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Pour relancer l’économie, nous devrons travailler davantage

Par Claude Sicard,
le lundi 29 juin 2020

Le discours d’Emmanuel Macron du 14 juin dernier était très attendu par les Français car on espérait bien que le Président annoncerait, enfin, la levée complète du confinement : on va donc pouvoir retrouver la joie de vivre librement. C’est bien ce qui a été annoncé, et c’est sans doute ce qu’avant tout les Français vont retenir du discours de leur président, alors que, là, n’est pas l’essentiel de son message, et de loin ! Nous entrons maintenant, nous a dit Emmanuel Macron, dans une seconde étape : celle consistant non pas seulement à remettre en route notre machine économique, mais à reconstruire toute l’économie du pays. Cette annonce du Président était tout à fait inattendue : il s’agit d’un projet d’une ambition extraordinaire, une tâche de longue haleine et particulièrement difficile ! On peut craindre que cette annonce de notre Président se trouve par trop passée sous silence, demain, par les observateurs de la vie politique du pays, et ce serait fort regrettable.

(article paru sur Figarovox ,le 26 juin 2020)

Ce que propose Emmanuel Macron aux Français c’est rien moins que de « bâtir un modèle économique plus fort, pour ne pas dépendre des autres », un « modèle économique durable qui soit la clé de notre indépendance ». Précisant sa pensée, il a dit : « Il nous faut créer de nouveaux emplois en investissant dans notre indépendance technologique, numérique, industrielle et agricole, par la recherche, la consolidation des filières, l’attractivité, et les relocalisations lorsque cela se justifie, et un vrai pacte productif ».Et notre Président a pris l’engagement d’être aux côtés des Français dans cette nouvelle aventure. Cette allocution marque donc le nouveau cap qu’il se fixe pour la fin de son quinquennat, et si les Français acceptent de lui faire à nouveau confiance pour un nouveau mandat lors des prochaines élections présidentielles, ce sera l’axe directeur de son second quinquennat.

La France, il faut en être conscients, va sortir particulièrement affaiblie de la crise du coronavirus du fait que sur les quatre secteurs clés de son économie, des secteurs que le gouvernement hollandais, dans sa politique d’intervention dans l’économie, appelle des « top-sectors », deux se trouvent profondément affectés par la crise :la construction automobile, et l’aéronautique. Le troisième secteur, celui de l’agro-alimentaire, est, lui, de plus en plus concurrencé par les Allemands et les Hollandais au point qu’il a perdu 20.000 emplois au cours de ces dix dernières années. Seul le quatrième secteur, celui de l’industrie du luxe, est vraiment florissant, avec des positions mondiales dominantes, mais il représente moins de un pour cent du PIB. L’économie de la France est, effectivement, à reconstruire, car avant même la crise du Covid-19 elle était à la peine : un taux de croissance constamment insuffisant, un commerce extérieur toujours déficitaire, un budget de la nation sans cesse en déséquilibre, un endettement extérieur allant croissant d’année en année, et des prélèvements obligatoires qui sont devenus les plus élevés de tous les pays de l’ OCDE ! Notre PIB, en fin d’année, va accuser une baisse de 11 %, et la dette extérieure du pays va passer de 100 % à 120 % du PIB.

L’ambition de notre Président est donc tout à fait légitime, mais ce projet va nécessiter que l’on procède à de très profondes réformes, dans tous les domaines, et ce sera extrêmement difficile. Emmanuel Macron a simplement indiqué deux grandes orientations : du côté de l’Etat, une réorganisation profonde allant vers davantage de décentralisation, et du côté des Français : « travailler et produire davantage ». Notre Président précisera, dans une seconde intervention télévisée prévue pour juillet prochain, les dispositions qu’il compte prendre pour bâtir ce « monde d’après ». Mais il n’a nullement envisagé, dans son discours de dimanche, de placer le pays en « état d’urgence économique ». C’est probablement une grave erreur, car il faudrait mettre à profit l’urgence dans laquelle on se trouve pour expérimenter de nouvelles façons de faire fonctionner notre économie : une occasion unique, donc, à ne pas manquer, car elle ne se représentera pas de sitôt.

Ce serait, en somme, une transition naturelle vers ce monde de demain que notre Président propose aux Français de construire. Il va falloir changer, en effet, les règles de fonctionnement de notre économie, car ce n’est pas en conservant ce cortège infini de lois et règlements de toutes sortes qui ont conduit peu à peu le pays au déclin, ces trente dernières années, que l’on construira le monde de demain. Emmanuel Macron a seulement indiqué aux Français qu’il allait leur falloir « travailler plus » : certes, mais comment, et dans quel cadre ? Reconstruire notre économie nécessite que l’on accorde aux entreprises une bien plus grande liberté d’action qu’elles n’ont aujourd’hui, et donc que l’on modifie complétement leur environnement. Nous sommes dans une situation exceptionnelle et il faut donc recourir à des mesures exceptionnelles : il va donc être nécessaire que le parlement proclame une loi d’urgence économique, comme il y a eu une loi d’urgence sanitaire.

Cette loi d’urgence devra permettre aux entreprises de déroger à un certain nombre de dispositions existant dans notre économie, tout particulièrement en matière de droit du travail, pour les remplacer par de nouvelles qui soient beaucoup plus souples, et plus libérales. On pourrait s’inspirer, en cette matière, par exemple de la législation du travail de la Suisse : c’est un pays qui nous est proche, et le fait que chaque jour des dizaines de milliers de frontaliers aillent apporter leur force de travail aux entreprises helvètes montre bien que le droit du travail de ce pays est tout à fait acceptable. Il est prévu, dans ce pays : 45 h/semaine, 4 semaines de congés payés par an, et des conditions de rupture du contrat de travail simplifiées : 7 jours en période d’essai, puis un mois la première année, et deux mois de la seconde année à la dixième. Plus besoin donc de distinguer les CDD des CDI, et la législation suisse n’oblige nullement les employeurs à accorder des indemnités de licenciement, ni même à devoir mentionner la cause de la rupture du contrat de travail. Les heures supplémentaires sont compensées par rattrapage, ou par des indemnisations, et la législation du pays ne dit rien à ce sujet. Et il y aurait un certain nombre de dispositions réglementaires, dans divers autres domaines, à suspendre également, pendant une période de temps déterminée, de façon à dynamiser nos entreprises.

Le gouvernement, ainsi, une fois levé l’état d’urgence économique, pourra voir comment supprimer ou amender les lois et règlements qui ont bloqué jusqu’ici le développement de l’économie du pays, tirant habillement les enseignements utiles glanés au cours de la période où l’économie aura pu fonctionner en étant débarrassée de tous ses carcans pour faire des réformes. L’expérience qui aura été faite en grandeur réelle constituera un argument irremplaçable pour obtenir l’agrément des syndicats et des partis politiques d’opposition sur toutes les corrections à apporter à notre législation pour rendre notre économie compétitive, et donc plus forte.

Certes, pour placer notre pays en état d’urgence économique, va-t-on voir se dresser de multiples obstacles. Nul doute qu’ils vont surgir de toutes parts : opposition des syndicats, hostilité des partis d’opposition, blocages juridiques par le Conseil Constitutionnel, barrages par les règles de fonctionnement actuelles de l’Union Européenne, etc…. Il faudra surmonter toutes ces difficultés.

Quant aux dispositions à prendre pour sauver la planète en verdissant notre économie, elles seraient repoussées à plus tard, au-delà de la période d’état d’urgence économique ; on rappellera à nos écologistes que notre pays n’intervient que seulement pour un pour cent dans tous ces problèmes, au plan mondial. Dans la période actuelle il serait tout à fait malvenu de créer de nouvelles contraintes pour nos entreprises. Le projet de notre Président est d’une ambition extrême, mais Emmanuel Macron est dans son rôle en montrant la voie. Puissent donc les Français comprendre qu’il s’agit rien de moins que de prendre leur destin en mains.

Claude Sicard, économiste, consultant international

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