Entrepreneurs pour la France

Des chefs d’entreprises au service de l’emploi

Accueil > Les impasses > La fuite sociale

Le « en même temps » a consisté depuis le début à reprendre d’une main ce que l’on donne de l’autre

Par Gilles Rigourex,
le dimanche 2 décembre 2018

Les gilets jaunes et la popularité du mouvement traduisent le ras-le- bol fiscal de tous les Français, des retraités, des commerçants, des salariés du privé, des fonctionnaires, des entrepreneurs, des chômeurs. Tant que la France restera championne du monde des prélèvements fiscaux et sociaux, l’économie ne repartira pas, l’industrie végètera, le chômage se maintiendra à son niveau endémique, les Français par nature râleurs descendront dans la rue ou soutiendront ceux qui le font.

La hausse des taxes sur les carburants n’est que la goutte d’essence qui a fait déborder le réservoir, hautement inflammable. Elle cristallise tous les mécontentements sous la bannière politiquement irréfutable du « pouvoir d’achat ».

Vouloir éteindre l’incendie par des palabres nationaux, régionaux, locaux, revient à cacher la réalité derrière des écrans de fumée, et relève d’une totale inconscience et surtout d’une totale ignorance des mécanismes économiques élémentaires et de leurs répercussions sociales. Fillon l’avait dit et s’était fait brocarder par toute la classe politique, par tous les médias, par tous les corps constitués, et par l’opinion incrédule : la France est en faillite. L’Etat est aux abois, et se trouve contraint de compenser toute baisse fiscale ou sociale par une hausse équivalente ailleurs, et ceci le plus subrepticement possible pour que ça ne se voie pas.

La France n’est plus présidée à l’Elysées ni gouvernée à Matignon, elle est l’otage de l’Administration de Bercy.

Le « en même temps »

Ce n’était plus le « ni – ni », mais le « en même temps ». Tout le monde y a cru et a applaudi dans les urnes. En même temps de gauche et de droite, en même temps libéral et social. Monsieur Macron allait réconcilier les Français avec eux-mêmes.

Sauf que le Français, sans doute comme tous les humains, a un fonds de jalousie, et qu’il est extrêmement attaché non pas à l’égalité des droits, inscrite dans la Constitution, mais à l’égalité des résultats qui sous-tend toute la politique française depuis l’après-guerre. Le SDF est jaloux du SDF mieux loti que lui, et Carlos Ghosn est jaloux de la rémunération du CEO de General Motors. Cela joue à tous les niveaux de la pyramide, et donc l’Etat passe son temps à éteindre les jalousies en multipliant les compensations, les petites niches. Chaque fois qu’il augmente la pression fiscale ou sociale sur tout ou sur une catégorie de citoyens, il doit inventer les exceptions rendant cette nouvelle pression acceptable.

Pour la façade, il communique essentiellement sur la réduction de la pression ou sur les nouveaux avantages concédés : suppression de la taxe d’habitation, remplacement du CICE par la baisse pérenne des charges sociales, augmentation des allocations pour les personnes handicapées, etc. Donc il œuvre en faveur du pouvoir d’achat. Et il tente, vainement, de compenser son erreur de timing et de communication sur la suppression de l’ISF en clamant haut et fort qu’il le fait principalement pour les personnes les plus modestes.

Bien entendu, l’Administration de Bercy, et plus généralement toutes les Administrations, y trouvent parfaitement leur compte et s’efforcent de multiplier les impôts ou cotisations et leurs compensations ou exonérations, car cela légitime leur existence. Même s’il advient fréquemment que les agents de l’Administration ne sachent pas eux-mêmes comment fonctionne et comment doit s’appliquer cette énorme machine à redistribuer un argent que l’Etat n’a plus, ce qui l’oblige à emprunter sans fin, ces agents, au pouvoir souvent discrétionnaire, se rendent incontournables.

Deux exemples parmi d’autres de « je donne d’une main ce que je reprends de l’autre »

La taxe d’habitation

La suppression de la taxe d’habitation défraye la chronique et envahit nos médias depuis des mois. Tous les maires sont vent debout et le font savoir. Car la taxe d’habitation est l’une de leurs principales ressources budgétaires, et nombre de communes ont des finances à peine équilibrées. Devinez pourquoi aujourd’hui plus de 50% des maires n’envisagent pas de se représenter aux prochaines élections municipales, score jamais atteint jusqu’à présent !

Pourtant, « en même temps », l’Etat annonçait à grands cris que « l’Etat compensera ». C’était vite dit, car Bercy panique puisque l’Etat se rend compte mais un peu tard qu’il ne sait pas comment la financer. Alors on va peut-être « en même temps » enlever aux départements un morceau de la Taxe foncière pour la donner aux communes. Mais les présidents des départements, dont certains sont aussi en difficulté suite aux multiples transferts de responsabilité et de charges dont l’Etat leur fait le cadeau empoisonné, ne l’entendent pas ainsi.

Alors où trouver l’argent ? Partout où l’on peut gratter. L’augmentation de la fiscalité sur les carburants en fait partie car, contrairement à ce que croient nombre de Français abusés par le matraquage médiatique du Gouvernement affirmant qu’elle est indispensable pour la transition écologique, elle tombe dans le pot commun des recettes de l’Etat et ne servira que minoritairement à financer ladite transition. L’Etat reprend à la pompe ce dont il a besoin pour compenser la suppression de la taxe d’habitation

Connaissez-vous la CVEC ?

Dans le souci légitime d’alléger le budget des étudiants, et peut-être de faire taire les polémiques sur la gestion calamiteuse des organismes en charge de cette sécurité sociale spécifique (MGEN, etc.), l’Etat a supprimé à la rentrée 2018 la cotisation à la sécurité sociale pour les étudiants, qui s’élevait pour ceux non couverts par leurs parents à 217 € l’an. Les étudiants sont désormais rattachés au régime commun de la sécurité sociale. Qui compense cette charge nouvelle ?

Mais « en même temps » il a instauré la Contribution de vie étudiante et de Campus (CVEC) par le décret n° 2018-564 du 30 juin 2018, en application de la loi n° 2018-166 du 8 mars 2018. Une 361ème taxe, impôt, cotisation, contribution, … [1] La CVEC est perçue et encaissée par le CNOUS (Centre National des Œuvres Universitaires et Scolaires) et ses 29 CROUS régionaux, qui deviennent ainsi collecteurs et répartiteurs de cette « contribution » volontaire obligatoire. Ce n’est pas un hasard, car ces derniers temps l’Etat avait sévèrement rogné de plusieurs dizaines de millions les dotations au CNOUS et aux CROUS au grand mécontentement des organisations étudiantes. Sachant qu’il y a 2,6 millions d’étudiants en France, mais en retenant l’hypothèse que 2 millions seulement seront redevables de la CVEC, la recette potentielle serait de l’ordre de 180 millions €. De quoi calmer les têtes brûlées qui oseraient braver la hausse des carburants pour confectionner des cocktails Molotov. Les gilets jaunes ça suffit, gardons nous de reproduire mai 1968.

A quoi va servir la CVEC ? Les responsables de CROUS interrogés ne le savent pas eux-mêmes. Encaissons, on saura bien en faire quelque chose ! Une chose est sûre : les étudiants qui ne bénéficient pas des hébergements et services des CROUS cotiseront et n’auront droit à rien en retour.

Conclusion

Tant que nos responsables politiques de quelque bord qu’ils soient ne comprendront pas que l’avenir économique et social de la France passe obligatoirement par une réduction drastique de la pression fiscale et sociale, nous ne nous relèverons pas. Si l’on veut stopper le décrochage rampant auquel on assiste et pouvoir affronter les inévitables tempêtes futures (hausse des taux d’intérêts, éclatements de bulles immobilières ou financières, etc., il faut s’y attaquer résolument, l’expliquer simplement aux Français et mettre réellement en œuvre les mesures qui s’imposent, au rang desquelles la réduction drastique des dépenses publiques. En attendant, les gilets jaunes et les populistes fleuriront et nous tireront vers l’inconnu, hélas sans doute pour le pire.

- Suivez EPLF sur Twitter -
notre revue de presse quotidienne

[1Désormais, « tout étudiant inscrit en formation initiale dans un établissement d’enseignement supérieur est ainsi redevable, par paiement ou exonération, de cette imposition de toute nature » (cf. courrier du Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation » en date du 19 octobre 2018). Le montant annuel, indexé sur l’indice des prix, est fixé à 90 € pour 2018 – 2019. Les boursiers en sont exonérés.

3 réactions :

  • 1. Par Sarah LENTY, le dimanche 2 décembre 2018 (19:49)
    Rien n’a changé

    A part le prénom, vous voyez une différence avec aujourd’hui, vous ?

    https://www.youtube.com/watch_popup?v=VnPALs2q1YI&feature=youtu.be

  • 2. Par hamon, le dimanche 2 décembre 2018 (21:04)
    Deficit

    Ce serait bien d évoquer le budget 2019... 350mds de dépenses et 280 mds de recettes.... voilà qui va réduire la dette. Au passage 1000€de plus sur le dos de chaque français 2500 sur chaque français au travail

  • 3. Par Eschyle 49, le dimanche 2 décembre 2018 (23:56)
    Regardez la date , 45.960 vues .

    Regardez la date , 45.960 vues :
    https://reseauinternational.net/avons-nous-elu-un-fou/

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message