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Retraites : point à date, arithmétique et abolition des privilèges

Par Yves Buchsenschutz,
le jeudi 9 janvier 2020

Compte tenu de l’évolution de l’espérance de vie, l’indice de vie active sur vie totale est complètement inversé dans une nouvelle pyramide des âges qui exige obligatoirement un toilettage important de notre système de retraite, en particulier du fait de la répartition. Ce dernier comporte par ailleurs, créés à l’origine mais amplifiés au fil du temps, un certain nombre de régimes spéciaux dont les privilèges sont devenus exorbitants. La solution proposée, un âge pivot repoussé et un système universel a entraîné une levée de boucliers, lesquels justifient des dérogations multiples qui pourraient bien finir par créer des dérogations encore plus injustes !

Âge de départ : 52 ans, 57 ans, 62 ans, 64 ans, 67 ans, en 2020, en 2025, en 2030, etc.

J’ai eu déjà l’occasion de proposer l’indice de vie active sur l’indice de vie totale (voir article EPLF du 18 Décembre) lequel varie en particulier avec la durée des études mais surtout avec l’espérance de vie, laquelle glisse de six mois à un an par an ces dernières années, ce qui signifie bien entendu que pendant sa vie active on devra financer une augmentation significative de sa vie totale et en particulier à la retraite. La fameuse notion d’âge pivot, laquelle a fâché si fort Messieurs Martinez et Berger, non seulement devrait être fixé à 64 ans dès maintenant, mais devrait pouvoir être réactualisée régulièrement en fonction des mouvements de l’espérance de vie. En fait tout calcul fait, il semble difficile d’accepter de baisser le pourcentage de vie active sur vie totale en dessous de 50%, une moitié de la vie hors activités productives étant consacrée à l’éducation et à l’élevage, une autre moitié à une fin de vie paisible et si possible agréable. Il est peu probable que le temps d’éducation de base augmente encore énormément, même s’il est complété de plus en plus par une formation permanente tout au long de la vie, l’espérance de vie par contre, elle, peut encore bouger significativement. Les trois paramètres de base de cette équation sont le niveau des pensions (principalement réglée par le taux de remplacement), le niveau des cotisations des actifs (réglé par la supportabilité des taux sachant qu’il est en concurrence avec d’autres domaines types la santé par exemple) et la durée de vie active par rapport à l’espérance de vie. Quasiment tous les pays développés du monde ont choisi une variabilité de l’âge pivot pour ajuster cette question au fur et à mesure des évolutions démographiques. La France, pays que tout le monde nous envie, a peu de chances d’y échapper. Il semble pourtant que ce soit facile à comprendre. Au passage on peut se demander pourquoi les dates d’application varient selon les professions : c’est cela la justice et l’équité ? Sans solution à ce problème, il est clair que le système explosera pour tous.

Taux de remplacement : ils sont allègrement compris entre moins de 50% pour beaucoup de cadres du privé et 88% à la RATP.

Petit florilège non exhaustif : (voir Cour des Comptes)
RATP : 88%
IEG : 75% (industries électriques et gazières)
FONCTIONNAIRES : 75%
SNCF : 73%
Privé : 60% (souvent moins de 50% pour les cadres)

A cela il serait légitime d’ajouter la base de calcul : en général les six derniers mois (le plus souvent bonifiés in extremis) pour les régimes spéciaux, les 25 meilleures années pour le privé.

Autre manière d’aborder le problème : l’équilibre des régimes spéciaux, hors fonctionnaires dont l’équilibre se fait directement sur le budget de l’État, demande une subvention annuelle de 5,5 milliards d’€uros. Comme il y a à peu près 25 millions de cotisants « normaux », cet équilibre demande un effort annuel de 220 € à chaque Français, chaque année. Si l’on considère que les bénéficiaires de régimes spéciaux partent en moyenne à 55 ans avec une espérance de vie de 80 ans, l’ardoise est de 220 € multipliés par 25 ans = 5.500 € de retraite cadeau offerte par chaque salarié « normal » à son voisin cheminot guichetier, lequel touche ce pactole de 25 cotisants. En fait et parce qu’il y a 25 millions de cotisants normaux contre 1 million dans les régimes spéciaux, de la même manière, chaque « spécial » touche chaque année 5.500 € de retraite supplémentaire. Je ne suis tout simplement pas capable de faire de calcul pour les fonctionnaires, manquant d’éléments chiffrés à part qu’ils sont près de 5 millions au lieu de 1, mais cela ne doit pas raisonnablement s’arranger.

Autre chiffre inquiétant : la grève a commencé la fleur au fusil avec des taux de participation de 50% voire plus, concentrés bien entendu sur les conducteurs. Cela a, en grosse masse, arrêté les deux tiers du trafic. Aujourd’hui le taux de grévistes est inférieur à 10% et le trafic compris entre 30 et 50 pour cent selon les situations locales et particulières. Je me demande bien ce que ces « travailleurs » peuvent faire pendant qu’ils n’assurent pas le trafic, ce qui est pourtant leur principal objectif. Je me demande aussi si on va les payer, et qui va les payer ? Et s’il n’existe pas un service minimum, des systèmes de réquisition, voire une certaine polyvalence qui, depuis le temps, aurait pu être mise en place au moins dans le cadre de la formation permanente. Tous ces gens-là ne consacrent pas la totalité de leur temps à nous présenter des excuses que d’ailleurs, qu’ils le sachent, nous refusons.

À ce stade, il devient encore plus incompréhensible que les Français soutiennent une grève qui entérine un détournement récurrent et permanent de leurs cotisations. À ce propos il paraît indispensable de revoir les règles d’arbitrage entre les régimes lorsque des mouvements démographiques lourds, du type de la disparition des mines, se posent. Il serait naturel que le COR ne comprenne pas uniquement des fonctionnaires et des syndicalistes. Les salariés du privé devraient y siéger ne serait-ce que parce que c’est en général eux qui règlent l’addition. Qu’il y ait des arbitrages quand une profession et ses cotisants disparaissent, certes ; mais que l’on comble systématiquement des gestions déséquilibrées du style de celle de la RATP, la SNCF, où l’EDF, c’est un pur scandale et l’on a en plus le culot fou de vous le facturer sur une ligne à part sous un intitulé délibérément abscons.

De quelques régimes spéciaux à un système universel entraînant leur multiplication

Nous étions partis, à la suite de notre président, vers un système à points, unique, et équitable. Lors des dernières négociations du quinquennat précédent, les syndicats avaient malicieusement, mais surtout habilement introduit, pour préserver les avantages des régimes spéciaux, la notion de pénibilité. On allait rapprocher les systèmes, bouger l’âge minimum de la retraite, mais on introduirait une notion de pénibilité laquelle servirait de justification à une nouvelle différenciation des régimes. Il existe trois problèmes concernant la pénibilité : le premier est sa définition. La pénibilité qu’est-ce que c’est ? Est-ce physique ? Est-ce mental ? Est-ce psychologique ? On peut gloser quasiment à l’infini sur ce sujet. Le deuxième est que ce problème est en fait, en principe au moins, déjà pris en compte dans les définitions de poste et les coefficients qui déclenchent dans les conventions collectives les niveaux de salaires, lesquels sont les bases des cotisations, donc des points : on va donc payer une deuxième fois. Le troisième est le laxisme ambiant qui fait que la pénibilité d’un conducteur de TGV reste la même que celle d’un conducteur de machine à vapeur laquelle s’étend tout doucettement au chef de gare et à sa guichetière. On va donc payer une pénibilité hypothétique (laquelle d’ailleurs recule au fil du temps : depuis combien de temps les cantonniers ont-ils abandonné leurs brouettes pour le tractopelle ?), une fois, deux fois, trois fois, etc. ce phénomène est en fait très bien connu sur un autre sujet qui est celui de l’ancienneté : beaucoup de conventions intègrent des augmentations de salaires automatiques à l’ancienneté (souvent jusqu’à 15%) ; et puis tout salarié, au bout de 2 ou 3 ans sans augmentation individuelle, viendra vous voir en vous expliquant qu’il y a longtemps qu’il n’a pas été augmenté (en fait individuellement). Vous allez donc cotiser de nouveau ; et puis au bout de cinq ans il viendra vous expliquer qu’il lui faut une promotion pour raisons d’ancienneté ! Et rebelote. Quand il y aura licenciement ou départ il viendra encore vous expliquer que son ancienneté justifie son maintien en poste ou une prime particulière. D’aucuns arrivent assez bien à faire carrière avec ce genre de système que les syndicats d’ailleurs ont réussi, en particulier dans la fonction publique, à ériger en système automatique, unique et obligatoire, et géré par eux. Il interdit de plus toute récompense de la performance réelle et constatée des personnels. On imagine même désormais de modifier l’âge de départ à la retraite pour raisons de pénibilité. Le dérapage sera ainsi consommé.

Le problème qui sort actuellement est que, au lieu de rassembler tous les régimes en un système unique et équitable, en particulier par la remise dans le régime commun des régimes spéciaux, on va se retrouver, pour garder ou trouver des alliés, en train de multiplier ces fameux régimes. Les concessions de négociation déjà annoncées concernent l’opéra, les aiguilleurs du ciel, la SNCF, la RATP, les enseignants, les fonctionnaires : le privé traditionnel risque fort comme d’habitude d’être le dindon de la farce.

Une autre question importante est celle de la répartition et de la capitalisation. Après tout, la répartition n’est peut-être pas un mauvais système, la capitalisation (parlez-en aux Anglais) a aussi ses défauts. Pourtant, un certain mélange des deux ne serait probablement pas une mauvaise idée, surtout s’il permet à ceux que l’on va spolier d’entrer dans le cadre de l’équité générale (IE les cadres qui vont cotiser partiellement sans points) de décider librement d’épargner de manière indépendante, pour leur retraite future. Il est d’ailleurs extraordinaire de constater en France que la capitalisation est interdite à tout le monde sauf… aux fonctionnaires ! (voir la PREFON entre autres).

Un soutien extravagant : de 55 à 60% encore aujourd’hui

Le choix des Français est incompréhensible : 80% des Français sont lésés par le système actuel et cotisent indûment pour 1 000 000 de privilégiés dont 350 000 super privilégiés qui ont de plus la garantie de l’emploi, des salaires surévalués, des temps de travail réduits, une retraite 10 ans plus tôt, à un taux de remplacement exorbitant sur des bases surévaluées et on les soutient à 55% ! J’oubliais le fait qu’ils vont provoquer l’explosion du système actuel qui, c’est évident, ne supportera pas sans aménagement la croissance inéluctable du ratio retraités sur actifs. Et encore, nous n’avons pas fouillé les écuries d’EDF par exemple : montant du budget du CE devenu CSE : 1% du CA au lieu de 1% des salaires. A EDF on part en vacances au château !

La réforme aurait dû être annoncée le 4 Août : pour ceux qui ne se rappellent pas, c’est cette nuit-là que nos ancêtres en 1789 ont voté, noblesse et clergé compris, l’abolition des privilèges. Pour répondre à messieurs Martinez et Berger, c’est peut-être la Révolution qu’il faut recommencer.

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1 réactions :

  • 1. Par Guy MASMONTEIL, le jeudi 9 janvier 2020 (12:20)
    Quelques précisions sur les IEG, leur retraite, leur activités sociales

    Bonjour, si globalement je partage votre analyse, il y a quelques "erreurs". Le système des retraites des IEG (industries électriques et gazières) n’est pas déficitaire, au contraire il est excédentaire et adossé au régime général à qui il reverse chaque année quelques millions d’euros (environ 80 en 2019). Le comité d’entreprise est effectivement un cas à part, il est dissocié du CSE (qui a son propre budget), la CCAS (caisse centrale des activités sociales) a un budget (appelé le 1%, en fait un peu moins) basé sur le chiffre d’affaire (et non sur la masse salariale comme ailleurs). Ce système est à bout de souffle, bénéficiant de la "saine gestion ouvrière de la CGT" il autoconsomme 75% de ses revenus en frais de fonctionnement... un budget de près de 500M€ auquel vient s’ajouter les participations financières des agents "profitant" des activités sociales (vacances, culture, sports). Notez au passage que ces activités sont subventionnées par la CCAS sur la base de coefficient social très très favorable au bas de l’échelle, l’immense majorité des agents de maîtrise et les cadres n’en bénéficiant pas. Si le régime de retraite fonctionne bien (sans subvention je le rappelle) celui des activités sociales doit être complètement "revisité" car en déficit structurel malgré des moyens énormes.

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