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Modèle social français : les prémices d’une remise en cause ?

Par Bertrand Nouel,
le dimanche 24 février 2019

L’économiste libéral bien connu, Jean-Marc Daniel, terminait ainsi, il y a quelques jours, une tribune écrite dans Les Echos, où il discutait de la réaction britannique à laquelle les pays restés dans l’Europe devaient s’attendre après le Brexit, et de la réaction qu’ils devraient eux-mêmes avoir : « Il va leur falloir admettre qu’au-delà de cette frontière va se construire une économie libre et dérégulée, une économie où le discours sur la nécessité de maintenir un modèle social européen porteur d’égalité aura fait place à celui sur la nécessité de profiter de la liberté pour améliorer le bien-être de tous ».

Ce sont des paroles très fortes, et à vrai dire pas si surprenantes, d’un auteur animé d’une vision dans laquelle la liberté est meilleur garant de la richesse et du bonheur qu’une recherche éperdue de l’égalité. On peut cependant discuter de savoir si le modèle européen est égalitaire, comme le dit Jean-Marc Daniel, et si nous allons assister à une opposition entre des îles britanniques libérées d’un certain carcan et « dérégulées », et une Europe animée d’un modèle « social ». Autrement dit, si ce n’est pas finalement la France qui risque de se trouver isolée dans son propre modèle.

L’Europe n’a pas de modèle social nous semble-t-il, et en tout cas n’a jamais réussi à harmoniser les vues de ses membres à ce sujet. Il est vrai cependant que le Royaume-Uni est bien moins régulé qu’en général les pays continentaux. Mais aucun pays n’égale la régulation de notre Hexagone. Le Royaume-Uni parti, nous nous retrouvons en face de l’Allemagne, et pas forcément d’accord avec elle. Depuis les réformes Hartz, le modèle social de cette dernière a bien évolué, qui se trouve coûter environ cinq points de PIB de moins que le nôtre – devenu le plus élevé de tous sans qu’aucun changement ne se fasse jour. Les pays nordiques sont eux revenus à des modèles sociaux nettement plus modestes que naguère, et ni l’Italie ni l’Espagne ne peuvent être considérés comme particulièrement socialistes, avec respectivement 30% et 26% de leur PIB consacré à leur modèle social, quand la France affiche, selon Eurostat, 34,3%.

Il est exact que le peuple français s’est depuis toujours laissé emporter dans le grand tourbillon des dépenses publiques, et particulièrement sociales, sans avoir jamais son mot à dire. Le Grand débat n’est-il pas l’occasion de savoir ce qu’en pensent les Français ? Il va falloir attendre quelques semaines encore. Cependant la revue Challenges vient de publier un sondage établi sur la base du questionnaire gouvernemental du Grand débat, de nature à peut-être changer quelques idées préconçues :

Sur la question « Quel impôt faut-il à vos yeux baisser en priorité ? », les réponses sont les suivantes :
- L’IR, 32%
- La TVA, 26%
- La CSG, 23%
- Autre, 10%
- L’IS, 9%

Sur la question « Quelles sont les économies, dans les dépenses publiques, qu’il vous semble prioritaire de faire », les réponses sont les suivantes :
- Les aides sociales, 33%
- Les retraites, 25%
- Les aides aux entreprises (CICE), 23%
- La Défense, 10%
- Autres, 9%

Sur la question « Quel service public ou administration vous semble-t-il indispensable de dégraisser, voire de supprimer ? », les réponses sont les suivantes :
- Pôle emploi, 28%
- Fisc, 22%
- CAF, 16%
- La Poste, 12%
- Viennent ensuite, dans l’ordre, L’Education, CPAM, la Police et la Justice (mais on ignore s’il s’agissait d’un QCM)

Sur la question « D’après vous, quel service public a besoin de moyens
supplémentaires ? », les réponses sont les suivantes :
- Hôpitaux, 53%
- Éducation, 18%
- Police-Justice, 11%

Enfin, sur la question « Quelle mesure fiscale vous paraîtrait-elle la plus juste ? », voici les réponses :
- Réduire drastiquement les niches fiscales, 18%
- Supprimer totalement la taxe d’habitation, 17%
- Augmenter la TVA sur les produits de luxe, 15%
- Baisser la CSG, 12%
- Rétablir l’ISF, 9%
- Autres, 14%

Evidemment, on ne connaît pas la représentativité de ce sondage, qui a obtenu entre 10.000 et 20.000 réponses à chaque question. Quelles conclusions tenter quand même d’en tirer ?

La fiscalité embrouille manifestement les Français, sans étonnement. Sur les baisses, ils ne savent pas trop à quoi s’en tenir. Ils citent l’IR en premier, probablement parce que c’est l’impôt dont ils entendent le plus parler, mais en ignorant qu’il ne touche que 43% des Français, et peut-être même pas eux-mêmes… et sur les mesures, il y a quatre augmentations sur 5 ! Mais le rétablissement de l’ISF ne vient qu’en cinquième position. N’aurait-on pas tenté de bourré les crânes ?

Sur les économies à faire, les réponses « aides sociales » et « retraites », qui viennent en tête, sont très intéressantes et plutôt inattendues. Notons que les deux font partie du modèle social qui nous occupe ici, et qu’ils rassemblent 55% des réponses. Mais bien entendu sans inclure la Santé (53% des réponses, record absolu). Quant à Pôle emploi, il peut, avec le fisc mais c’est là dans l’ordre normal des choses, continuer à entonner la chanson du mal-aimé (vu son coût, 5 milliards, et son efficacité que l’on dit inférieure au Bon coin) ! Cela fait donc une bonne source d’économies pour le modèle social, de quoi inspirer notre guide suprême, même si la même chanson ne s’entend pas du côté des Gilets jaunes.

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3 réactions :

  • 1. Par Picsou 75, le dimanche 24 février 2019 (21:00)
    Brexit ?

    Vous parlez du Brexit. Lorsque je discute avec mes contacts anglais, ils me disent que la décision de quitter l’Europe s’est faite sur deux critères majeurs : l’immigration, et la bureaucratie européenne...

  • 2. Par zelectron, le dimanche 24 février 2019 (22:10)
    le beurre et l’argent du beurre plus la crémière en cadeau

    il faut baisser les aides sociales ainsi que la retraite et augmenter les cotisations, par ailleurs il faut recruter à prix d’or encore plus de simili-fonctionnaires dans ces 2 secteurs pour soulager de leur écrasante tâche ceux qui travaillent 35 heures . . . par mois.
    C’est ça ? j’ai bien compris ?

  • 3. Par HUBIN, le jeudi 28 février 2019 (17:20)
    priorité sur les baisses d’impots

    La priorité des gens c’est l’impot qu’ils paient , pas celui dont la baisse ou la disparition faciliterait l’enrichissement non seulement des bénéficiares directs de la baisse mais aussi de tous les français .
    au passage on doit souligner que les français se sont beaucoup appauvris ces dernières années par rapport à leurs voisins Suisses et Allemands (statistiques récentes sur le PIB par tete en Europe )la question est : comment remonter cette pente fatale où nous sommes engagés
    ... depuis 1.981 ?
    La solution c’est l’entrepreneur : plus d’entrepreneur , c.a.d.plus d’entreprises et par ricochet plus d’emplois .
    et l’entrepreneur se multipliera naturellement (en quelques années quand meme, pas en deux ans ) s’ il n’est pas certain que si il perd il perd sa mise et si il gagne on lui confisque son gain .
    Volilà pourquoi il faut arreter de le menacer d’un retour de l’ISF , il faut au contraire lui faire réver d’une limitation de l’IFI, d’une réduction au bout d’un certain temp de détention des impots sur plus values sur titres , d’une sanctuarisation d’un maximum fiscal de 50% (tous impots y inclus CSG confondus ) à l’IR .

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