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Dépenses publiques :
Comprendre les raisons réelles des dérives françaises

Par Claude Sicard,
le jeudi 24 octobre 2019

Les dépenses publiques sont extrêmement importantes en France, et elles ne cessent de croître d’année en année. On en est actuellement à 56,4% du PIB, alors que l’on en était à seulement 34,6 % en 1980 : la progression est donc considérable. En Allemagne, il s’agit de 43,9% seulement, et aux Etats-Unis de 37,7%. On ne peut donc que s’interroger pour savoir quelles en sont les raisons ?

Tous les observateurs de la vie économique du pays s’inquiètent d’un taux aussi élevé, car il implique obligatoirement des prélèvements obligatoires extrêmement importants, prélèvements qui asphyxient finalement l’Economie du pays. La France est ainsi devenue le pays connaissant la fiscalité la plus lourde de tous les pays européens, et elle vient même de battre le Danemark en cette matière. Et, phénomène aggravant, ces prélèvements obligatoires ne parviennent plus, depuis une quarantaine d’années, à couvrir toutes les dépenses, en sorte que l’Etat se trouve contraint, chaque année, de recourir à des emprunts pour boucler ses budgets. La dette publique du pays en est ainsi venue à avoisiner maintenant le montant du PIB.

Ce qui est frappant c’est que l’on accuse de toute part le montant trop élevé des prélèvements obligatoires d’être la cause des maux dont souffre l’Economie du pays. Ce serait parce que les impôts et les taxes sont trop élevés dans notre pays que l’Economie française se porterait mal. Nous allons voir que l’on confond, ce faisant, les causes avec les effets. Il faut se défier d’une vision trop simpliste des mécanismes de fonctionnement de l’Economie de notre pays, et comprendre d’où vient réellement le mal.

Les dépenses publiques se sont élevées à la somme de 1291,9 milliards d’euros en 2017, se ventilant de la façon suivante :

Dépenses publiques (milliards €)
Etat et collectivités territoriales 454,9
Dépenses sociales 759,5
Investissements 77,5
Total 1.291,9

Ces dépenses, que l’on juge tout à fait considérables, doivent être comparées avec celles des autres pays, et pour pouvoir donner un sens à ces comparaisons, il faut, ce que l’on néglige toujours de faire, tenir compte du niveau de développent économique des pays. Il va de soi, en effet, que plus un pays est riche plus il a la possibilité de dédier des moyens au bon fonctionnement de ses services publics et au bienêtre des citoyens. C’est donc l’objet de la corrélation suivante, où le niveau de richesse des pays est exprimé par les PIB/tête, et les dépenses publiques sont calculées per capita, en US$.

On voit sur ce graphique que les dépenses publiques, en France, se trouvent au-dessus de la droite de corrélation, celle-ci indiquant ce qu’est statistiquement la « normalité » en la matière. L’équation de la droite nous indique que pour le PIB/tête qui est le nôtre nous avons un excès de dépenses publiques de 19,6%, soit 253 milliards d’euros, pour ce qui est de l’année 2017.

Les dépenses de fonctionnement de l’Etat et des collectivités territoriales

Le graphique ci-dessous montre comment se situent en France les dépenses de fonctionnement de la fonction publique et des collectivités territoriales, calculées, comme précédemment, per capita, en tenant compte des PIB/tête des pays :

On voit, sur ce graphique, que contrairement aux idées reçues les dépenses de fonctionnement de l’Etat et des collectivités territoriales sont sensiblement normales. L’équation de la droite nous indique que ces dépenses, en France, sont de seulement 8,7% supérieures à « la normale », soit, pour l’année 2017, la somme de 39,6 milliards, ce qui pourrait s’expliquer, en partie, par le budget de la Défense qui est plus important qu’ailleurs. Nous garderons néanmoins ce chiffre, sans le corriger, pour les calculs qui vont suivre.

Les dépenses sociales en France

Les dépenses sociales se sont élevées à 759,5 milliards d’euros, en 2017. Si la France se trouvait dans les normes, en matière de dépenses publiques, nous devrions avoir la situation suivante :

Année 2017 : Situation « Normale »
Etat et collectivités territoriales 454,9 420,3
Dépenses Sociales 759,5 541,1
Investissements 77,5 77,5
1.291,9 1.038,9

Nous voyons ainsi que les dépenses sociales de la France étaient cette année-là en excès de 218,4 milliards d’euros, soit 29,8% de trop. Il s’agit donc d’une distorsion considérable par rapport à la « normale ».

Avec le chiffre que nous indiquons, traduisant ce que serait une situation « normale », les dépenses sociales représenteraient 23,7% du PIB, chiffre alors tout à fait habituel.

Pourquoi des dépenses sociales aussi considérables ?

Cette question n’est jamais vraiment posée. Ou du moins incrimine-t-on le résultat des luttes syndicales pour la défense des travailleurs. Certes, ce sont là des phénomènes sociologiques bien français, vu les orientations longtemps marxistes des syndicats, mais il faut en comprendre l’origine réelle. Elle se trouve dans le déclin extraordinairement important de notre appareil industriel, et la jacquerie des gilets jaunes qui s’est déclenchée en novembre 2018 en a été une nouvelle illustration. Le secteur industriel, en France, n’intervient plus que pour 10% dans la formation du PIB alors que sa contribution normale devrait le situer aux alentours de 20%. En Allemagne, il s’agit de 24%, et en Suisse de 22% ou 23%. Les pouvoirs publics sous les pressions populaires ont donc été amenés à accroître, sans cesse, les dépenses sociales sous les formes les plus diverses, pour remédier aux conséquences désastreuses de la grave désindustrialisation du pays.

Le graphique ci-dessous montre que les dépenses sociales, dans les pays, sont d’autant plus élevées que la production industrielle est faible. La production industrielle est calculée, ici, par habitant, selon les données de la BIRD fournies en pour cent des PIB.

On voit sur ce graphique que la France se trouve très nettement au-dessus de la droite de corrélation ; elle fait donc beaucoup plus que les autres pays pour compenser les effets délétères de la désindustrialisation du pays, et c’est bien là, avant tout, ce qui explique cet excédent extraordinaire de dépenses publiques en France, des dépenses terriblement gonflées par les dépenses sociales.

Dépenses publiques et lutte contre les inégalités

Nous avons montré que le gonflement des dépenses publiques en France s’expliquait par la croissance extraordinaire des dépenses sociales, la collectivité faisant pour les habitants, en la matière, plus que la moyenne des autres pays. Cela s’explique par cette soif inextinguible d’égalité existant dans le peuple français qui a mis, d’ailleurs, le mot égalité dans la devise de la République.

Le graphique ci-dessous montre l’impact qu’ont les dépenses publiques sur les inégalités dans les pays, celles-ci étant mesurées, ici, par ce que les économistes appellent l’« indice de Gini ». Plus cet indice est élevé, plus les inégalités sont grandes.

On voit sur ce graphique que la France se trouve exactement sur la droite de corrélation, ce qui signifie que les efforts qu’elle consent pour lutter contre les inégalités sont couronnés de succès. Elle a un indice de Gini qui correspond bien aux efforts qui sont consentis en matière de dépenses publiques : la seule remarque que l’on puisse faire est que ces efforts, tout à fait considérables, se situent bien au-dessus de ses moyens financiers. Ce pays a ainsi un niveau de prélèvements obligatoires record, et un endettement qui ne cesse de croître d’année en année.

Il faut donc être conscient que restreindre les dépenses publiques ne pourra se faire qu’en s’attaquant aux dépenses sociales, ce qui, politiquement, est extrêmement difficile, quelle que soit la couleur politique des responsables au pouvoir. Faute de mieux, les responsables politiques parlent de réduire le nombre des fonctionnaires, mais ce n’est pas cela qui résoudra le problème français. Si, demain, on voulait que notre économie puisse être beaucoup plus dynamique, il faudrait que la société soit prête à admettre que l’on aille vers davantage d’inégalités : le coefficient de Gini, aux Etats-Unis, est de 41,5 contre 29,4 pour la France, aujourd’hui.

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6 réactions :

  • 1. Par zelectron, le jeudi 24 octobre 2019 (13:14)
    Le clientèlisme

    C’est de là dont nous vient tout le mal, ce galeux, ce pelé, ce tondu . . . citoyen lambda, électeur à cajoler, travailleur racketable, proprio trop foncier, les ponctionnaires ont des besoins effrénés qu’il faut satisfaire, eux qui sont indispensables et si nécessaires à la survie de la Nation.

  • 2. Par Bertrand Nouel, le jeudi 24 octobre 2019 (16:04)
    Quelques précisions

    L’écart actuel considérable entre les dépenses publiques de la France et de l’Allemagne (13 points de PIB), alors qu’il était nul en 2010 est aussi à relier à la stagnation du PIB français depuis la crise, les dépenses ayant évidemment augmenté en volume depuis 2010 de leur côté.

    En 2018, les dépenses de protection sociale ont été de 787 Mds, dont 741 Mds de prestations et 46 Mds de frais de gestion/frais financiers (!!). Les ressources de protection sociale ont été de 798 Mds, soit un excédent de 11 Mds, mais patatras à partir de 2020 les comptes repartent dans le rouge avec les dépenses "GJ " notamment, de sorte que le remboursement de la dette CADES est en grand danger (voir Cour des comptes).

    Ce sont les dépenses chômage et surtout les retraites qui sont les plus élevées par comparaison avec les autres pays (14% du PIB pour les retraites, soit 4% de plus qu’en Allemagne). La tâche paraît impossible politiquement...

    Cela dit, c’est dans tous les secteurs que les dépenses publiques sont plus élevées qu’en Allemagne, sauf, étonnamment, pour les dépenses d’assistance. Notamment enseignement, mais là aussi la tâche est difficile, et on notera que Macron ne s’y pas vraiment encore attelé.

  • 3. Par gaston79, le vendredi 25 octobre 2019 (08:33)
    quelles dépenses ?

    Ces chiffres sont intéressants mais leur interprétation mérite un commentaire : la majorité des prélèvements sociaux et des dépenses sociales françaises sont exercés par le monopole d’Etat et régimes assimilés (la Sécu). Cela ne veut pas dire que dans les autres pays ces prélèvements et dépenses sont inexistants bien que réalisés par des organismes privés volontaires. A titre d’exemple, la majorité des dépenses sociales françaises (en gros la moitié), concerne les retraites. Or nous ne connaissons pas en comparaison les cotisations et prélèvements des dépenses de retraite volontaires des pays voisins comparés. En réalité, ce qu’il faudrait comparer, toutes choses égales par ailleurs - à partir notamment des montants totaux de cotisations et prélèvements sociaux et des dépenses sociales de tous les pays comparés – c’est d’une part le rapport au PIB et d’autre part la différence de taux entre un système social étatisé et ses systèmes sociaux plus libres.
    Il est probable qu’on en déduirait que le système social obligatoire prélève en effet et redistribue plus que les systèmes libres, et qu’il est largement moins efficient , c’est-à-dire qu’à dépenses et prélèvements comparables, il améliore moins bien le coef de Gini.
    Car il finance évidemment au passage des intermédiaires coûteux et souvent supplétifs , les syndicats, les représentants du paritarisme, les fonctionnaires et leur organisation bureaucratique souvent opaque et inadaptée.
    Le surcroit de prélèvements et de dépenses sociales françaises est surtout le résultat de l’étatisation forcenée du système qui en réduit mécaniquement l’efficience, probablement de plus de 20 % vs des systèmes libres, ce qui explique à mon sens les différences avec nos voisins.

  • 4. Par gaston79, le vendredi 25 octobre 2019 (08:34)
    quelles dépenses ?

    Ces chiffres sont intéressants mais leur interprétation mérite un commentaire : la majorité des prélèvements sociaux et des dépenses sociales françaises sont exercés par le monopole d’Etat et régimes assimilés (la Sécu). Cela ne veut pas dire que dans les autres pays ces prélèvements et dépenses sont inexistants bien que réalisés par des organismes privés volontaires. A titre d’exemple, la majorité des dépenses sociales françaises (en gros la moitié), concerne les retraites. Or nous ne connaissons pas en comparaison les cotisations et prélèvements des dépenses de retraite volontaires des pays voisins comparés. En réalité, ce qu’il faudrait comparer, toutes choses égales par ailleurs - à partir notamment des montants totaux de cotisations et prélèvements sociaux et des dépenses sociales de tous les pays comparés – c’est d’une part le rapport au PIB et d’autre part la différence de taux entre un système social étatisé et ses systèmes sociaux plus libres.
    Il est probable qu’on en déduirait que le système social obligatoire prélève en effet et redistribue plus que les systèmes libres, et qu’il est largement moins efficient , c’est-à-dire qu’à dépenses et prélèvements comparables, il améliore moins bien le coef de Gini.
    Car il finance évidemment au passage des intermédiaires coûteux et souvent supplétifs , les syndicats, les représentants du paritarisme, les fonctionnaires et leur organisation bureaucratique souvent opaque et inadaptée.
    Le surcroit de prélèvements et de dépenses sociales françaises est surtout le résultat de l’étatisation forcenée du système qui en réduit mécaniquement l’efficience, probablement de plus de 20 % vs des systèmes libres, ce qui explique à mon sens les différences avec nos voisins.

  • 5. Par YVES BUCHSENSCHUTZ, le samedi 26 octobre 2019 (11:43)
    Et si au moins on s’arrêtait .....

    Tout ceci me paraît bien posé mais là où je ne suis pas d’accord c’est sur l’impossibilité de remédier à cet état de fait : à défaut de supprimer des aides, on pourrait au moins arrêter d’en créer : je suis bien incapable de les citer toutes de manières exhaustives mais depuis le début de 2019 nous avons déjà ajouté au tas existant le passeport jeune (500 € par jeune de 18 ans !), les nouvelles aides yeux, oreilles et dents, la PMA prise en charge par la SS c’est-à-dire la collectivité, l’aide aux aidants, en cours .... sans parler de l’interdiction de la corrida aux mineurs (qui paiera le contrôle ?). Pourrait-on déjà interdire à un Ministre de pondre une nouvelle loi sans en calculer le coût et en assurer le financement sur son budget existant ? Ensuite on pourrait introduire la notion de productivité ... tout doucement bien entendu. Toutes les entreprises de la terre ont réagi comme cela quand le vent soufflait trop fort !

  • 6. Par zelectron, le lundi 28 octobre 2019 (12:58)
    Serait-ce que tout l’appareil d’état, élus compris, est électoraliste ?

    Comment explique que tant d’organismes cooptent leurs proches (y compris en opinions politiques), que les postes qui se libèrent dans l’administration sont pris d’assaut par des gens qui ont le feu sacré de l’état comme moi je suis évêque ? que les propagandistes de gauche sont tout de suite alertés pour circonvenir le nouvel élu alors que ceux de droite dorment ?
    Tout le monde sait que l’appareil d’état est très majoritairement de gauche et ce n’est pas prêt de s’arrêter !
    Alors les dépenses ! les dépenses sont gratuites c’est l’état qui paye y compris les salaires et les à cotés plus que confortables des fonctionnaires pour les 20 et quelques années de leurs retraites sans oublier la pension totale de réversion au conjoint survivant.
    L’état s’occupant en outre de ce que dit fort bien l’article ci-dessus avec un volet social pléthorique et contrôlé à la va comme je te pousse.

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