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Qui sont les vrais économistes ?
Une polémique inhabituelle

Par Hervé Gourio,
le lundi 9 mars 2020

Les Échos ont publié le 28 février une attaque acerbe signée par 3 experts économiques reconnus (Philippe Aghion, Gilbert Cette et Elie Cohen) contre les méthodes et les publications récentes de deux organismes d’études économiques influents, au moins du fait de leur présence médiatique : l’OFCE et l’IPP (Institut des Politiques Publiques).

L’OFCE fut créé au sein de Sciences Po comme contrepoids à Rexecode, dépendant du Patronat, à la suite de la volonté du Premier ministre Raymond Barre de développer l’analyse macroéconomique hors de l’INSEE. L’IPP, de création récente, émane de l’université (PSE) avec donc l’ambition scientifique d’évaluer l’action des gouvernements. Autrement dit, cette polémique oppose des sommets de la science économique en France, tous membres du sérail.

Déchargés tous deux de la préoccupation de la santé des entreprises et de la performance des marchés, lot en principe de Rexecode ou de la Banque de France et des économistes rémunérés par le système financier, l’OFCE et l’IPP sont concentrés, voire fascinés, par les décisions du gouvernement.

Une dramaturgie bien installée

Dans notre monarchie plus ou moins républicaine, les médias leur ont assigné de ce fait un rôle visible : celui des « sachants », indépendants d’esprit et désintéressés. Ils sont devenus des voix « de gauche » face à un pouvoir jamais assez soucieux de réparer les inégalités grâce à la redistribution. Un pouvoir jamais assez à gauche.
La dramaturgie est bien installée : aux discours plus ou moins économiques du gouvernement répond toujours un contre discours de l’OFCE qui les critique au nom de la science économique.

Patatras, cette réaction, soi-disant apolitique, n’est pas toujours économique, ni même fondée sur la recherche de la vérité. Savoir si Macron est « le président des riches » assure de l’audience dans les têtes de petits pois françaises depuis deux ans. Cette insulte avait déjà bien servi contre Nicolas Sarkozy. Et voilà que, pour trancher, nos économistes cherchent à savoir qui sont les gagnants et les perdants dans la population française découpée en niveaux de revenus. Avec les chiffres en € s’il vous plait, et les déciles et centiles correspondants.
C’est normal que, dans l’état actuel de la connaissance statistique des revenus et des patrimoines, ils procèdent à des approximations et qu’ils comblent les lacunes. Et cela ne peut se faire qu’en cédant à leurs penchants politiques ou en écoutant leurs amis. Que voulez-vous ? il faut bien dire si la politique du gouvernement est de gauche ou de droite si l’on veut parler à la télévision.

Comment on cesse d’être économiste

Mais ils aggravent encore leur cas, et c’est là que les trois experts mettent les pieds dans le plat : une photographie des effets directs instantanés d’une mesure budgétaire, toutes choses égales par ailleurs, sans incorporer la dernière vague de mesures du précédent gouvernement, ça n’a pas de sens ! Pour prendre un exemple compréhensible de tous : après Hollande, ennemi de la finance, qui avait multiplié le taux d’imposition des revenus du capital, tout successeur soucieux de se rapprocher des niveaux intra européens ne pouvait être que le président des riches ! Ne pas le faire eût été un véritable pousse-au-vice : inciter à des mesures punitives sur lesquelles on ne peut pas revenir !

Nos trois experts et critiques ont donc raison d’avoir la dent dure et de rappeler que les économistes ne doivent pas être seulement des comptables. Les effets des réformes ne sont pas les conséquences bêtement arithmétiques et mécaniques des décisions du gouvernement. L’économie est un système dynamique où les acteurs de tous types réagissent aux politiques gouvernementales qui, de ce fait, produisent des résultats plus ou moins éloignés des espérances de leurs promoteurs. Les revenus et patrimoines des Français dépendent d’abord de leurs talents et des ouvertures que leur proposent les marchés, tous les marchés.

C’est donc une mauvaise action des médias que de faire croire que la richesse et la pauvreté dépendent principalement de l’orientation politique du président et des « transferts sociaux ».
Ils dépendent prioritairement de la création de valeur économique à tous les niveaux sur des marchés efficaces.
Les vrais économistes de tous bords devraient concentrer leurs efforts sur la recherche des mécanismes efficaces plutôt que sur les postures électoralistes. Ces Messieurs de l’OFCE et de l’IPP méritaient bien un rappel à l’ordre inhabituel dans notre France si consensuelle. L’état économique si médiocre de la France donne pourtant amplement matière à des analyses et à la recherche de solutions fécondes qui nous éloigneraient de la complaisance étatiste habituelle. Il n’est pas interdit d’espérer que le franc parler des experts proches de Macron nous en rapproche, si cette polémique ne s’éteint pas trop vite.

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1 réactions :

  • 1. Par zelectron, le lundi 9 mars 2020 (22:54)
    Il eut mieux valu qu’ils pissassent dans un violon au lieu de commettre ces poulets !

    @ Hervé Gourio,
    excellent article au demeurant :-)

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