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Réforme des retraites : Redonner simplicité et pureté au système

Par Pierrette Morin,
le dimanche 12 janvier 2020

Le danger imminant, que nous voyons arriver actuellement, est celui qui consiste à « profiter » de cette transformation des retraites pour y inclure une multitude d’autres changements qui sont, dit-on, indispensables, et qui vont changer la vie des gens. Mais surtout, qui vont inclure des avantages pour certains, qu’on mettra des décennies à éliminer. Le traitement de la pénibilité ; introduire plus d’égalité pour le traitement des femmes ; réformer la rémunération des personnels soignants, voire changer l’hôpital ; augmenter le traitement des enseignants du Public, etc.

- La pénibilité …

Qui n’a pourtant rien à voir avec les retraites. Un travail pénible doit être négocié entre l’employeur et le salarié dès le contrat d’embauche et rémunéré comme tel. Le supplément obtenu pour cause de pénibilité, sous forme salariale ou sous forme de repos compensateur par exemple, doit être obtenu pendant la vie active et non pas juste dans les dix dernières années de la vie.

Si l’on ne procède pas de cette manière, comment peut-on imaginer qu’un jour nos entreprises se transformeront sur ce plan important de l’amélioration des conditions de travail ? Les investissements destinés à améliorer l’ergonomie de certains postes de travail seront toujours détournés ou passés au 2d plan s’il est notoire que l’affaire sera réglée à la retraite, par le système des retraites.

- Les retraites des femmes …

Elles sont notoirement plus faibles que celles des hommes. Voici un sujet terriblement complexe, qui dépend de multiples facteurs : l’éducation filles / garçons dans les familles, à l’école, au travail. L’équilibre du couple des parents lui-même est en jeu à plusieurs occasions où des décisions majeures doivent être prises. Est-ce qu’on peut sérieusement penser que ceci peut être traité en même temps que les retraites ? Cette question, à elle-seule, mériterait des réflexions aussi complexes que celles qui ont été rencontrées en traitant le système des retraites lui-même.

Persévérer à traiter ce sujet comme un additif secondaire en parallèle des retraites, c’est condamner notre société tout entière à rester victime d’opinions et de préjugés vieillots qui seront des entraves à notre développement national pendant encore des décennies. On a besoin de travailleurs dans des domaines scientifiques d’avant-garde, et on n’en trouve pas assez ? Pourquoi ne pas puiser dans toutes ces jeunes filles qui ont fait de bonnes études, mais qui ont peur du scientifique (à moins que ce ne soit les familles qui soient inquiètes).
Un rééquilibrage des carrières des femmes, débarrassées de tous a priori, ferait avancer notre société vers le futur. Alors on se rendrait compte qu’il n’y a pas lieu de traiter cette question au sein du système des retraites.

Mais les retraites des femmes sont, à l’opposé, plus longues que celles ces hommes, font remarquer certains… Est-il nécessaire de « corriger » cette spécificité au niveau des retraites ? D’autres « corporations » ont aussi des retraites plus longues que la moyenne ; va-t-on les corriger également ? Des études doivent d’abord être faites sur ce sujet avant de se lancer dans des corrections, peut-être à courte vue.

- Les enseignants sont-ils réellement insuffisamment payés ?

Ce qui est intéressant, et même troublant, c’est qu’on le découvre justement maintenant ! N’y a-t-il pas des instances dans l’Education nationale et dans la fonction publique, qui sont chargées de comparer les jours de travail, les heures de présence dans les établissements, devant les élèves, etc., entre le public et le privé, entre la France et les autres pays d’Europe ? Est-ce que ça ne serait pas plutôt cette histoire de primes qui ne seraient pas aussi nombreuses à l’Education nationale qu’ailleurs dans la fonction publique et qui désavantageraient les enseignants ? Et quid des autres professions qui se retrouveront également dans le même système de retraites ? Ont-elles suffisamment de primes ?
Tout cela n’est vraiment pas sérieux !

Et je ne dis rien d’autres sujets annexes qui viennent se greffer sur les retraites… Le nombre d’enfants, dont les allocations familiales ont pourtant tenu compte tout au long de la vie ; les retraites de réversion, qu’on pourrait plutôt considérer comme un contrat privé à établir spontanément entre les deux conjoints, plutôt que comme liées en quoi que ce soit au système de retraite – confusion sur le mot « retraite » ? –, etc.

Si on laisse le système de retraite par points enfler en tolérant que des sujets viennent de tous les côtés, ce sera bientôt l’anarchie, une véritable curée.
Autre séquelle : pour gérer ce système boursoufflé de tous les côtés, il faudra une armée d’administratifs gigantesque pour s’occuper de chaque individu.
Si jamais on attendait de ce nouveau système qu’il fasse appel au sens des responsabilités et à l’autonomie des citoyens, ou au moins qu’il participe à des économies tant attendues dans l’administration de l’Etat, c’est raté…

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