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La France enfin attractive pour les investissements étrangers

Par Claude Sicard,
le mercredi 22 mai 2019

Le cabinet américain A.T.Kearney vient de publier les résultats de son enquête annuelle sur l’attractivité des pays, dans le monde, pour les investisseurs étrangers. Il s’agit de ce que les économistes nomment les IDE (Investissements Directs Etrangers). Depuis une vingtaine d’années, en effet, ce grand cabinet de conseil interroge environ 500 dirigeants de grandes entreprises dans le monde pour recueillir le jugement qu’ils portent sur les pays pour y développer leurs activités.

Pour la première fois, notre pays figure dans le peloton de tête dans ce classement, les cinq premiers pays étant les suivants :
- Etats-Unis
- Allemagne
- Canada
- Grande-Bretagne
- France

Le gouvernement, à juste titre, se réjouit de cette bonne nouvelle, car l’on pouvait craindre que l’image déplorable donnée de notre pays par les manifestations violentes des gilets jaunes, chaque samedi depuis des mois, n’aient fortement dégradé l’image de la France dans le monde, et réduit son attractivité pour les investisseurs étrangers. Il n’en a, semble-t-il, rien été.

Pourquoi y a-t-il lieu de se réjouir ? C’est parce que notre pays a le plus grand besoin des investissements étrangers pour créer le plus vite possible des emplois, notamment dans le secteur industriel. Il manque, en effet à l’économie française, pas moins de 5.600.000 emplois, et le renfort des investisseurs étrangers est donc très précieux pour revitaliser notre économie.

Pour examiner la situation dans laquelle se trouve notre pays en matière d’investissements étrangers il faut s’en référer aux stocks des IDE existant dans les différents pays, et faire des comparaisons en les rapportant au nombre des habitants de ces pays, plutôt que de raisonner sur des pourcentages par rapport aux PIB nationaux. Le classement que l’on obtient est, alors, le suivant :

Stock d’IDE/habitant (en US $)

Luxembourg 247.660
Suisse 118.106
Pays Bas 88.720
Suède 32.514
Grande-Bretagne 26.763
Etats-Unis 21.573
Danemark 18.216
Israël 16.182
Finlande 15.976
France 13.083

Dans ce classement notre pays ne vient qu’en 10è position seulement.

Si l’on s’en réfère à cet indicateur de richesse qu’est le PIB/tête des pays, et sans que l’on veuille par trop tenter d’expliquer le niveau de richesse des pays par l’importance des IDE dont ils ont bénéficié, on obtient le graphique suivant :

La France, sur ce graphique, apparait comme étant un pays ayant bénéficié, dans le passé, d’un apport de capitaux étrangers pouvant être considéré comme « normal ». Les pays scandinaves, au contraire, apparaissent comme ayant bénéficié d’apports d’IDE très importants, notamment pour ce qui est du Danemark, des IDE qui les auraient beaucoup aidés dans leur développement économique. Dans le cas des Pays-Bas, les investissements étrangers paraissent avoir eu sensiblement moins d’effets positifs qu’ailleurs, sans doute parce que bon nombre d’investissements étrangers ont été comptabilisés dans ce pays, du fait de sa législation fiscale, dans les comptabilités des sociétés étrangères qui ont immatriculé en Hollande des sièges de holdings. On a beaucoup parlé, récemment, des cas de Renault-Nissan, EADS, IKEA… Et dans le cas de la Norvège, pays qui est très haut sur ce graphique, il s‘agit vraisemblablement d’investissements dans le domaine pétrolier.

Bien que l’on ne puisse pas faire une relation vraiment étroite entre IDE et développement économique des pays, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a bien une relation certaine entre ces deux phénomènes. La France en est à un peu plus de 13.000 dollars de stock d’IDE/habitant, ce qui est peu, alors que la Grande-Bretagne en est à près de 27.000 dollars, et la Suède à 32.500 dollars. Quant à la Suisse, son exemple est très instructif : 118.106 dollars de stock d’investissement par habitant, et un PIB/tête extrêmement élevé, pratiquement le plus fort d’Europe : 80.342 dollars en 2017. Cela semblerait donc bien indiquer que le recours aux investissement étrangers mériterait d’être encore plus important qu’il n’est aujourd’hui, dans notre pays.

Le rapport annuel de Business France, l’agence publique chargée en France d’attirer les investissements étrangers, indiquait qu’en 2017 il y a eu 1.298 projets d’investissements étrangers, contre 1.117 l’année précédente. Il s’est agi de 47 milliards de dollars qui auraient permis de créer 33.489 emplois.

Le stock français d’IDE se monte à 878 milliards de dollars : Il serait bon de le doubler rapidement, ce qui impliquerait que l’on se fixe un objectif de 80 milliards de US$ environ par an. Si l’on voulait s’en référer au modèle présenté sur le graphique ci-dessus, en rappelant qu’il n’est pas toutefois extrêmement fiable, on serait amené à estimer les créations d’emplois résultant d’un flux d’IDE de80 milliards de dollars par an, pendant 10 ans, comme indiqué ci-dessous :

Stock d’IDE en 2030 1.678 milliards US$
Stock d’IDE/habitant 25.044 US $
PIB/tête en 2030 42.809 US$ (contre 38.484 aujourd’hui)
Augmentation du PIB 868 milliards de US $
Emplois créés 667.000 emplois

Mais cela ne se fera sans doute pas car l’attention se porte de plus en plus sur le nécessaire contrôle des investissements étrangers dans nos pays, en Europe. Le Parlement européen a ainsi adopté en avril dernier un texte visant à filtrer les investissements étrangers dans l’Union. La Chine est, évidemment, dans le viseur du fait de la montée fulgurante en puissance de ce pays et de ses propensions évidentes à l’hégémonie. Et, en France, la loi relative à la croissance et à la transformation des entreprises (PACTE) a prévu de renforcer la protection des intérêts publics lors d’opérations d’investissements étrangers dans les entreprises sensibles.

Claude Sicard, économiste

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1 réactions :

  • 1. Par zelectron, le dimanche 26 mai 2019 (11:30)
    Une hirondelle ne fait pas le printemps

     attractive à coup de prêts superbonnifiés non remboursables et primes à l’établissement et j’en passe ? (les prête-noms ne sont pas fait pour les chiens !)
    L’impatience du (petit) personnel politique l’égare . . .

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