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Protectionnisme : impacts positifs puis négatifs !

Par Bernard Biedermann,
le mercredi 3 octobre 2018

Le protectionnisme est une politique économique visant à protéger les entreprises menacées par la concurrence extérieure ; les objectifs étant de maintenir l’emploi, d’éviter la disparition des jeunes entreprises et de rééquilibrer la balance du commerce extérieur. Les décisions protectionnistes sont appliquées en période de crise, de guerre, ou pour imposer des représailles dans le cadre d’un conflit de politique extérieure.

Plusieurs mesures peuvent être appliquées :

  Droits de douane sous forme de taxes sur les importations ;
  Subventions au profit des producteurs et exportateurs domestiques ;
  Choix par le gouvernement de producteurs locaux dans le cadre des appels d’offres ;
  Création de normes restrictives sur les biens de consommation (sanitaires, écologiques, sociales, etc.)

Elles ont souvent des justifications d’ordre économique :

  Diminution de la consommation globale ;
  Accroissement de la production dans les secteurs protégés ;
  Réduction des importations d’un montant égal à la somme des variations de la consommation et de la production ;
  Augmentation des rentrées fiscales ;
  Redistribution des revenus des consommateurs au profit des producteurs et de l’État ;
  La possibilité d’éviter une spécialisation économique exagérée, qui conduit à des risques macro-économiques.

Et elles présentent des avantages :

  L’État protectionniste se dote du pouvoir de manipuler les prix ;
  A l’importation on peut constater des baisses de prix des produits taxés sur les marchés internationaux ;
  Les représailles entre pays finissent par se traduire par la mise en place de cycles de négociations ;
  La protection temporaire des entreprises naissantes souvent fragiles ;
  La possibilité de corriger les dysfonctionnements sur le marché des biens et services ;
  La remise en cause de la rente des entreprises internationales en position de monopole ;
  La nécessité de protéger les nouveaux secteurs en apprentissage (nouvelles technologies) ;
  La transformation d’une entreprise nationale en leader mondial notamment par la R&D (aéronautique, spatial, etc.)

Mais il y a des inconvénients :

  Les échecs constatés sont dus au fait que les gouvernants sont loin d’avoir le niveau d’information nécessaire à une bonne stratégie de prix sur les marchés internationaux ;
  L’asymétrie d’information entre l’État et les entreprises conduit à des rentes pour l’entreprise, socialement coûteuses ;
  Les politiques de protection des nouvelles technologies ont souvent échoué à cause d’erreurs de stratégie que le marché aurait pu éviter ;
  Les gouvernants recherchent plus la possibilité d’être réélus que l’équilibre de leur économie.

Il faut également tenir compte du fait que dans les secteurs produisant des produits sophistiqués le produit final résulte de sous-produits préalablement exportés puis réimportés. On évoque la protection des nouveaux secteurs mais dans les faits on protège aussi les industries mourantes ce qui a un coût et des effets pervers.
A tort on justifie souvent le protectionnisme par le fait que la mondialisation a globalement généré du chômage et des délocalisations.
L’histoire nous montre que des représailles provoquent des représailles et que celui qui a commencé est souvent le grand perdant. Un pays qui limite ses importations par des taxes risque de connaitre une hausse de sa monnaie ce qui pénalise ses exportations. De plus, la nécessité d’accroître la productivité des facteurs n’est plus prioritaire, ce qui est très gênant sur le long terme.

Les débats sur le protectionnisme mettent en avant des risques ou des situations difficiles qui concernent le plus souvent les grandes entreprises. Il est tout à fait justifié que les gouvernants prennent leurs décisions sur la base de bonnes connaissances de la vie de l’entreprise, cependant on ne gère pas une économie comme on gère une entreprise.
Plus généralement, le développement économique s’appuie sur les échanges internationaux. Ricardo, puis les libéraux ont bien expliqué ce phénomène. Il convient néanmoins de rappeler que les libéraux n’ont jamais dit que n’importe qui pouvait produire n’importe quoi, mais que les gouvernements devaient s’assurer que le marché fonctionne correctement. Il y a une recommandation libérale qui vise à limiter les échanges internationaux entre pays de niveaux de développement voisins. Ainsi les pays dont le PIB par habitant est très élevé ne devraient pas favoriser leur commerce extérieur avec des pays au PIB par habitant faible, ce qui est souvent le cas dans la réalité économique actuelle.
En fait on devrait imaginer un protectionnisme éclairé uniquement avec les pays comme la Chine ou même l’Inde, qui ont atteint un développement technique comparable aux nôtres, mais ne jouent pas le jeu social, environnemental, fiscal, normatif, et se protègent par là tout en réclamant le libre échange. Par contre, je pense que le libre échange doit être la norme entre les pays développés ou avec des pays en réelle voie de développement.

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2 réactions :

  • 1. Par Chaigne Denis, le dimanche 7 octobre 2018 (22:16)
    protectionnisme

    Votre analyse du protectionnisme semble éloignée de la situation actuelle de déséquilibre du commerce extérieur français, européen et mondial au seul bénéfice de la Chine.
    Je ne vois pas quels experts en économie peuvent avec pertinence estimer que la situation actuelle et depuis plus de 10 ans de l’application des accords commerciaux de l’OMC, se traduisant par un excédent commercial au bénéfice de la Chine de 200 milliards $, puisse correspondre à une vision idyllique d’une économie libérale !
    dès lors que faire ? voici le véritable problème sans aller chercher chez Ricardo ou ailleurs la réponse à cette question parfaitement concrète.
    Les dispositions des accords de l’OMC disposent que des recours et autres clauses de RDV ou de sauvegardes puissent être invoquées. Pourquoi ne l’avons-nous pas fait ? Serait-ce du "protectionnisme" ?
    Cessons de nous cacher derrière des termes idéologiques ou universitaires qui n’ont pas leur place devant ces faits d’une parfaite réalité.

  • 2. Par Biedermann, le mercredi 10 octobre 2018 (08:53)
    protectionnisme

    Vous avez raison, une part importante des échanges internationaux ne fonctionnent pas en conformité avec les recommandations du modèle libéral. On pense évidemment à la Chine qui représente en 2014, 12.3 % des exportations de la totalité mondiale (soit 19002 milliards de dollars). Les Etats-Unis 8.5%, l’Allemagne 7.9 %, le Japon 3.6%, La France 3.1% ,….
    C’est bien pour cela que j’ai écrit : « Il y a une recommandation libérale qui vise à limiter les échanges internationaux entre pays de niveaux de développement voisins. Ainsi les pays dont le PIB par habitant est très élevé ne devraient pas favoriser leur commerce extérieur avec des pays au PIB par habitant faible, ce qui est souvent le cas dans la réalité économique actuelle. »
    De plus, et là je suis sans doute un peu trop optimiste, comme à l’OMC ? , « on devrait imaginer un protectionnisme éclairé uniquement avec les pays comme la Chine ou même l’Inde, qui ont atteint un développement technique comparable aux nôtres, mais ne jouent pas le jeu social, environnemental, fiscal, normatif, et se protègent par là tout en réclamant le libre échange. »

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