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France : et si la lutte contre les inégalités tuait la croissance ?

Par Claude Sicard,
le mercredi 13 février 2019

La révolte des Gilets Jaunes pose à la nation le problème de savoir pourquoi dans un pays développé comme le nôtre, une partie des citoyens en sont venus à se révolter du fait que leur niveau de vie est insuffisant. Les Gilets Jaunes n’ont pas supporté les nouvelles taxes que le gouvernement voulait rajouter sur les carburants : ils clament qu’ils ne parviennent pas à finir leurs fins de mois, et se déclarent victimes d’injustice sociale. Ils demandent donc au président de la République de taxer davantage les riches afin que leur sort se trouve amélioré. Les économistes savent bien que ce n’est pas là, la solution.

On peut en effet se demander pourquoi notre pays se trouve, avec un PIB par tête de 38.476 US$ seulement, en onzième position en Europe, loin derrière beaucoup d’autres pays, comme la Finlande qui est à 45.703 dollars, la Suède à 53.442 dollars, le Danemark à 56.307 dollars, pour ne pas parler de la Suisse qui a un PIB de 80.189 dollars par habitant.

Il faut donc examiner, sereinement, quelle est la situation de notre pays et s’interroger pour comprendre comment, dans leur évolution, les pays en viennent à lutter contre les inégalités sociales, la question qui se pose, dans le cas de la France, étant de savoir si le souci de lutter contre les inégalités n’a pas depuis longtemps pris par trop le pas sur celui de développer le pays. C’est par le libéralisme économique que se développe pleinement une nation, et il semblerait bien que les forces vives du pays aient été par trop contrariées, en France, par les combats menés pour l’égalisation des revenus.

Nous allons rappeler, très schématiquement, la façon dont s’opère le développement économique des pays. Dans les premières phases de développement, les personnes les plus formées et les plus habiles, développent des activités nouvelles et s’enrichissent beaucoup, et les inégalités se creusent fortement. Puis apparaissent de plus en plus d’entrepreneurs, et les effectifs des personnes entraînées dans leur sillage se gonflent : les pays se développent ainsi, la masse des salariés devenant de plus en plus importante. Dans une seconde phase, les pays étant parvenus à un certain niveau de développement, s’opère, avec la démocratisation de la vie publique, une égalisation progressive des revenus. On sait, et des auteurs comme le fameux sociologue américain Seymar Martin Lipset l’ont fort bien montré, qu’il existe un trend mondial qui pousse les pays vers la démocratie libérale. Ce fut la thèse défendue avec brio par Francis Fukuyama dans son ouvrage « La fin de l’histoire et le dernier homme » : le développement économique suscite la démocratie. Et qui dit démocratie dit évolution vers davantage de justice sociale.

Nous donnerons ici quelques illustrations de ce phénomène, en nous en référant à l’indice de Gini, un indice international conçu pour mesurer les inégalités de revenus dans les pays. Cet indice va de zéro à un : plus les inégalités sont grandes plus on se rapproche de 1, et plus elles se réduisent, plus on se rapproche de zéro. Les pays très inégalitaires en sont aujourd’hui à un peu plus de 0,6, et les pays les plus égalitaires à des indices allant de 0,26 à 0,28. En 1997, La Bolivie par exemple, en était à 0,58, et le Malawi à 0,65. Aujourd’hui, en Europe, les pays scandinaves qui ont des PIB/tête très élevés sont très égalitaires : la Norvège a un indice de Gini de 0,27, la Suède et la Finlande en sont à 0,28, et le Danemark à 0,29. La France, elle, se trouve dans cette zone : son indice de Gini, qui était de 0,38 en 1984, est descendu à 0,29 aujourd’hui. L’Espagne et le Portugal sont des pays sensiblement moins avancés : ils en sont l’un à 0,34 et l’autre à 0,36.

La progression de l’égalisation des revenus avec le développement économique

Le graphique ci-dessous montre que les inégalités se réduisent dans les pays à mesure que s’opère leur développement économique, celui-ci étant indiqué, ici, en abscisse, par les PIB/tête :

On voit sur ce graphique, comment se situe la France : compte tenu de son niveau de développement économique, elle a un indice de Gini plus faible que ne le voudrait la corrélation, ce qui signifie qu’elle est en avance, dans son évolution, en matière d’égalisation des revenus.

Le rôle de la fiscalité

Les Etats interviennent dans la vie économique par la fiscalité, ce que les économistes appellent les Prélèvements Obligatoires (PO). Ces prélèvements, calculés ici en dollars par habitant, sont d’autant plus élevés, en valeur absolue, que les pays sont riches.

Le graphique ci-dessous indique à quel niveau se situent ces prélèvements dans les pays

La France se trouve nettement au-dessus de la droite de corrélation, ce qui signifie qu’elle effectue plus de prélèvements obligatoires sur la collectivité qu’elle ne devrait le faire normalement. On sait que notre pays se trouve à présent en tête de tous les pays de l’OCDE en matière de prélèvements obligatoires, lorsqu’on les calcule en pour cent du PIB des pays, c’est-à-dire en effort relatif.

Le rôle des dépenses publiques

C’est par les dépenses publiques, financées par les prélèvements obligatoires, et éventuellement aussi par les emprunts que font les Etats pour boucler leurs budgets, que s’opère dans les pays la redistribution des revenus.

Dans le cas de la France, depuis une quarantaine d’années, l’Etat recourt systématiquement à des emprunts extérieurs pour couvrir toutes ses dépenses, les rentrées fiscales étant régulièrement insuffisantes, ce qui a eu pour effet de porter la dette extérieure du pays au niveau du PIB. La charge pour le budget de la nation est devenue finalement très lourde, supérieure à présent, par exemple, au budget de la Défense nationale. Elle a des prélèvements obligatoires hors normes, et elle recourt, chaque année, à l’emprunt. Les dépenses publiques de la France sont tout à fait considérables : nous les avons chiffrées, dans un article précédent, à 245 milliards € de trop par rapport à ce qu’elles sont, toutes proportions gardées, dans les autres pays.

Le graphique ci-dessous montre que c’est bien par les dépenses publiques que s’opère dans les pays l’égalisation des revenus.

La France, sur ce graphique, avec le niveau de dépenses publiques qui est le sien, est bien en matière d’égalisation des revenus sur la droite de corrélation.

Des politiques par trop avancées en matière de lutte contre les inégalités, tuent la croissance

La France, en conclusion, apparaît comme un pays dont le développement économique a été entravé par des politiques par trop en avance en matière d’égalisation des revenus. Cela est dû à son histoire puisque l’une des trois valeurs sur lesquelles a été fondée la République est la valeur « Egalité », une égalité totale entre les hommes, qui a été solennellement proclamée dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Et tout au cours du XXe siècle, les luttes syndicales n’ont pas cessé de perturber la vie économique, la Charte d’Amiens de 1906 qui a été la référence théorique du syndicalisme français prônant la transformation de la société par l’expropriation capitaliste. Cette charte était d’inspiration marxiste, d’où des luttes sociales fréquentes et parfois violentes. On se souvient tout particulièrement, bien sûr, de l’épisode du Front populaire, en 1936.

Avec la révolte des Gilets Jaunes on en est, une fois de plus, à un mouvement populaire violent, une révolte pour une plus grande égalisation des revenus, comme si la France se trouvait en retard en ce domaine. Ce qui est loin d’être le cas, comme nous venons de le montrer.

Ces révolutionnaires en herbe ignorent tout des problèmes économiques de notre pays, et ne sont donc nullement conscients du fait que la France se trouve en avance, dans son évolution, en matière d’égalisation des revenus, par rapport aux autres pays. Leur niveau de vie est certes quelque peu en retard : cela est dû non pas à un problème d’injustice sociale mais à un insuffisant développement économique du pays. Un développement qui a été entravé, précisément, par les combats permanents pour l’égalitarisme. Le problème à résoudre est celui de la croissance de l’ensemble de l’Economie de notre pays, et non pas celui d’une nouvelle avancée à faire en matière d’égalisation des revenus.

Claude Sicard, économiste, ancien président de OCS, Consultants

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1 réactions :

  • 1. Par Jacques Peter, le mercredi 13 février 2019 (19:21)
    Egalité en droits

    L’égalité, telle qu’elle est comprise dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, est une égalité en droits, nullement une égalité dans les conditions matérielles des uns et des autres. Heureusement, car l’égalité matérielle n’étant pas naturelle, doit être imposée par la force publique en spoliant les plus productifs au profit des moins productifs, ce qui n’est sûrement pas la recette de "la croissance de l’ensemble de l’économie de notre pays".

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