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Vivent les inégalités :
Il n’y a pas de pays ne comptant que des riches

Par Yves Buchsenschutz,
le lundi 10 février 2020

L’univers économique et politique bruisse chaque jour un peu plus du problème des inégalités. Il a envahi la France en 2018 et 2019 sous la houlette de Messieurs Piketty et des gilets jaunes, sans parler de la CGT et des tentatives de réformes des retraites. Il comporte néanmoins une composante pour le moins curieuse. Vouloir supprimer à tout prix l’ensemble des inégalités, c’est-à-dire des différences entre les individus ; ce qui paraît une entreprise bien compliquée.

Non seulement, si les individus naissent au moins sur un plan théorique, libres et égaux en droit, ils ne sont pas tous, ne serait-ce que physiquement, identiques : les uns sont grands, les autres petits, les uns hommes, les autres femmes, les uns blancs, les autres jaunes, ou noirs, etc. Retrouver l’égalité absolue au milieu de tout ce fatras risque d’être assez délicat.

Si l’on ajoute que le deuxième terme de notre devise nationale est la liberté, le problème se complexifie encore. Admettons deux situations de départ identiques, si l’être humain doit être libre il est évident qu’une heure après deux êtres humains ne seront plus identiques. Nous connaissons assez bien ce problème avec les ordinateurs qui, sortant pourtant de la même usine, se retrouvent assez différents après l’usage qu’en auront fait leurs utilisateurs.

Il n’y a pas de pays ne comprenant que des riches

Mieux encore : supprimer les inégalités, en fait aligner la richesse des uns et des autres, revient à tenter de créer un pays où, tant qu’à faire, il n’y aurait que des riches ! Quelqu’un peut-il dans l’assistance citer un pays, ne serait-ce qu’un seul, dans lequel il n’y aurait que des riches ? Curieux de nature, je me suis renseigné et me suis naturellement tourné vers les pays dont tout le monde pense qu’ils sont riches ce qui est d’ailleurs vrai. Le Luxembourg, champion européen sinon mondial a tout de même 18 % de pauvres selon la définition de l’OCDE, la Suisse en a 8 %, la Norvège 12 % ! Même Monaco a ses pauvres.

Ce qui est en fait réellement intéressant c’est qu’il existe des pays où il n’y a, à peu de choses près (j’exclue volontairement du calcul les dictateurs ou tyrans qui accaparent pour eux, leur famille et quelques proches la quasi-totalité de la richesse d’un pays) que des pauvres (prototype Cuba ou le Venezuela ) et des pays dans lesquels il y a des riches et des pauvres (grossièrement les pays dits développés de l’OCDE). Il n’y a pas, par contre, de pays connus où il n’y ait que des riches !

Richesse ou inégalité

À ce stade, il est intéressant de se pencher sur ce qu’est la richesse, voire l’inégalité. L’indice de pauvreté allègrement promené dans notre pays et dans une bonne partie de l’Europe est en fait un indice d’inégalité qui mesure des différences de revenus et/ou de patrimoine mais pas la pauvreté. Seule l’ONU dans sa vision, juste au demeurant, considère la pauvreté comme une mesure par rapport à une valeur absolue. Partout ailleurs la confusion est introduite par un mélange de pauvreté et d’inégalité qui entraîne chacun dans l’idée que sa pauvreté est une conséquence de l’inégalité et non pas du résultat de ses efforts. (Je dis bien du résultat et non pas de ses efforts : les règles du jeu veulent (malheureusement ?) que parfois les efforts n’aboutissent pas ou bien que les résultats dépendent d’autres paramètres. Nous connaissons tous des exemples de gens qui « réussissent » sans effort tandis que d’autres s’échinent sans résultat. Il existe heureusement de nombreux cas également où les efforts amènent des résultats, ce qui peut justifier l’idée qu’après tout il n’est pas absurde que des gens deviennent riches quand d’autres n’y arrivent pas, surtout si l’on constate que cela permet la plupart du temps à la moyenne de s’élever, ce que la pauvreté généralisée ne permet pas.

Le cas des Etats-Unis

Aux États-Unis Alexandria Ocasio Cortez, étoile montante du parti démocrate explique que si ce parti veut récupérer un jour la présidence, il doit travailler sur le long terme et comprendre que l’éducation du public fait partie intégrante du travail politique. Si les républicains et Monsieur Trump ont gagné les élections c’est parce qu’ils ont convaincu leurs concitoyens que la liberté d’entreprendre était le meilleur moyen d’enrichir l’ensemble de la population [1]. Et que la somme des réussites individuelles finirait par profiter à l’ensemble de la population. Les démocrates, eux, prétendaient que cet objectif serait atteint plus vite et plus facilement par la redistribution. Pour le moment les Américains suivent la voie des républicains, laquelle semble d’ailleurs en général réussir mieux que la voie de la redistribution. Aux États-Unis, même si Monsieur Bezos ou Monsieur Trump sont très riches, la moyenne des Américains n’est pas pauvre.

Du bien-fondé de la méritocratie

Nous devons donc admettre que les systèmes basés sur la méritocratie et la coexistence de la richesse et de la pauvreté sont des systèmes qui fonctionnent mieux que ceux basés sur l’égalitarisme à tout crin. Il n’existe pas de régime égalitariste, de type marxiste ou communiste, qui ait réussi à assurer à l’ensemble d’une population, d’un seul pays dans le monde, une richesse moyenne élevée. Le seul exemple actuellement en vogue pourrait être la Chine à la remarque près que l’économie a été largement « libérée » même si la vie politique est restée partisane à défaut d’être égalitaire.

Le levier de l’instinct de survie

L’instinct de survie qui est probablement la seule valeur universelle que chacun de nous porte en soi dès la naissance nous amène de fait à nous comporter de la manière suivante : accumuler connaissance, puissance, revenu, rente, etc. pour tenter de protéger et développer les chances de survie et de bien-être de notre personne, puis de proche en proche, de notre famille, de nos amis, de notre tribu, de notre nation… les motivations altruistes ne se justifient que pour des raisons morales, ou dans la mesure où elles permettent de préserver la cohésion des groupes et des systèmes. Il est probable d’ailleurs qu’il faudrait inverser les termes : c’est pour conforter la cohésion, garante de l’efficacité comme dans une mêlée de rugby, que l’on a probablement inventé la morale qui dit qu’il faut, même gagnant, s’occuper de son prochain.

À ce stade il me semble clair qu’entre la liberté, gage du progrès et du développement, et l’égalité, gage de la redistribution il faut choisir la liberté même si celle-ci doit être soigneusement encadrée pour garder au groupe une cohésion et une efficacité raisonnables. En un mot, si ceux qui tirent la charrue n’en récoltent pas les fruits, ils ne montreront plus la voie ; en parallèle ceux qui la poussent, s’ils n’ont pas de retombées, cesseront de pousser : il y a besoin de tout le monde mais dans une répartition construite pour motiver l’ensemble. Il est aussi inefficace de pousser la liberté à tout crin que de redistribuer à tout va : il faut que chacun soit conscient d’un équilibre à imaginer et gérer. [2]

Promouvoir un nouvel équilibre

Le débat américain, mais on retrouve le même dans tous les pays développés, est un débat sur l’équilibre entre la liberté et l’enrichissement individuel qui sont les moteurs du progrès, et l’égalité et la redistribution qui ne sont pas, contrairement à ce que l’on pense en général, des gages de justice mais des contrepoids nécessaires au fonctionnement efficace de l’ensemble de la société. Les partis de gauche, en général redistributeurs, largement contestés dans de nombreux pays développés ces dernières années, ne retrouveront pas le chemin du succès simplement en augmentant les largesses mais en imaginant des équilibres plus fins entre les deux balanciers du progrès : liberté et égalité, enrichissement individuel et redistribution.

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[1Même si le phénomène du « ruissellement » est contesté, il peut seul expliquer pourquoi les pays globalement riches sont composés de riches et de pauvres, ni exclusivement de riches, ni exclusivement de pauvres.

[2La Suède qui était allée très loin dans la redistribution, est revenue en arrière depuis plusieurs années

2 réactions :

  • 1. Par Jean-Philippe Delsol, le lundi 10 février 2020 (09:07)
    Bravo

    Excellent article. Merci.
    Cordialement

  • 2. Par oules, le lundi 10 février 2020 (09:16)
    Inégalités par heritage

    Tout ce Developpement sans évoquer le rôle des héritages qui produisent dès la naissance des inégalités sans fondement : c’est NUL !

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