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Inégalité et principe de généralisation

Par Yves Buchsenschutz,
le mercredi 23 mai 2018

Il n’est pas de jour, voire d’heure, que l’on ne nous dévoile une nouvelle inégalité dont la nécessaire correction s’impose immédiatement et de préférence par le biais de l’État, ce seigneur tout-puissant.

Il n’y a pourtant pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que l’égalité [1] (surtout sous sa forme identitaire) est une pure utopie et que, surtout, elle s’oppose frontalement au premier terme de notre devise nationale à savoir la liberté. En effet, qui dit liberté dit nécessairement diversité ; qui dit diversité dit nécessairement différence et donc inégalité. De plus l’inégalité n’a aucune échelle définie : inégalité de richesse, mais laquelle ?, de bonheur ? de couleur des yeux ? de beauté ? d’intelligence ? Elle est presque toujours non mesurable et reflète le plus souvent une quête vouée à l’échec de la mesure utopique des différences. De plus, le principe d’égalité sécrète ce que nous aimerions appeler un principe de généralisation, lequel voudrait que tout le monde puisse disposer de tout, ce qui nous entraîne immanquablement dans de cruelles impasses.

Nous avons été confrontés personnellement pour la première fois par le principe de généralisation lors d’un voyage en Grèce, il y a plus de 50 ans. A l’époque, un des « must » de la visite d’Athènes était d’aller observer un coucher de soleil au temple du Cap Sounion, réputé pour sa beauté et son calme. Las, déjà en ce temps là, il fallait bien viser pour prendre une photo entre les colonnes et la quinzaine de touristes présents. Conclusion immédiate, la jouissance du calme est incompatible avec la foule. Si, par souci légitime d’égalité on promeut le coucher de soleil au Cap Sounion pour tous, la réalisation de ce vœu, se révèle incompatible avec l’objectif, lequel au demeurant change de nature : calme et beauté ont disparu au passage. Nous constations quelques années plus tard le même phénomène dans la montée au Parthénon, les escaliers étant recouverts de monde, semblables à une ruche d’abeilles. Le tourisme, d’abord affaire d’initiés, puis d’une « élite » intéressée, devient, généralisé, non seulement impraticable, mais encore change de nature. On dit que c’est déjà le cas au Taj Mahal en Inde et la queue pour entrer au Louvre dure le plus souvent de près d’une heure.
La voiture individuelle a suivi un cheminement similaire. Remplaçant le cheval dont on craignait pour Paris, I ’invasion de crottin, elle s’est révélée un extraordinaire outil de liberté : sans effort et pour un coût qui est progressivement devenu raisonnable, des pionniers, puis des « early adopters », puis Monsieur « Tout le monde » ont pu jouir d’un moyen de transport quasi parfait : il vous emmène sans effort, en sécurité et rapidité de votre porte, vers n’importe quelle destination choisie ou presque. Le principe de généralisation fait par contre que malheureusement sont nés dans son sillage les encombrements, les accidents, la pollution et toutes les règlementations accompagnant ces nuisances …. On décide désormais de bannir ou de pénaliser les voitures individuelles non seulement d’ailleurs des endroits où il y en aurait trop, certaines villes en particulier, mais également d’une manière générale, dans les petites agglomérations ou à la campagne par exemple ! Allons-nous, sous prétexte de généralisation, tuer cette invention phare de la liberté ? Je parierai volontiers qu’avant son invention, 90 % de la population se déplaçait essentiellement à pieds, et que ce meurtre affecterait donc d’abord les villageois et les habitants des petites villes !

On peut observer ce comportement assez souvent. Pour des raisons d’efficacité économique, les hommes se sont regroupés dans ce qui est devenu des villes. Elles ont tellement bien réussi que nous avons déjà désormais droit à des mégalopoles tentaculaires où la nature a quasiment disparu si ce n’est sous la forme de quelques arbres disséminés dans des parcs, nombreux à Londres mais rares à Paris. La généralisation de la ville a amélioré la vie de ses habitants mais les a privés de campagne. Alors aujourd’hui, on essaye de réinstaller la campagne à la ville en cultivant ses tomates sur son balcon. Alphonse Allais lui avait carrément proposé de transporter les villes à la campagne…. Si tout le monde doit aller à la mer, il n’y aura plus assez de plages, si tout le monde doit skier, il n’y aura plus assez de montagnes, si tout le monde doit devenir chef, il y aura plus qu’une armée mexicaine etc. …… Sans tenir compte au demeurant des souhaits réels des uns et des autres. Il est évident par exemple que sous prétexte d’égalité, tout le monde ne peut pas être président de la république et habiter à l’Élysée.

Ce droit à être « comme tout le monde » pour lequel de nouvelles associations se créent chaque jour ne peut que se heurter à l’impossibilité d’atteindre l’égalité indéfinissable et à sa conséquence logique : le principe de généralisation qui débouche le plus souvent sur une impasse.

Assez curieusement d’ailleurs, de nombreux pays, même avant leur adoption par l’ONU, ont introduit dans leur constitution les deux termes « liberté et égalité ». Devant la réalité de la contradiction, les pays libéraux, en général anglo-saxon et pragmatiques, ont laissé primer la liberté, ce qui a entraîné la richesse dans l’inégalité, les pays latins et en particulier la France, s’évertuent eux jour après jour à prôner d’abord l’égalité, ce qui tue non seulement la liberté, mais aussi, la diversité, l’innovation et le progrès, multiplie les tentatives de généralisation, et quelque part freine la création de richesse, quand elle ne la tue pas complètement comme dans les anciennes républiques populaires.


[1On peut distinguer plusieurs sortes d’inégalité : dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen il est essentiellement question de l’égalité des droits ; celle-ci a glissé ensuite vers l’égalité des chances ; plus récemment, l’égalité tente d’atteindre l’égalité des résultats, des situations et glisse tout doucement vers l’identité

2 réactions :

  • 1. Par Peyo, le jeudi 24 mai 2018 (18:37)
    Liberté, inégalité, inimitié

    Bien sûr la liberté prime. Ne pourrait-on pas amender la devise de la République : "Liberté, inégalité, inimitié" ? Cela semble assez conforme à votre éthique personnelle.
    Que pensez-vous de ce "Rapport sur les inégalités mondiales 2018" (World Inequality Report), publié en décembre dernier ? Beaucoup de mal sans doute. Sans l’avoir lu peut-être.

  • 2. Par YVES BUCHSENSCHUTZ, le lundi 28 mai 2018 (10:13)
    a peyo

    Je ne l’ai pas lu mais j’en ai consulté les bonnes feuilles ainsi que du livre de Piketty. Le pb est que ses analyses sont partielles, incomplètes et surtout contredisent l’ONU, Tirole etc .... qui croire ?
    Il me semble tout de même que, contre toute attente le monde est en train de sortir de la misère matérielle et ceci grâce au capitalisme et à la démocratie. J’ai choisi mon camp même s’il n’est pas parfait. Mr Maduro, à la suite de Mr Castro va ravager son pays en moins de deux ans : il faut le faire !
    Pour la généralisation, allez voir les parkings à vélo de la gare d’Amsterdam !

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