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Déboulonnage des statues : une civilisation à défendre !

Par Bertrand Nouel,
le jeudi 25 juin 2020

La destruction des statues de nos glorieux ancêtres, tentée par la population « de couleur » de divers pays du monde à commencer par les Etats-Unis, et étendue à la France, ne manque pas de faire scandale. Emmanuel Macron s’est vite emparé du sujet en affirmant vigoureusement que « la République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire. Elle n’oubliera aucune de ses œuvres. Elle ne déboulonnera aucune de ses statues. » Fort bien, l’immense majorité des Français ne pourra qu’applaudir à cette défense de ce qui n’est rien d’autre que notre culture, et avec elle, osons le dire, notre civilisation.

Il est en effet facile de rétorquer à ces destructeurs qu’on ne saurait juger des faits et gestes des générations qui ont précédé la nôtre, aussi loin soient-elles dans le passé, selon les valeurs d’aujourd’hui ; que les populations d’Afrique, dont lesdits destructeurs sont les descendants, ont pratiqué (et pratiquent quelquefois encore) l’esclavage bien plus durement que ne l’ont fait les Français jusqu’à Victor Schoelcher, ou les Américains jusqu’aux contemporains des héros d’ « Autant en emporte le vent » ; qu’enfin, comme le rappelle le Fig mag de cette semaine, on peut avoir vécu dans un siècle pratiquant l’esclavage, et l’avoir même défendu, ou rétabli comme Napoléon, sans cesser pour autant d’être un héros digne de tous les hommages de sa nation pour les immenses services rendus par ailleurs. Il y a dans tout cela l’erreur fondamentale de personnaliser la responsabilité des actes qui ne plaisent pas, ce qui est au fond une hypocrisie pour disculper les Français d’avoir commis des horreurs (vues d’aujourd’hui), alors que cette responsabilité est collective, elle est la traduction des mœurs de l’époque. Et tout cela est complexe, la Révolution par exemple détruisit les symboles de l’Ancien Régime, mais en même temps réhabilita sous la Terreur le Chevalier de La Barre (brûlé vif en 1766 pour blasphème) au nom des Lumières...

On ne saurait cependant se contenter de ces quelques timides réflexions, qui paraissent au fond relever de l’excuse. Il faut aller plus loin dans la défense. Toutes les civilisations, en effet, ont détruit ou tenté de le faire, les symboles des civilisations qui les ont précédées. Petit survol historique :

- Au XIVème siècle avant JC, le pharaon Akhenaton fit démolir les statues de Louxor ou marteler les visages des dieux en exécution de sa décision révolutionnaire de créer une nouvelle religion consacrée au dieu Aton.
- Nous sommes en 150 avant JC quand Caton l’Ancien s’écria « Delenda est Carthago », avant que Rome parvienne effectivement à rayer la ville de la surface de la terre, et… vende ses habitants comme esclaves, habitude de l’époque.
- Pour rester en France, les terribles guerres de religion du XVIème siècle entraînèrent la destruction de quantité d’édifices religieux par les protestants. Ainsi, en 1529, le premier martyr protestant fut supplicié (horriblement) pour avoir brisé des statues de la Vierge.
- Deux siècles plus tard, la Révolution fut l’occasion de la destruction idéologique des symboles de pouvoir et religieux de l’Ancien Régime : églises, monastères, châteaux, mutilation des statues des rois de France. Il est intéressant de voir que cette fois ces destructions ne se sont pas produites dans un contexte de guerre, mais par décision ordonnée par les représentants légitimes du peuple. C’est en effet l’Assemblée nationale qui décrète ces destructions par pur iconoclasme, afin d’effacer toute trace d’un Ancien Régime honni.
- Tout près de nous, la république islamique a détruit méthodiquement à grands renforts de canonnades les statues géantes des Bouddhas de Bamiyan, jugées idolâtres par le mollah Omar (Afghanistan, 2014), avant de s’attaquer à tous les monuments religieux des territoires qu’elle contrôlait en Syrie (Palmyre), Irak (les églises chrétiennes de Mossoul) et Libye.
- A l’Est, il y a eu les déboulonnages solennels des statues de Staline, en sens inverse l’immense portait de Mao trônant toujours place Tian’anmen malgré les dégradations régulières, sévèrement réprimées, ou encore l’obligation de tout visiteur de Corée du Nord, avant toute chose, de s’incliner avec respect devant les statues de Kim il sung et Kim jong il.

Certes, les statues dont il est question aujourd’hui en France ne sont pas franchement des œuvres d’art, mais le patrimoine culturel n’est pas composé que d’œuvres d’art. Comme on vient de le voir, à travers l’Histoire la statuaire ou la représentation humaine ou divine sous diverses formes prend dans tous les pays, et à travers les âges, une très grande importance symbolique, reflétant le pouvoir et la religion dominante d’une civilisation. N’oublions pas non plus que la religion islamique proscrit totalement la représentation de la divinité, comme la destruction spectaculaire des bouddhas de Bamiyan l’a montré aux yeux du monde horrifié. Ce sont donc des symboles de civilisation qui sont visés par les attaques portées contre les statues et les représentations humaines.

Alors, ne nous méprenons pas par ignorance. Les Français qui se réclament de leur tradition séculaire ont, depuis les Lumières, perdu de vue l’importance des symboles. Mais il n’en est pas de même de ceux – possiblement aussi Français – qui ne se réclament pas des mêmes traditions et pour qui ces symboles ont conservé une signification vivace. Les revendications que ces derniers adressent aujourd’hui au gouvernement français n’ont donc rien d’anecdotique ; il ne s’agit pas non plus simplement de demander à la France de renier son passé, de le censurer, ce que les auteurs de ces revendications se refuseraient d’ailleurs à faire en ce qui les concerne. A travers notre patrimoine culturel, c’est bien plus que cela, c’est notre civilisation qui est en cause, c’est notre civilisation qu’il nous faut maintenant défendre absolument.

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6 réactions :

  • 1. Par Claude Sicard, le jeudi 25 juin 2020 (10:35)
    Choc des civilisations

    Vous avez mille fois raison, et je soutiens pleinement. J’adhère aux analyses de Samuel Huttington et aux thèses qu’il développe dans son ouvrage sur le choc des civilisations.
    J’avais conclu un de mes livres "le face à face islam - chrétienté : quel destin pour l’Europe" par cette citation d’Arnold Toynbee : "Les civilisations ne sont pas assassinées, elles se suicident" (suivez mon regard !) Ceux qui veulent déboulonner nos statues ou renier notre héritage judéo-chrétien font bien ce que Toynbee a constaté en étudiant d’autres civilisations qui ont disparu !

  • 2. Par Hérvé Gourio, le jeudi 25 juin 2020 (10:38)
    Etablir les faits et les comprendre

    Je crois beaucoup à la vertu de l’Histoire : établir les faits et en comprendre les causes. Sans restriction d ‘aucune sorte. En particulier concernant le jugement éthique des acteurs.
    J’ai plus de mal avec le concept de civilisation, assemblage incertain et complexe de caractères hétéroclites. Mais qui appelle à une réaction émotionnelle d’adhésion ou de rejet. Depuis Huntington j’ai participé à ce jeu moi aussi tout en me reprochant un peu cette facilité très contestable.
    La “civilisation occidentale” est toujours dominante. Plutôt que la défendre bec et ongles, nous devrions travailler à son acceptation universelle. C’est notre intérêt.

  • 3. Par Yves Buchsenschutz, le jeudi 25 juin 2020 (10:40)
    Llaissons les statues historiques en paix ! Si l’opinion a changé, qu’elle en fasse d’autres, reflets de leur époque.

    Il me semble surtout que l’histoire est "l’histoire", donc un récit forcément non objectif de faits passés mais réels. En ce sens on ne peut pas réécrire les faits. Par contre on peut les réinterpréter et cela n’est interdit à personne. Nous apprenions des rois, des traités, et des batailles, nos enfants des mœurs : c’est un choix d’extraction et de mise en lumière mais cela ne change pas ce qui s’est passé. Les statues, les notoriétés, les noms de rue, les tableaux et les décorations sont le reflet de l’époque passée vue en son temps ou depuis : nous avons le droit de faire autre chose mais pas d’effacer ou de détruire des témoignages "archéologiques". Chacun reste libre d’interpréter Churchill comme un affreux colonialiste ou au choix comme l’homme qui, seul, s’est dressé contre Hitler et a fini par provoquer sa chute. Mais ce qu’il a fait, ne peut plus changer. Gandhi a été l’apôtre de la non-violence mais il n’a pas supprimé les castes etc... En ce sens, laissons les statues historiques en paix ! Si l’opinion a changé, qu’elle en fasse d’autres, reflets de leur époque.

  • 4. Par Bertrand Nouel, le jeudi 25 juin 2020 (10:43)
    La mémoire de nos héros

    Vous voudriez qu’on cesse d’enseigner Colbert dans les écoles, ou que les élèves ne retiennent que cela de ce ministre - et de Louis XIV dont il fut le bras armé ? Même commentaire pour Napoléon, qui, en plus d’avoir rétabli l’esclavage, a été un « boucher » ??
    La civilisation n’est pas celle d’un siècle, elle est le résultat d’une longue histoire, qui remonte aux Grecs en ce qui nous concerne. Il ne faut rien en effacer, sinon la mémoire de nos héros subira le même sort que celui réservé aux bouddhas de Bamiyan.

  • 5. Par Hervé Gourio, le jeudi 25 juin 2020 (10:44)
    Souligner l’introversion rétrograde des déboulonneurs

    Intéressante exagération en miroir d’une autre. Pourquoi couvrir du noble manteau de notre civilisation les talents de prédateurs des Européens ? Est-il vraiment utile de cravacher les Cavaliers de l’Apocalypse qui ont l’air très en forme ces temps-ci ?
    Si vraiment une majorité de Français voit dans Colbert le responsable de la traite plus que le ministre industrieux et choisit de déboulonner Colbert, quel dommage pour notre civilisation au 21eme siècle ? En débattre permettrait même je le crois d’exalter ses vertus. Et de souligner l’introversion rétrograde des déboulonneurs.

  • 6. Par Catherine MEYER, le jeudi 25 juin 2020 (15:53)
    Ce fait isolé n’est que le reflet de l’ignorance cultivée dans nos écoles

    Tous vos commentaires sont intéressants. Mais malheureusement ceux qui ont "taggé" Colbert, sont d’une part manipulés par des extrémistes, qui surfent sur la misère et les frustrations, et d’autre part d’autant plus manipulables que l’école ne soutient plus la république et ses valeurs.
    Tout devient "options", et que dire de l’histoire et de la géographie...
    Quand je vois le niveau général en classe de seconde, dans un lycée tout à fait correct (pas dans un quartier défavorisé), je m’arrache les cheveux.
    Bien sûr je gage que ce n’est pas le cas à Henri IV. Et c’est bien là le problème.
    Cela fait 30 ans, qu’année après année on nivelle par le bas. Aujourd’hui nous ne sommes qu’au début de nos déboires.
    Aux armes citoyens, si ceux d’entre nous qui sont déjà en retraite peuvent faire des groupes avec les jeunes de leur quartier pour échanger sur l’histoire, la géographie et la politique, on pourra peut-être combler certains manques...

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