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Les fantasmagories statistiques sur l’accroissement de richesse des « riches » américains

Par Dominique Mercier, Valérie Pascale, Bernard Zimmern,
le dimanche 18 mai 2014

La plupart des statistiques que l’on voit circuler sur internet, pour démontrer par exemple que la part des riches américains n’a cessé d’augmenter, sont truquées ; comme étaient truquées les statistiques de prélèvements en France [3].

Lorsqu’on parle de revenus, parler de revenus primaires, avant redistribution, c’est-à-dire avant que les revenus les plus faibles aient été augmentés de tous les avantages sociaux alors que ceux-ci ont subi dans les vingt dernières années une ascension fulgurante et représentent maintenant en France un bon quart du PIB, 12% du budget fédéral américain, n’est pas très sérieux.

Pour les patrimoines, il faut se rappeler que les retraites payées par les organismes de retraite publique, aux USA la Social Security [4], ne sont pas comprises dans les études de patrimoine les plus solides comme celle de la Federal Reserve [5]. Or, une étude INSEE de 2006 chiffrait à environ 10.000 milliards le patrimoine retraite, le même ordre de grandeur que le patrimoine physique répertorié ultérieurement par le même INSEE.

Parler de l’évolution des patrimoines sans y intégrer les retraites n’a donc guère de sens.

Pourtant, même avec ces biais, il est surprenant de constater que l’une des sources statistiques les plus sérieuses, l’enquête triennale de la Federal Reserve montre que de 2004 à 2010, le revenu moyen des ménages a augmenté plus vite que le revenu des 10% des patrimoines les plus élevés ou que celui de ceux au top 1% des patrimoines. Il est vrai que la Fed classe revenus et patrimoines en fonction du montant du patrimoine et pas du revenu tiré par exemple des statistiques de l‘IRS qui, sans corrections, comme rappelé ci-dessus, n’ont pas grand sens.

Plus important, on voit que la chute des revenus due à la crise [6] a été plus importante pour les patrimoines les plus élevés que pour la moyenne des revenus de l’ensemble des Américains.

Il n’y a que le patrimoine qui ait plus chuté pour la moyenne que pour les plus riches et l’explication se trouve dans la chute de valeur des résidences principales qui a surtout affecté les patrimoines moyens (le décile des plus pauvres ne possédant de logement que dans un quart des cas) et les patrimoines moyens ayant peu d’investissements industriels à la différence du décile ou centile le plus riche. [7]
Ceci nous parait appuyer la remarque fondamentale de l’ancien Gouverneur de la Banque d’Angleterre, Marvyn King, qui écrivait :

« …absent (…) is any recognition that the main reason for the average rate of return exceeding the growth rate by a good margin is that savers require a risk premium to compensate for the uncertain nature of the returns on investment”.

(En dollars constants 2010)

Ensemble des ménages

Top 10 %

 ?
Top 1 %

Annexe : le poids des aides sociales US

Sur le 3,5 trillions de $ du budget 2013 (21% du GNP / PIB) :

> 643 milliards pour la défense

> 814 milliards pour payer les retraites de la Social Security

> 772 milliards pour Medicare (couverture maladie des >65 ans), Medicaid (couverture maladie des plus pauvres) et le CHIP qui couvre l’assurance maladie des enfants les plus pauvres

> 398 milliards pour les programmes d’aide (autres que santé et retraite) aux plus en difficulté : EITC, Child Tax Credit, ,Food Stamps, school meals, etc.


[1Voir tribune des Échos du 31 mai 2011 : « Fiscalité : l’erreur de M. Piketty »

[2Voir tribune des Échos du 31 mai 2011 : « Fiscalité : l’erreur de M. Piketty »

[3Voir tribune des Échos du 31 mai 2011 : « Fiscalité : l’erreur de M. Piketty »

[4correspondant à une cotisation de 12,5% des salaires

[5Voir Federal Reserve Bulletin n° 98 2012 page 37 Survey of Consumer Finances 2010 2ème §).

[6comparaison 2007-2010

[7Voir pour évolutions par type d’actif les tableaux publiés ici.

Messages

  • Il y a un deuxième (nième en réalité) phénomène de déformation des prix et des revenus qui tient à la déformation des prix relatifs due à l’innovation. Les revenus n’ont pas la même signification selon ce qu’on en fait. La performance de répartition peut être compensée par une performance de qualité d’utilisation.
    Avec un revenu de l’ordre du SMIC en 1960, il était pratiquement impossible d’avoir un téléphone fixe, alors qu’aujourd’hui il est possible d’avoir un mobile (inimaginable en 1960 - le mobile était alors un réel LUXE), ce qui constitue de facto une considérable augmentation du pouvoir d’achat que personne ne prend réellement en compte. Or l’innovation a concerné tout le porte-monnaie de la ménagère et ceux qui consacrent plus à ces dépenses ont donc bénéficié plus de cette évolution technologique.
    En réalité, vouloir comparer le pouvoir d’achat des smicards des années 60 et d’aujourd’hui est techniquement aussi compliqué que de comparer les revenus de l’après-guerre avec ceux de la renaissance !
    La seule vraie comparaison qui est valable est celle de la variation de l’espérance de vie ... et c’est étrange, les riches sont de petits gagnants !

  • A la réflexion l’emploi d’échelles linéaires dans ce type d’études peut laisser à désirer.

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