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Du trumpisme pour sauver la France ?

Par Hervé Gourio,
le jeudi 26 novembre 2020

Il est difficile de tenir un discours plus inconvenant dans notre cher pays où une écrasante majorité des élites exulte de voir Joe Biden chasser de la Maison Blanche un histrion imprévisible et solipsiste dont on doit confesser qu’il nous a inquiétés comme jamais aucun autre président des États-Unis.

Oui on peut parler de trumpisme

Quant à parler de trumpisme, c’est évidemment un non-sens de qualifier politiquement comme un mouvement structuré le parcours apparemment hasardeux de Donald Trump. Pourtant il faut bien nommer l’élan populaire qui s’est manifesté en sa faveur lors de la dernière élection : combien de présidents victorieux ont-ils réuni sur leur nom un nombre aussi considérable de suffrages que ce candidat vaincu dans cette élection, cruciale pour la plus puissante démocratie du monde ? Cette attirance puissante pour ce personnage, ne peut-on pas l’appeler trumpisme ?

Mais en quoi cette passion politique si inhabituelle en Amérique pourrait-elle être utile pour la France ? Il faut maintenant y regarder de plus près pour faire apparaître des vertus qui nous font tant défaut dans les circonstances actuelles si menaçantes pour notre pays.

La France en danger

C’est un pays pas très bien portant depuis longtemps qui est aujourd’hui encore plus fragilisé par plusieurs crises concomitantes.
On ne doit pas s’attarder sur les maux anciens à peine de lasser ou de démoraliser le lecteur.
Érosion constante de la qualité du gouvernement et aggravation de son coût. Territoires perdus de la République. Annonces non suivies d’effets. État protecteur Big Mother sans discernement. Lois votées et non appliquées. Corruption intellectuelle ou intéressée des agents publics, voire des juges. Préférence des médias pour les demi-vérités ou le silence. Perte de compétitivité économique et de statut culturel. Tout cela, et bien plus, est constaté par le peuple français qui, suffrage après suffrage, chasse les sortants pour demander un renouvellement et n’obtient que des retouches aux effets médiocres.
La crise, les crises actuelles aggravent la situation en sapant des points forts relatifs économiques sauf à imaginer un retour copié collé au monde d’avant, plusieurs champs d’activité vont devoir se réinventer : à coup sûr transporteurs, hôtellerie restauration et tous les services touristiques avec notre attractivité, image et expérience pour les voyageurs en particulier à Paris, avec des effets indirects sur les produits porteurs de cette image ; industries aéronautiques ; construction de navires de croisière.
Ces crises ébranlent des points d’ancrage relativement solides pour l’opinion publique même si mal fondés. Ainsi la croyance partagée dans la qualité de notre système de santé devrait être ébranlée quand l’incapacité à faire face à la création en urgence de quelques milliers de lits de réanimation va ruiner quelques centaines de milliers de Français. Et dissiper tôt ou tard la croyance que la France est riche alors que l’Etat vit à crédit depuis des décennies.
On ne peut pas exclure un affaissement et un décrochage marquant du pays sauf coup de barre libéral.

Le trumpisme, un choc nécessaire pour la France aussi

Il faut maintenant regarder de plus près ce qui a autant séduit des Américains si nombreux et qui pourrait nous être utile. En oubliant l’outrance d’un personnage exotique ici.
Bien sûr il y a quelques politiques raisonnablement égoïstes que nous pourrions (devrions ?) imiter. Par exemple : Charité bien ordonnée commence pour nos compatriotes (en y incluant les Européens à mon sens). Équité et réciprocité dans les échanges et accords commerciaux internationaux. Engagements militaires dans des conflits seulement si nous voulons l’emporter (est-ce bien le cas au Sahel aujourd’hui ? quid en Libye hier ?) Affirmer clairement l’objectif qu’on veut atteindre en priorité : peut-on vraiment être « en guerre » et « en même temps » autre chose.

Un affreux patron admiré

Mais notre familiarité avec les. États-Unis du début du siècle nous fait distinguer un trait particulièrement provocant, voire provocateur.
La popularité rémanente de Trump n’est pas seulement due aux politiques de son gouvernement. Elle est incontestablement liée à la série The apprentice suivie par plus de 10 millions de spectateurs pendant 6 hivers consécutifs. La sélection entre les équipes de managers en compétition était opérée par un Trump, patron tout puissant incarnant l’entreprise et dont la parole ultime était « You are fired » (vous êtes viré). Ce qui était populaire et qui l’est resté durablement aux États Unis, car affirmation de la liberté de l’entreprise et de l’entrepreneur même lorsqu’elle se manifeste dans une brutalité assumée. C’est que le succès de l’entreprise est à ce prix et cette réussite-là fait vibrer des millions d’Américains jusque dans leurs choix électoraux.

Nous n’en imaginons pas autant de nos compatriotes. Mais, au moins, au moment où le redressement de pans entiers de notre économie va exiger de donner la priorité à la collectivité humaine qui dépend économiquement de l’avenir de leur entreprise au prix d’une séparation douloureuse pour les personnes, il faut entendre ce message américain. D’autant plus qu’il n’est pas exclusivement trumpien mais bien culturel en Amérique et qu’il est maintenant repris en France par le patron de Danone se revendiquant en même temps du « double objectif économique et social » qu’Antoine Riboud avait proclamé quand il en était le patron.

Alors bien sûr, c’est en France qu’il faut chercher les solutions à nos problèmes, mais une dose de trumpisme ne serait pas de trop pour nous sortir de l’ornière

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