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La France en révolte : faut il compatir à la jacquerie des gilets jaunes ?

Par Claude Sicard,
le mercredi 5 décembre 2018

La révolte des gilets jaunes révèle aux Français l’état dans lequel se trouve aujourd’hui notre Economie. Leur revendication principale porte sur le pouvoir d’achat des ménages : ces Français en colère nous disent qu’ils ne parviennent pas à faire face à leurs fins de mois. Ils se sentent écrasés par les impôts et les taxes. De partout s’élève le même cri, à propos de cette nouvelle taxe sur les carburants, dite écologique : « Trop c’est trop ! ». C’est, en effet, en France que la pression fiscale est, aujourd’hui, la plus importante en Europe, les prélèvements obligatoires atteignant à présent 47,6 % du PIB, alors que la moyenne des pays de l’UE est à 39,2 %.

Ce phénomène fiscal est d’autant plus mal ressenti que le PIB /tête des Français est très loin d’être l’un des plus élevés d’Europe, comme le montre le graphique suivant :

PIB / tête en Europe en 2017 (US $)

Nous en sommes à un PIB de 38.476 US$/tête actuellement, alors que l’Allemagne en est à 44.469 dollars, le Danemark à 56.307 dollars, la Norvège à 70.807 dollars, et la Suisse à 80.189 dollars. La France, dans l’UE, se situe seulement en 11e position, selon cet indicateur de richesse.

Les gilets jaunes qui ont déclenché cette jacquerie ne comprennent pas les raisons pour lesquelles ils ont des problèmes de fins de mois, et ils se retournent donc contre le jeune président qu’ils viennent d’élire pour lui demander des comptes. Partout, fleurissent des pancartes « Macron démission ». Cette faiblesse de revenu est beaucoup aggravée par des prélèvements obligatoires qui sont extrêmement élevés, les plus élevés d’Europe, en sorte qu’une bonne partie des revenus se trouve masquée. Elle est constituée par les nombreux services gratuits auxquels les individus peuvent accéder dans leur vie quotidienne : soins de santé, écoles, transports publics à prix réduits car fortement subventionnés, etc. La population n’y songe pas : elle s’en réfère seulement aux revenus qui sont perçus directement, sous forme monétaire, omettant tous les services gratuits fournis par la collectivité. D’où un sentiment aggravé de « pauvreté ».

Notre Président a commis, en fait, deux erreurs majeures : d’une part il n’a pas pris la précaution d’expliquer aux Français, en prenant en charge les destinées du pays, l’Etat réel dans lequel se trouve l’Economie du pays, et, d’autre part, il a pris pour lancer son train de réformes, le problème à l’envers.

La France paye chèrement, aujourd’hui, les erreurs des gouvernements qui depuis la fin de la période des Trente Glorieuses ont laissé décliner à vive allure notre secteur industriel : celui-ci ne représente plus, aujourd’hui, que 11 % du PIB, alors qu’il devrait se situer à, au moins, 18 %, la norme européenne étant de 20 %. Les effectifs de notre secteur industriel sont passés de 6,8 millions de personnes à la fin des années 1970 à seulement 2,7 aujourd’hui. On doit considérer qu’il nous manque environ 1,8 million de personnes dans ce secteur. Si ces effectifs existaient, le secteur des services se trouverait renforcé de 3,6 millions d’emplois supplémentaires, les économistes considérant qu’un emploi dans le secteur secondaire induit au moins deux emplois dans le secteur tertiaire. Le PIB de notre secteur industriel se trouverait majoré de 180 milliards €, et celui des services de 232 milliards €, soit au total 412 milliards €. C’est le montant qui manque actuellement au PIB de notre pays, du fait des erreurs passées. Le PIB/tête des Français se situerait au niveau de celui des Allemands, et il n’y aurait plus de chômage. Tout ceci, malheureusement, n’a pas été dit aux Français, d’où cette jacquerie qui ébranle le pays. Emmanuel Macron n’a pas voulu expliquer la situation très difficile dans laquelle se trouve l’Economie du pays, sans doute pour ne pas dégrader par trop l’image de la France dans le monde.

La fonte de notre secteur industriel a créé des dégâts considérables. Elle explique ce taux de chômage très élevé que les gouvernements qui se sont succédé ne sont jamais parvenus à réduire, et elle a provoqué un phénomène de désertification des campagnes. C’est ce que met au grand jour la révolte des gilets jaunes. Les observateurs de la vie politique nous parlent ainsi d’une fracture profonde existant entre la France des grandes agglomérations et celle des « périphéries », entre les villes qui bénéficient de la mondialisation et une France rurale, conservatrice, qui se sent abandonnée.

Pour tenter de remédier aux dégâts causés par la fonte de notre secteur industriel, les gouvernements successifs ont laissé filer les dépenses publiques, celles-ci comportant un volet « dépenses sociales » extrêmement important : 58,8 %, actuellement, de l’ensemble des dépenses publiques. Rapportées au PIB, nos dépenses sociales représentent 31,5 % du PIB (chiffres OCDE), alors quelles ne sont que de 23 % aux Pays Bas, et 24 % en Allemagne. Ce phénomène de compensation d’un niveau de richesse insuffisant par des dépenses sociales élevées est d’ailleurs courant, comme le montre le graphique ci-dessous :

Corrélation Dépenses sociales/PIB et Production industrielle/PIB

On voit, sur ce graphique, où les taux d’industrialisation des pays sont comptés selon la définition de la Banque Mondiale, combien la France a consenti d’efforts en matière d’aides sociales, comparativement aux autres pays. Elle se situe très au dessus de la droite de corrélation, et l’on ne peut donc guère critiquer le gouvernement actuel. Il faut rappeler que l’on en était à 14,3 % seulement du PIB en 1959. Les économies que réclament les citoyens ne peuvent pas porter sur les dépenses sociales : ce serait insupportable pour la population. Restent donc les autres dépenses : celles de l’Etat et celles des collectivités territoriales.

Seconde erreur commise par Emmanuel Macron : il a pris le problème des reformes à l’envers. Il a procédé trop tôt à la réforme de l’ISF. Il eût fallu, au préalable, réformer profondément la fiscalité française, ainsi que notre droit du travail, en s’inspirant par exemple de la Suisse. Ceci, afin que les détenteurs de capitaux soient en mesure de se mettre en route pour investir dans les entreprises qui se créent, en jouant comme cela est attendu d’eux, le rôle de « business-angels ». Cela n’a pas été fait, et Emmanuel Macron se trouve affublé, maintenant, de l’étiquette de « Président des riches », un qualificatif qui constitue pour lui un handicap très sérieux pour mener à bien son train de réformes.

Que faut-il faire, à présent ? Indubitablement, ne pas appliquer aux carburants la taxe carbone qui est pour les Français une taxe de trop. La France est un pays sinistré du fait de la perte d’une bonne partie de son secteur industriel : or, celui-ci, comme nous l’avons montré dans un article précédent, constitue l’élément clé de la richesse des pays. La France est le pays qui, en Europe, a le taux d’industrialisation le plus bas, la Grèce mise a part. Elle est, par ailleurs, et ce n’est pas un hasard, le pays qui en Europe a le taux le plus faible d’émission de CO2 par habitant : 4,38 T/an, contre 5,65 en Grande Bretagne et 8,90 T/an en Allemagne. La Chine en est à 7,50 T/habitant, et les Etats Unis à 16,50 T/habitant ! Les émissions de CO2 de notre pays ne représentent que 1,4 %, tout au plus, de la pollution mondiale.

Il faut donc faire admettre à nos partenaires qu’il faut laisser aux Français le temps de reconstituer leur appareil productif pour qu’ils soient en mesure d’apporter une contribution significative aux efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre. D’ailleurs, n’est-on pas totalement certains que les modifications de climat qui affectent notre planète soient réellement dues aux activités humaines. Sans doute, Emmanuel Macron a-t-il eu tort de vouloir trop vite se faire le chantre de la lutte à mener pour le sauvetage de la planète.

Claude Sicard, économiste, consultant international

NB : ceci ne peut pas excuser le blocage et la mise à feu et à sang du pays. Actes purement antidémocratiques.

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