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La France en overdose d’égalité

Par Yves Buchsenschutz,
le jeudi 28 mars 2019

L’un des thèmes récurrents de nos discussions, grand débat, gilets jaunes, journaux papier ou télévisés, articles de toutes sortes, programmes des partis politiques, etc., est l’égalité. Mais au fond, si l’on réfléchit un peu, l’égalité, c’est quoi ? L’égalité est-elle possible ? A-t-elle des conséquences, positives ou négatives, l’égalité est-elle souhaitable ? La seule chose certaine est que l’égalité fait l’objet d’une campagne de promotion nationale et internationale permanente, pour ne pas dire totalitaire, ce qui, au moins en partie, peut expliquer l’extraordinaire adhésion du « peuple » à ce concept. Alors que, c’est au contraire la liberté, inégale par destination, qu’il faudrait encourager à tout prix.

L’égalité c’est quoi ?

Dans sa stricte définition, c’est le fait de « ne pas présenter de différence » en particulier quantitative. Transposé dans notre contexte républicain cela signifierait que nous sommes tous pareils, voire identiques, en un seul lieu, en un seul temps, voire dans une seule action ! On peut distinguer différentes sortes d’égalité, en particulier l’égalité morale, civique, voire politique, garantissant les mêmes droits à chacun face à la société, mais aussi l’égalité sociale et économique (mêmes moyens d’existence) et l’égalité des chances (même base de départ dans la vie pour tous).

L’égalité de droit a pu être à peu près atteinte dans le cadre de la démocratie.
L’égalité sociale et économique est en fait le cœur du débat (c’est le plus souvent le thème central du débat sur les inégalités).
L’égalité des chances, tout en ayant fait l’objet de bien des améliorations, reste un objectif encore loin d’être atteint.

L’égalité est-elle possible ?

A priori, et ceci dès la naissance, NON. La loterie de l’hérédité déjà, nous crée différents, et ceci ne fera que s’amplifier avec le temps du fait des circonstances aléatoires et diverses de la vie. Même des vrais jumeaux finissent par se différencier et avoir des destins, plus liés que la moyenne peut-être, mais néanmoins divergents. N’ayant pas des parcours identiques, ils n’auront pas la même égalité des chances et certainement pas la même égalité sociale et économique. Même en harmonisant au maximum les conditions de démarrage dans la vie, notre « équipement » personnel (taille, aspect, sexe, QI, environnements…) introduira des biais. Des efforts peuvent être faits dans ce sens (méritocratie, concours, objectivations et harmonisations diverses, etc.) Cela atténuera les écarts mais ne les supprimera pas. Ne serait-ce que parce que nous ne sommes pas forcément alignés sur l’objectif à atteindre. Car il faudrait aussi définir l’égalité de référence !

L’égalité a-t-elle des conséquences positives ?

On considère généralement que l’égalité a comme conséquence primaire l’équité, donc la justice. Ce qui est certain, c’est que cela satisfait l’envie des uns par rapport aux autres en termes de résultats. Malheureusement, les efforts déployés par les uns et les autres ne sont pas les mêmes et d’aucuns, soit ne sont pas d’accord pour effectuer des efforts identiques, soit obtiennent des résultats différents parce que… la vie est ainsi faite. L’équité par ailleurs peut-être comprise, certes comme celle des résultats, mais aussi comme la récolte légitime par un individu du déploiement de ses talents. La justice fiscale par exemple est-elle que 10 pour cent des individus financent au final 50% du fonctionnement de la collectivité ou bien que chacun paye un peu selon ses moyens par exemple ? Voire même en simple proportion ? La justice fiscale, pour ne prendre que cet exemple, n’est pas un fait, mais un point de vue. Il en va de même de l’égalité.

Une certaine forme d’égalité, que l’on pourrait qualifier de « modulée » participe largement à la cohésion d’une collectivité où coexistent quasi inévitablement un peuple qui a pour lui le nombre et d’une « élite, si possible méritocratique » qui détient en général savoir et pouvoir. À ce sujet, il est intéressant de remarquer que le suffrage universel (un homme, une voix) est en fait la première et grande victoire de l’égalitarisme.

L’égalité a-t-elle des conséquences négatives ?

Par boutade, on pourrait déjà répondre par la phrase célèbre « l’ennui naquit un jour de l’uniformité ». Plus grave, nos sociétés progressent par l’invention et l’innovation qui chacune amène productivité et progrès. Or qui dit invention ou innovation, dit nouveauté et donc rupture structurelle de l’égalité : la création présuppose la liberté, laquelle est en opposition frontale avec l’égalité, surtout lorsque celle-ci est prise dans son sens le plus identitaire. Historiquement par ailleurs, on constate que les sociétés qui se sont constituées sur la recherche à tout prix de l’égalité ont été systématiquement des échecs économiques et sociaux : elles ont obtenu l’égalité dans la pauvreté. Les autres systèmes n’ont pas forcément tous gagné mais les égalitaristes jusqu’au-boutistes ont manifestement perdu. Même la Chine, qui tente une expérience mixte, a renoncé à l’égalité économique. Et il n’est absolument pas certain qu’elle arrivera au niveau de développement qu’elle revendique pour demain sans libéraliser également la vie civique et politique. Le potentiel d’un individu « libre » est infiniment supérieur à celui d’un individu « encadré ». Nous pouvons le constater chaque jour dans les entreprises par exemple de nos pays. Libérer un individu c’est récupérer une énergie confisquée.

L’égalité est-elle souhaitable ?

Si l’on est persuadé que le plus important est d’être aussi pauvre que son voisin, ou plutôt que son voisin soit aussi pauvre que soi, peut-être…

Si l’on pense, sérieusement, que l’homme peut au moins améliorer son sort matériel, lequel réagit, qu’on le veuille ou non, sur son sort général, il est de fait criminel de promouvoir l’égalité à tout crin car celle-ci enraye les efforts de progrès aussi sûrement que le sable les engrenages d’une machine. Il n’est pas mauvais par contre de gérer un équilibre entre la liberté et sa récompense, et l’égalité qui assure la cohésion de l’équipe. [1] Ceci me rappelle une discussion avec le responsable d’une grande chaîne d’hypermarchés française sur la centralisation ou la décentralisation dans les entreprises, quelle était la meilleure solution ? : Son analyse était la suivante : j’observe la cohorte des magasins et je constate que quatre ou cinq fonctionnent mieux que les autres. J’analyse les raisons et je les diffuse pour alignement dans les autres avec objectif de progrès. Quand tout le monde a atteint ce nouveau niveau, je redonne la liberté de manœuvre, et attends que quatre ou cinq nouveaux points de vente sortent du lot, précurseurs de la nouvelle couche de progrès. [2] C’est tout l’intérêt de la concurrence et du benchmark. Centralisation et décentralisation doivent se succéder dans le processus d’amélioration. Il est probable qu’il en soit de même pour l’égalité et l’inégalité. Pourquoi le Japon est-il le plus souvent un excellent modèle ? Parce que pour des occidentaux, en particulier les Français cartésiens, tout y fonctionne différemment et souvent mieux : comparons, décortiquons, transposons : faire autrement nous fera progresser.

À date, la France mais aussi dans une moindre mesure le monde, sont en pleine overdose d’égalité, laquelle asphyxie complètement la création de richesses, et plus loin la croissance et donc l’amélioration du niveau de vie des populations [3] . A quand la promotion massive de l’inégalité, de la création et de la différence : vive La liberté ! Et travaillons à l’égalité des chances, laquelle améliorera la liberté et l’optimum créatif de chacun.

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[1Voir Henry Ford tout simplement

[2Michel Pecqueraux

[3l’indice de Gini de la France est passé de 0,50 en 1960 à 0,29 en 2018, très proche des meilleurs mondiaux

1 réactions :

  • 1. Par HUBIN, le vendredi 29 mars 2019 (15:42)
    l’égalité peut devenir inique

    Réflexion passionnante ,
    en effet la recherche fanatique de l’égalité peut être parfaitement injuste
    injuste de récompenser le bon élève comme le mauvais
    injuste de sélectionner le footballeur qui marque comme celui qui ne le fait pas , et meme en plus inefficace !
    injuste de rémunérer l’artiste qui déplace les foules comme celui qui n’attire aucun spectateur
    injuste de payer le commercial qui décroche les contrats comme celui qui dégoute la clientèle
    l’égalité doit être recherché pour que ce qui est de l’égalité des droits (la parabole des ouvriers de la 12°heure : nous sommes tous égaux en droit )et notamment du droit à l’instruction , et après que chacun cultive ses talents et soit récompensé au prorata de ses efforts et de ses capacités
    le contraire ne serait pas juste et l’égalité deviendrait alors contraire à l’esprit de justice

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