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Relocalisation et Inflation, le dilemme !

Par Gérard Dosogne,
le lundi 23 mars 2020

La pandémie du Covid-19 nous montre les inconvénients de la mondialisation et les risques d’approvisionnement de nos pays pour des produits vitaux comme les médicaments. Mais la relocalisation, qui diminuera ce risque, aura un coût. Ce papier va le démontrer.

Adam Smith, dans « la richesse des nations » théorise le concept que « dans chaque art, la division du travail, aussi loin qu’elle peut être portée, donne lieu à un accroissement proportionnel dans la puissance productive du travail » (« Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations » 1776).

Couplé à l’avantage comparatif développé par David Ricardo et à la théorie du libre-échange, il est démontré que la spécialisation des pays dans la chaîne de valeur permet une productivité optimale et donc la fabrication des biens les plus qualitatifs au meilleur prix.

Ces théories sont démontrées par la pratique industrielle : le niveau de vie des peuples a augmenté dans un univers de prix stables depuis bientôt 40 ans.

Mais on a ignoré l’aspect sécurité d’approvisionnement au bénéfice de prix toujours plus bas. En effet depuis la fin des guerres mondiales, le monde est considéré comme sûr et le risque d’une rupture d’approvisionnement dû à la guerre s’est évanoui. En vue de financer toujours plus l’Etat Providence, les peuples sont même prêts à réduire substantiellement les budgets militaires.

On se rend compte aujourd’hui qu’il peut y avoir d’autres risques que nous n’avons pas pris en compte, comme le risque sanitaire que nous vivons aujourd’hui. On pourrait y ajouter le risque de sanctions commerciales ou encore de guerre commerciale, comme celle entre la Chine et les Etats-Unis.

Le sujet de la « relocalisation » de certaines tâches, industries, compétences, est donc sur la table. A juste titre ; Il faut évaluer le risque, et aussi mesurer les conséquences d’une relocalisation plus ou moins massive. Cette nouvelle aversion d’un risque qui n’avait pas été anticipé, cette « sécurisation » de la disponibilité des produits, va, suivant la théorie économique, diminuer la richesse des peuples, les productions n’étant plus « optimisées », c’est-à-dire au meilleur rapport qualité/prix.
Prenons l’exemple des médicaments, il est très révélateur. Voilà des produits essentiels : la santé d’une population est un bien précieux à préserver… à tout prix ! Comme les militaires ont défendu la liberté contre les envahisseurs, la Défense nationale ne pouvant pas être déléguée à d’autres.

Et si, l’envahisseur est un virus ? Peut-on encore se permettre de dépendre du bon vouloir, ou même de la disponibilité d’ateliers chinois pour la production de nos médicaments et autres matériels de santé ? Pourquoi avons-nous poussé à la délocalisation de ces produits vitaux ? La réponse est simple : le prix, et pour ce type de produit, la responsabilité de l’Etat est entière.

L’Etat Providence a un coût et l’Etat veut minimiser au maximum ce coût, car au bout du compte c’est le citoyen, l’électeur, qui à travers les charges et impôts, va payer… Et si cet Etat veut étendre toujours plus les « bienfaits » de cet Etat Providence, il doit impérativement optimiser son coût. Sinon il risque de ne pas être réélu…

Et donc, il fait passer la sécurité au second plan ! On pourrait même dire qu’il l’oublie… une assurance, cela coûte cher, sauf au moment de l’accident (on l’a vu pour l’incendie de Notre-Dame de Paris).

Le retour en Europe de productions de médicaments (principes actifs, conditionnement, etc.) va générer de l’emploi, mais un emploi cher et donc entrainer une augmentation importante des coûts de production, surtout si nous voulons garder une qualité irréprochable et ne pas dégrader les règles sociales de nos pays. Les prix de ces médicaments, la plupart remboursés par la sécurité sociale, vont donc voir leur prix augmenter de façon substantielle.

La « sécu » française qui a mis une pression extraordinaire sur les labos pharmaceutiques pour des baisses toujours plus forte des prix, et donc poussé ceux-ci à rechercher les prix les plus bas, devra faire entrer une nouvelle notion dans son logiciel : le coût du risque d’approvisionnement.

Cela vaut combien ?

Rien que le poids des molécules génériques sur le marché français représente 70% de la valeur totale des médicaments répertoriés par l’ANSM (2018- source : Statista) et 90% de ces génériques sont produits en Asie.

Les médicaments, en ambulatoire, représentent en 2018 32,5 milliards d’€ dont 23,8 remboursés par la sécu. L’augmentation importante et continue en volume de la consommation des médicaments est plus que compensée, année après année, par une baisse de prix continue, rendue possible par la délocalisation toujours plus poussée des fabrications. Ce qui permet d’absorber les prix élevés des médicaments innovants contre le VIH, l’hépatite B ou certains cancers.

En relocalisant, on effacera ces gains de productivité au bénéfice d’une réduction drastique du risque d’approvisionnement.

Le citoyen français est-il prêt à payer ? L’augmentation des prix pourrait se situer entre 5 et 10 milliards d’€.

Ce qui est vrai pour les médicaments l’est aussi pour une multitude de produits que nous importons de pays « low cost », depuis les ordinateurs, les pièces automobiles, les batteries, le textile, les jouets, les équipements télécom, etc.

Une relocalisation donnera sans doute de l’emploi en Europe mais induira une augmentation importante des prix et donc le retour de l’inflation, et des sacrifices dans les avantages sociaux.

En effet, l’inflation est restée très basse depuis 30 à 40 ans, grâce aux gains de productivité réalisés… grâce aux délocalisations. Les relocalisations seront un choix politique, impliquant aussi de nouvelles barrières commerciales.
Elles auront un coût !

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1 réactions :

  • 1. Par Jacques Banville, le lundi 23 mars 2020 (15:09)
    Relocalisation et Inflation, le dilemme !

    Je crois que pour se parer des déconvenues que nous subissons, je parle des approvisionnements de médicament et aussi des pièces liées à l’industrie, nous devrions délocaliser partiellement les fabrications. De ce fait, les prix seraient plus lissés (avec tout de même une augmentation) et surtout les entreprises disposeraient de plus de souplesse pour leurs productions. De facto une émulation (qualité, coût) se mettrait en place , ce qui permettrais aux entreprises concernées d’ajuster les prix, les investissements et leurs stratégies.
    Comme je l’écrivais* récemment dans vos colonnes, une relocalisation partielle devrai être très sérieusement étudiée du coté de ’Bercy’, dans un esprit de reconquête sans matraquer fiscalement les entreprises qui pourraient réindustrialiser la France.
    Vaste réflexion et immenses enjeux...

    * § article Comprendre le sévère jugement de la Commission Européenne sur l’économie française rédiger par Mr Sicard

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