’emprunteur. La catastrophe prévisible n’en serait que plus visible. D’après les dernières données de l’IFRAP les besoins de refinancement de la France en 2021 bruts seraient de 260 milliards d’euros dont 173 milliards de déficit annuel et 118 milliards d’échéances à refinancer. Au taux de 4 % c’est instantanément 10,4 Mds de plus à trouver. En 1 fois ! rien que cela.
Une fois le constat fait, l’auteure identifie méthodiquement les différents gisements possibles et ceci avec une pertinence reconnue. Elle n’est d’ailleurs pas la première mais le plus souvent les approches de ce type ont été fragmentaires ou incomplètes. Des tableaux bien entendus peuvent toujours être complétés mais nous disposons là incontestablement d’une base solide et argumentée.

Et pourtant, le problème n’avance pas ou quasiment pas. Il semblerait que quel que soit le nombre et la pertinence des analystes, ceux-ci soient éternellement voués au rôle de Cassandre, dotée par les dieux de la capacité de prévoir l’avenir mais condamnée à n’être jamais écoutée.
Je voudrais donc tenter une expérience un peu différente pour laquelle je pourrais avoir besoin de votre aide : une fois le constat fait que nous allons vers une faillite quasi inéluctable et une fois identifiés les gisements d’amélioration, comment s’y prendre pour les exploiter ?
Ce problème n’est pas nouveau : les sociétés et les usines regorgent dans tous leurs tiroirs, d’études pertinentes de consultants qui sont, malheureusement restées … dans les tiroirs. En la matière le diagnostic est difficile certes, mais en voici encore un excellent dont on ne sait comment le mettre en œuvre ?
Quelles sont les conditions d’une transformation d’une organisation en profondeur ? :
1. Une transformation doit avoir un sens. Quelles que soit les circonstances elle demandera à tous les acteurs des efforts et une adaptation à des changements. C’est rarement spontanément agréable et personne ne les fera s’il n’est pas persuadé de l’intérêt d’un but supérieur
2. Une transformation ne se fait pas toujours, mais tout de même la plupart du temps elle ne peut se faire que si il y a une urgence quasi inéluctable.
3. Une transformation ne se fait pas ou mal du haut vers le bas. Il est évident que la plupart du temps le responsable d’une entité a une meilleure vision globale des priorités et des changements à apporter. Mais il se trouve que ceux-ci doivent être réalisés par d’autres, et que ces derniers ont en général tous les moyens de bloquer les évolutions. Il faut donc arriver à ce que l’ensemble des acteurs d’une organisation collabore à la construction du changement parce qu’ils sont persuadés de son intérêt, de son urgence et prêts individuellement à la mettre en œuvre. Pour cela, il faut les informer et les former à ces méthodes.
4. Chaque acteur de la transformation doit être convaincu et rassuré sur le fait qu’il aura un point de chute personnel acceptable. Le cas échéant un service sera créé pour assurer cet engagement.
5. Une transformation doit être incarnée par une volonté portée le plus souvent par une personne. Les organisations sont comme des spaghettis, elle se tirent, on ne peut pas les pousser.
6. Une transformation doit s’organiser et obéir à un plan général progressif.

La France remplit aujourd’hui toutes les cases pour justifier une réorganisation en profondeur : sans le dire, nous souhaitons tous rester dans le peloton des pays développés du monde, à niveau de vie confortable sinon élevé. Et cela est vrai de la totalité des Français quel que soient leurs caractéristiques personnelles. Il y a un but et il est commun.
La France est devant un mur de dettes et une faillite quasi programmée. Il y a donc urgence.
Les Français sont pour finir, si l’on y regarde près, un peuple travailleur et responsable. Il n’y a qu’à regarder la productivité de notre pays. Et ils ont su déjà dans le passé s’adapter quand c’était nécessaire.
La France est encore assez riche pour assurer à chacun un point de chute acceptable. Elle a par exemple été capable de financer un chômage insensé depuis des années
Il lui reste à se choisir une figure de proue et à la suivre et l’aider.
La seule chose certaine est que cela ne se fera pas tout seul.

Sur ce point particulier, qui devient il est vrai de la micro gestion mais qui est en général le vrai point de blocage, je retiens de l’étude IFRAP les points suivants pour démarrer :
• Décaler de deux ans pour tout le monde et tout de suite l’âge de prise de la retraite. C’est une mesure extrêmement puissante, (deux ans de cotisations en plus, et inversement deux ans de retraites en moins) il faut absolument qu’elle touche tout le monde y compris la fonction publique. Le rééquilibrage entre les régimes pourra se faire après.
• Aligner tout le monde d’office de manière immédiate sur le minimum légal de temps de travail annuel quel que soit les motifs d’excuse. Les cadeaux à la sauvette c’est fini.
• Mise en place d’un système de frein à l’endettement de type allemand ou suisse. On ne peut pas crouler sous les dettes et voter tous les matins de nouvelles lois et décrets qui nous enfoncent un peu plus dans la complexité et les dépenses. (Voir également les audits systématiques des administrations par le Parlement anglais).
• Remettre en cause fondamentalement le statut particulier de la fonction publique française et des régimes assimilés. La révolution française a aboli les privilèges de la noblesse car établis dans des circonstances (le service de la guerre probablement) qui avaient changé. On remplaça par la levée en masse. Notre service public, construit à l’origine sur la gestion de l’intérêt général, s’est fossilisé au fil du temps, se transformant progressivement en une masse inefficace et inamovible de rentiers qui ont même oublié qu’ils doivent un service au public qui les finance et les nourrit. Tous les pays qui nous entourent, ont adapté leur fonction publique, la réduisant globalement et en y introduisant souplesse, mobilité, et concurrence. Nous n’y échapperons pas. Il faudra bien comprendre un jour pourquoi la France a quasiment raté toute la gestion de la COVID y compris la vaccination et pourquoi la poste a disparu corps et biens dans le premier confinement…
• Pour finir sur une note plus optimiste, j’ajouterai volontiers un projet plus positif : pendant la crise de la COVID les français ont épargné, mais ils ont aussi pris conscience de la fragilité, en particulier financière, de leur industrie. Trouvons les moyens de faire se rejoindre ces capitaux disponibles et ces besoins d’investissement. Et ceci, même s’il y a des risques à prendre : cela doit pouvoir se gérer au bénéfice de tous.
• Un espoir : le changement est comme le reste : une (bonne) habitude à prendre !

Yves Buchsenschutz

PS : Une fois n’est pas coutume. Si ce plaidoyer vous a intéressé, aidez-nous à le consolider et l’enrichir. Critiquez et complétez les idées avancées, les méthodes, donnez des ordres de préférence etc… notre pays en a besoin.

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4 réactions :

  • 1. le vendredi 12 mars 2021 (17:07)
    Créer des emplois

    Je ne crois pas au simple report brutal de l’âge de la retraite. Cela génèrera automatiquement du chômage chez les jeunes que les entreprises embauchent et du mécontentement chez ceux qui montent tout au long de l’échelle des rôles et salaires. Sarko a probablement perdu en 2012 pour avoir généré 600 000 chômeurs (ya eu des études le disant avant et le constatant après).

    le pb de la France commence en 1964 quand l’économie des 30 glorieuses montre qu’elle ne sait pas créer des emplois pour accueillir les 200 000 personnes arrivant à l’âge de travailler plus nombreuses (800 000 du Babyboom) que celles partant à la retraite.(600 000 de la stagnation démographique de la première moitié du siècle).

    Le nombre d’emplois productifs (hors fonctionnaires 6 millions) est du même ordre qu’en 1900, 20 millions, alors que la population est passée de 40 à 68 millions. (De 1900 à 2000, le Japon lui , a su passer de 20 millions d’emplois à 60 millions avec une population multipliée par 3).

    Moins de cotisants plus de bénéficiaires les charges n’ont cessé d’augmenter ,
    pénalisant encore plus la création d’emplois.

    Le sujet premier : comment débloquer la capacité collective à créer des emplois pour les 6 à 8 millions qui seraient employés si nous avions le même taux d’activité que la Suisse ?

    Pour moi, qui ai vécu dans pas mal de startups, il ne faut aider que les entreprises en croissance , et les aider à économiser le capital nécessaire pour accueillir et former du personnel supplémentaire et le concentrer sur leur coeur de supériorité expliquant leur croissance et la booster.

    à votre disposition pour en débattre.

    Bien Cordialement
    Laurent Guyot-Sionnest
    +336 7419 9133

  • 2. Par Bertrand nouel, le vendredi 12 mars 2021 (18:18)
    Quelques réserves à adresser à Cassandre

    Sur les taux d’intérêts.
    Comme le rappelait le gouverneur de la BDF (juste avant l’apparition de la pandémie), les taux ne sont pas seulement le résultat de la politique monétaire, mais surtout de la conjonction de la hausse de l’épargne mondiale et de la baisse des besoins d’investissement. Or cette tendance se développe fortement et régulièrement depuis 40 ans, et avant la crise de 2008 les taux étaient déjà tombés entre 1 et 2%, non pas 4-6%. Certes le QE s’est encore envolé, mais les commentateurs ne croient guère à une forte et durable montée de l’inflation : une petite fièvre temporaire en fin d’année. Pas de quoi mobiliser les Banques centrales qui ne sont pas du tout dans un schéma de montée des taux.

    Sur les pistes pour baisser les dépenses publiques, je ne vois hélas pas en quoi celles suggérées dans l’article sont susceptibles d’avoir un effet. Certes il faut repousser l’âge de la retraite, mais cela se traduira par la montée du chômage. Il faut de la croissance, sinon cela ne servira à rien, pas plus que le respect par tous du temps de travail ou encore la fin du statut de la fonction publique... Et ça, c’est une autre paire de manches.

  • 3. Par zelectron, le vendredi 12 mars 2021 (22:41)
    L’état, c’est la fonction publique, les élus et accessoirement les comités Théodules

    Quelle serait la mesure préalable perenne, à l’exclusion de toute autre, que vous prendriez pour permettre de corriger l’état ? (en corrélation avec le constat suivant "une démocratie sans contrôle est un leurre" [si vous en êtes d’accord])

  • 4. Par François Henimann, le samedi 13 mars 2021 (16:30)
    capitaux disponibles et besoins d’investissement productifs

    Plus de 120 Md€ d’épargne pendant la crise covid, essentiellement sur les livrets réglementés et les comptes courants, c’est donc une épargne forcée de précaution, non investie dans l’économie réelle.
    Faut-il inciter les français à consommer de façon débridée quand la vaccination aura vaincu le virus (avec le risque de détérioration supplémentaire de la balance commerciale), ou à participer à la réindustrialisation du pays et au plan de relance ?

    Probablement les deux, mais la deuxième voie est beaucoup plus prometteuse pour l’avenir en terme de création de richesse, d’emplois et de réduction des dépenses publiques et de déficit, pour autant que les conditions d’amélioration de la compétitivité soient réunies.

    D’autre part les besoins et les opportunités sont immenses : par exemple la mise en oeuvre du plan hydrogène, dont la filière devrait à l’horizon 2050 permettre d’éliminer de l’ordre de 50 % de la consommation de pétrole dans les transports et d’assurer une bonne partie de la décarbonation de l’industrie lourde (chimie, sidérurgie, cimenteries)

    Un espoir : la France n’a pas de fonds de pension, mais a créé avec la BPI un instrument très performant pour investir,soutenir des entreprises françaises, et mettre en oeuvre les politiques publiques, dont la transition énergétique.
    Pourquoi ne pas proposer aux français, qui sont frileux pour investir en bourse à cause du risque de perte en capital (idem pour les assurances vie à unités de compte), un fonds d’investissement à capital garanti par l’Etat et géré par la BPI, avec une perspective de rendement modérée mais attractive, moyennant une durée d’immobilisation à moyen terme (par exemple 5 ans) ?

    Ce fonds pourrait par ailleurs aussi servir de solution élégante pour apporter une réponse aux nombreuses voix qui ne manqueront pas de s’élever pour demander un rétablissement de l’ISF : on pourrait remplacer le retour à un tel impôt confiscatoire et poussant à l’évasion fiscale, par une contribution obligatoire des personnes fortunées à l’investissement productif en France avec un % de leur actifs similaires à celui de feu ISF - en éteignant en même temps l’IFI _ , sans spoliation, mais avec une durée d’immobilisation conséquente (par exemple 10 ans).

    Au total, il serait certainement possible de réunir quelque dizaines de milliards d’euros par an de financement stable pour une véritable politique d’investissement productif.

    François Henimann

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