Entrepreneurs pour la France

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Le mythe de la RSE (Suite)

Par Gilles Rigourex,
le jeudi 20 juin 2019

Décidément, ce sujet, très français au demeurant, intéresse les uns et les autres. Il est vrai que la fixation d’un objectif pour une entreprise n’est ni facile ni neutre… Ci-dessous un autre avis sur ce sujet qui aurait l’intérêt de séparer un peu plus la valeur de l’entreprise en tant que remplissant une fonction sociale, de celle liée à une pure spéculation financière.

Je pense qu’il y a un point de convergence susceptible de les rapprocher, voire de les concilier : c’est la prise en compte de la notion de temps dans l’économie en général, et dans l’économie d’entreprise en particulier.
Le temps court privilégie les résultats immédiats quels qu’en soient les dommages collatéraux. C’est ce temps court que les traders prennent en compte, avec sa caricature qui est le trading haute fréquence. C’est aussi celui pris en compte, un peu plus long, par nombre de sociétés d’investissements qui cherchent à faire rapidement des plus-values. Je pense que c’est foncièrement pervers.
Le temps long privilégie l’outil de production, réinvestit, etc. C’est le cas des sociétés familiales. Ce qu’on appelait à une époque les placements de bons pères de famille. Il prend aussi évidemment davantage en compte le développement durable, etc.

Aujourd’hui hélas, le temps court a pris le pas sur le temps long. Curieusement, les rôles respectifs de l’Etat et des entreprises se sont inversés. Les entreprises, qui avaient des vues plutôt à court terme dans un environnement relativement stable, sont désormais obligées d’appréhender et d’anticiper en permanence le futur à moyen ou long terme car les choses évoluent tellement vite qu’elles peuvent être balayées avant de s’en rendre compte. Inversement, l’Etat qui s’occupait de planification et de "futurisme", est tellement dépassé par l’ampleur et la rapidité des changements qu’il ne raisonne plus qu’à court terme, renforcé en cela par les revendications des populations.

Le raccourcissement de la durée de détention des actions, les changements d’actionnariat, ont réduit à néant ou tout du moins mis fortement à mal la notion de "capitaux propres" et de "capitaux permanents" des entreprises.

Pénaliser significativement, mais sans l’interdire, le court-termisme (par exemple en taxant fortement le trading haute fréquence qui n’apporte aucune valeur ajoutée) pourrait être une piste parmi d’autres. De même, à l’inverse, exonérer largement, voire complètement toutes les plus-values au-delà de X années de détention, sécuriserait les entreprises.

Une autre réponse susceptible d’adoucir la perception du seul profit comme objectif de l’entreprise, (vision honteuse s’il en est dans notre France bien-pensante) serait d’introduire le client comme co-objectif de l’entreprise. Cela serait une réponse acceptable et bénéfique pour l’entreprise, donc ensuite le salarié, mais aussi pour le consommateur. Cela éviterait également tout nouveau dérapage juridique, la satisfaction du client étant déjà incluse dans les obligations légales [1].

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[1A ce propos, voir l’article d’Yves Buchsenschutz « Faire du profit n’est pas la vocation d’une entreprise » du 6 Septembre 2017.

1 réactions :

  • 1. Par Robert Marchenoir, le lundi 24 juin 2019 (21:32)
    A la bonne heure...

    Que voilà des propos raisonnables. Les mesures fiscales que vous proposez restent dans les limites du rôle qu’un libéral peut reconnaître à l’Etat. Quant à la philosophie de l’entreprise que vous exposez, elle est évidemment frappée au coin du bon sens.

    J’ajouterais cependant qu’il est absurde d’ajouter une millième couche à la tartine législative, en prétendant définir ce que devraient être les principes d’une entreprise. Ce débat relève de la discussion entre entrepreneurs, de l’université, du débat entre citoyens... mais certainement pas de la loi.

    Pas plus que nous ne devrions empiler principe sur principe dans la Constitution, à chaque fois qu’un politicien veut faire profession de vertu.

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