Entrepreneurs pour la France

Des chefs d’entreprises au service de l’emploi

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Ne pas supprimer le plafonnement des allègements de charges est une grave erreur économique et sociale

Par Gilles Rigourex,
le dimanche 7 octobre 2018

Diminuer le coût du travail au niveau du SMIC est une chose nécessaire mais pas suffisante pour relancer l’emploi des personnes non qualifiées et faire réellement baisser le chômage. En se focalisant uniquement sur les charges sur les bas salaires, le gouvernement saute à cloche-pied, ce qui n’a jamais permis à personne, sauf aux champions du triple saut, d’atteindre les performances visées.

Deux articles parus le même jour dans Les Echos, ce mercredi 3 octobre, se font écho (sans jeu de mots) l’un à l’autre.

Le SMIC est redevenu compétitif

Le premier article en page 4 titre : « Le coût du travail au niveau du SMIC est redevenu compétitif ». Suivent des comparaisons du coût du travail entre la France et ses voisins allemands, belges, espagnols, britanniques, hollandais, en provenance de plusieurs sources (Bercy, Eurostat, Ernst & Young) qui, si elles ne disent pas exactement toutes la même chose, vont néanmoins dans le même sens. Commentaire : « Ce ciblage sur les bas salaires, contesté par les organisations patronales, vise à stimuler la création d’emplois peu qualifiés, où s’ancre le plus souvent le chômage de longue durée ».

Cette stratégie est celle qu’ont suivie tous les gouvernements depuis des lustres. Le site officiel « Vie Publique » explique que « À partir de 1993 (gouvernement Balladur), les premières mesures d’allègement de charges se mettent en place. Depuis cette date, plusieurs politiques se sont succédé mettant en œuvre pas moins de 82 mesures ». 25 ans ont passé, dont la réduction Fillon en 2003 il y a déjà 15 ans, pour quel résultat ? Néant. Le chômage n’a pas baissé, notamment pour les peu qualifiés.

La France ne doit plus laisser filer ses élites

Le second article en page 12 titre : « La France ne doit plus laisser filer ses élites ». L’article d’Edouard Tétreau constate que la France laisse « partir la fine fleur de son élite industrielle, militaire et financière au service d’intérêts étrangers, sans que personne n’y trouve à redire ». La fuite des cerveaux, des cadres, des chercheurs, des ingénieurs, des chefs-cuisiniers, des entrepreneurs, pourrait faire l’objet d’une litanie d’autant plus désespérante qu’elle s’allonge sans cesse. Pour en avoir un petit aperçu, il suffit d’écouter chaque jour « Le Français de l’étranger » à 13h50 sur RMC. A la question : « Qu’est-ce qui pourrait te faire revenir en France ? », la quasi-totalité des interrogés répondent qu’ils ne souhaitent pas y revenir. Parmi les raisons généralement invoquées reviennent la lourdeur administrative, le pessimisme ambiant, le poids des charges et de la fiscalité.

Ce sont les cadres qui créent les emplois des smicards

Certes le problème du chômage se traite en essayant de mettre au travail ceux qui n’en ont pas. Et il s’avère qu’aujourd’hui nombre d’employeurs ne trouvent pas les personnes dont ils ont besoin, y compris pour des emplois non ou peu qualifiés, notamment dans le bâtiment, la restauration, le transport, et actuellement dans les vignobles pour les vendanges ! Raisons invoquées : manque de formation, mais aussi très souvent manque de motivation.

En vérité, le décalage enregistré par Pôle Emploi au 2ème trimestre 2018 entre les offres d’emplois (1.800.000, dont 1.053.600 en CDI) et les demandeurs d’emplois (5.627.900 en France métropolitaine) est tel que la baisse significative et durable du chômage passera obligatoirement par une accélération forte de l’offre, c’est-à-dire par une véritable fringale d’embauche par les entreprises.

Or ceci ne peut résulter que d’un accroissement important de l’activité des entreprises, lequel dépend de leur adaptation aux marchés intérieurs et internationaux, de leur innovation dans les nouveaux produits et services, de leur agressivité et de leur efficacité commerciale, de leurs investissements dans les nouvelles technologies, de leur capacité à convaincre des actionnaires et des financiers, etc. Et qui peut faire tout cela si ce n’est les cadres, les ingénieurs, les web-marketeurs, les entrepreneurs, les capital risqueurs, etc. ?

Toutes personnes qui attendent des rémunérations à la hauteur de leurs talents et de leurs performances, et qui sont prêtes à aller les trouver là où on les leur propose. Ou qui freineront leur ardeur au travail s’ils restent en France et n’obtiennent pas ce qu’ils considèrent comme une « juste » rémunération.

« Elémentaire mon cher Watson ! » Pas du tout évident pour nos responsables politiques et surtout pour nos hauts cadres de l’administration des finances qui, s’étant bien servis eux-mêmes, ont pour principale obsession de remplir les caisses de leur employeur : l’Etat.

La transformation du CICE en allègement de charges avec maintien du plafonnement ne facilitera pas la baisse du chômage

Si donc l’emploi des smicards et la réduction significative du chômage passe par le dynamisme des cadres supérieurs, la baisse du coût de ces cadres pour les entreprises est une priorité absolue.

Combien de restaurants n’embauchent pas de chef cuisinier ou en réduisent les heures de travail car ils n’ont pas les moyens d’en supporter le coût, et donc ils n’embauchent pas non plus de cuisiniers, de plongeurs, de serveurs, etc. Un chef crée plusieurs emplois en aval, avec un effet multiplicateur évident.

Mais un chef, talent rare, se paie facilement 4.000 € brut par mois pour 39 heures de travail, voire bien davantage. Donc il n’entrait pas dans le cadre du CICE plafonné à 2,5 fois le SMIC, c’est-à-dire 3.700 € brut par mois. Et il ne bénéficiera pas non plus de l’allègement de charges en remplacement du CICE à partir du 1er janvier 2019.

Cet exemple s’applique à tous les cadres rémunérés au-dessus de 2,5 fois le SMIC. Les entreprises ne sont donc pas du tout encouragées à en embaucher, ou à en promouvoir, bien au contraire, elles sont fortement découragées de le faire.

Combien d’emplois de smicards restent-ils ainsi dans les limbes ? Personne ne le sait et surtout personne ne le dira.

Un secret espoir avait émergé en octobre 2017 quand Monsieur Le Maire avait rouvert le débat sur le ciblage des baisses des charges et avait envisagé que les allègements concernent aussi les plus qualifiés (cf. Les Echos du 3 octobre 2017). Il a dû se faire immédiatement taper sur les doigts car on n’en a plus entendu parler. Les hauts cadres de Bercy ont probablement invoqué le risque effrayant que les cotisations et recettes fiscales, notre emblème national, celui où nous restons les champions du monde, chutent brutalement et mettent l’Etat en péril.

Les entreprises peuvent disparaître, l’industrie française s’effondrer, nos exportations végéter, peu importe ! L’Etat c’est nous !

Mais qui financera la solidarité nationale, l’éducation et la formation, les chômeurs, les personnes âgées, quand il n’y aura plus de production de richesse nationale par les entreprises ?

Supprimer certains seuils sociaux, c’est bien et indispensable. C’est partiellement fait. Mais supprimer certains seuils fiscaux est tout aussi vital. Les chefs d’entreprise raisonnent et calculent « global ». Une somme de mesurettes ne fait pas leur printemps.

Supprimer le plafond de 2,5 fois le SMIC, ou le relever significativement à 3,5 voire au-delà, serait une mesure courageuse, salutaire, bénéfique pour les entreprises, pour l’emploi, et même pour les finances publiques.

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3 réactions :

  • 1. Par Picsou 75, le dimanche 7 octobre 2018 (21:07)
    Charges, vous avez dit charges ?

    Bonjour,
    il y a un calcul très éclairant à faire : prenez le salaire net et la charge complète pour l’entreprise (net+charges salariales+ charges patronales+ frais annexes)
    Vous faites la comparaison pour le smig, puis pour 2000 euros bruts/mois, pour 4000 euros et pour 6 000 euros. Vous serez devant une courbe exponentielle ! C’est pourquoi dans beaucoup de PME tout se bloque à 2000 euros maxi, car le salariés perdent ensuite les avantages sociaux liés à leur salaire, comme les crèches, le prix de la cantine etc etc..

  • 2. Par HUBIN, le lundi 8 octobre 2018 (13:36)
    baisser les charges sur tous les salaires

    Cet article est parfait sauf que la conclusion n’est pas cohérente avec la démonstration
    NON il ne faut pas recréer un seuil à 3,5 SMIC mais simplement ramener tous les salariès à un niveau acceptable de prélevement qui ne peut etre de 45% pour l’employeur et de 23 % pour le salariés
    les Suisses sont à 12,5% popur chacun et rien ne permet de penser que le système de solidarité suisse n’est pas efficient , mais on ne veut pas regarder ce qui marche ailleurs , alors suisses , belges , allemands on s’en fout ! , et ils nous taillent des croupières à l’export , et si nous n’avons pas assez d’argent qu’on réduise les dépenses et commençant par l’ENA dont il fait réduire de moitié les places au concours , en continuant par l’industrie en "3 huits" qu’il faut favoriser d’abord ; comme les belges l’on fait en réduisant d’abord les cotisations sur les emplois en trois équipes au lieu comme en Frnace de les défavoriser

  • 3. Par CANEPARO, le mardi 9 octobre 2018 (18:27)
    Aberration économique !

    Bravo pour cet article qui recense les limites d’une baisse des charges ciblée seulement sur les bas salaires. je constate depuis de nombreuses années les méfaits de cette mesure sur le personnel qualifié. En tant que recruteur je constate qu’il y a de plus en plus de jeunes diplômés français qui ne trouvent pas de travail en France à la hauteur de leurs espérances. C’est pourquoi des pourcentages importants de promotions d’ingénieurs, cadres, pharmaciens option industrie, avocats , financiers, ... vont vers d’autres cieux divers Londres, Barcelone, Bruxelles, Berlin, Suisse, mais aussi en Asie et aux USA. je constate aussi que leurs ainés du secteur de l’ingénierie de moyens de production ne veulent plus travailler en France (trop d’impôts, insuffisamment payés, peu de travail intéressant,..). En tant que gérant d’entreprise du secteur de l’ingénierie je constate le manque de projets en France et la nécessité pour les entreprises française de délocaliser pour être compétitives. Il est à noter que depuis la mise en place des 35H et l’augmentation des charges nous avons perdu de nombreuses capacités industrielles et de nombreux bureaux d’études et d’ingénieries de moyen de production et de produits. Notre manque de compétitivité n’est plus seulement en terme de coûts mais de savoirs faire et de qualité. Comme Mr macron, conseiller de Mr Hollande à l’Élysée, nous pouvons dire la France devient Cuba sans le soleil.

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