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Pourquoi le Grand Débat National est mal parti

Par Claude Sicard,
le mercredi 30 janvier 2019

Emmanuel Macron, pris de court par la vigueur de la révolte des gilets jaunes et par leur détermination, a lancé dans la précipitation une grande consultation nationale, en fixant quatre thèmes pour les débats :
- La transition écologique
- La fiscalité
- la démocratie et la citoyenneté
- l’organisation de l’Etat et les services publics.

Des débats ont donc immédiatement été organisés, dans toutes les communes, à l’initiative des maires ou d’organismes ou associations diverses voulant en prendre l’initiative, et l’on constate que, effectivement, cette soif de s’exprimer de la population est très vive dans le pays. Comme s’il y avait un grand retard à rattraper. Les Français se précipitent donc pour faire des propositions.

Le public répond, massivement, on le voit, à cet appel du président, et le Grand débat va permettre aux pouvoirs publics de recueillir des milliers de propositions d’action que le gouvernement devra examiner afin de voir lesquelles il sera en mesure de mettre en œuvre. Il va s’agir, en fin de parcours, de faire la synthèse de toutes les suggestions qui auront été recueillies, ce qui va se révéler être une tâche extrêmement ardue, et dont on ignore tout de la manière selon laquelle on va procéder.

On voit bien que le gouvernement va se trouver totalement inondé de propositions allant dans tous les sens, et, ne pouvant en retenir qu’un nombre très limité, il va être abondamment critiqué. Le risque de décevoir les attentes des Français est donc considérable, et il y a là un danger de voir la révolte se développer à nouveau, après qu’elle se soit apaisée.

Le Grand débat national est donc une opération qui est très mal engagée. Pourquoi ? Tout simplement parce que Emmanuel Macron a mis la charrue avant les bœufs. Il semble ignorer qu’en matière de stratégie, et tous les manuels l’indiquent, il faut dans un premier temps bien élucider quel est l’objectif à atteindre, et, ensuite, dans un second temps, déterminer la meilleure façon d’utiliser les moyens dont on dispose pour y parvenir, en se fixant un calendrier pour leur mise en œuvre.

Dans le cas présent, c’eut été le rôle de cette grande consultation de déterminer l’« objectif » à atteindre, puis, ensuite, celui du gouvernement de concevoir les actions à mener pour y parvenir, avec la fixation d’un calendrier pour leur mise en œuvre. Il y a eu, ici, on le voit bien, confusion des rôles. On ne sait pas quel est l’objectif à atteindre, et on laisse les citoyens proposer les moyens d’action pour agir.

Comment aurait dû être organisée la consultation du peuple sur l’« objectif » ? Il se serait agi de demander aux citoyens de déterminer dans quelle société ils veulent vivre, une société fondée sur les trois valeurs républicaines qui sont affichées depuis la révolution de 1789 : Liberté, Égalité, Fraternité. Il s’agit de valeurs sur lesquelles tous les membres de la société sont aujourd’hui d’accord.

On aurait demandé, donc, aux citoyens, ce qu’ils entendent aujourd’hui, dans la société moderne qui est la nôtre, par « Liberté », par « Égalité », et par « Fraternité », et en quoi ces valeurs ne sont pas véritablement respectées, ou du moins mal mises en application, actuellement, dans notre pays.

Donnons ici quelques exemples de problèmes qui n’auraient pas manqué d’être soulevés par les Français.

La valeur « Liberté »

Les citoyens auraient eu à indiquer en quoi ils considèrent que leur liberté est aujourd’hui, dans notre société, entravée, voire bâillonnée ? Les réponses à cette question n’auraient pas manqué d’être très nombreuses, allant de la liberté de parole que des textes législatifs n’ont pas cessé de restreindre ces dernières années, à celle par exemple, de circuler, l’État s’octroyant le droit de fixer du haut de sa grandeur la vitesse à laquelle les Français doivent dorénavant circuler sur les routes départementales du pays, en passant par l’interdiction de travailler plus de 35 heures par semaine. Ou bien, l’interdiction d’avoir la possibilité de transmettre l’intégralité de son patrimoine acquis par son labeur à ses enfants, à sa mort, sans que l’Etat s’en mêle en se servant copieusement au passage. En matière de liberté d’expression, on doit constater que la France est un pays où elle est bien plus limitée qu’aux Etats-Unis, par exemple, et c’est pourtant le pays des droits de l’homme. Les Français n’auraient pas manqué d’énumérer leurs revendications en matière de liberté, et c’eut été, là, pour nos gouvernants, une source d’information précieuse pour leur action en faveur d’une société plus libérale où les citoyens sont contents de vivre.

La valeur « Égalité »

Les citoyens auraient eu à s’exprimer pour indiquer comment ils conçoivent la façon dont cette valeur doit être mise en application, et dire en quoi ce principe est mal respecté dans notre pays. On sait qu’il s’agit, avant tout, d’une égalité des chances au départ dans la vie, pour chacun, alors qu’un certain nombre de personnes auraient tendance à considérer qu’il s’agit d’une égalisation des niveaux de vie de tous les membres de la société, c’est-à-dire d’égalitarisme. Les Français se seraient exprimés sur les insuffisances, par exemple, de notre système d’Éducation nationale, et sur les problèmes d’héritage, l’inégalité entre les personnes qui démarrent dans la vie étant forte en cette matière.

La valeur « Fraternité »

Les Français auraient eu à faire part, dans cette consultation, de leur conception de la fraternité, et dire comment ils souhaitent que ce principe soit appliqué dans notre société. Ils auraient dit, notamment, face aux problèmes migratoires qui agitent aujourd’hui nos sociétés, s’ils considèrent que le principe de « fraternité » doit se limiter aux seuls membres de notre société, c’est-à-dire aux citoyens, ou bien s’il doit s’appliquer, également, aux étrangers qui viennent frapper à notre porte et s’installent illégalement dans notre pays.

À propos de la mise en œuvre de ces trois vertus républicaines, le problème de la place de l’islam dans notre société n’aurait pas manqué d’être soulevé. L’islam se développe rapidement dans notre société, et pose un réel problème. C’est, en effet, une religion qui réduit la liberté de ses croyants en les contraignant à respecter à la lettre toutes les interdictions énumérées dans le Coran. Il indique aux musulmans que dans une société ils ont à combattre, pour les soumettre, voire éventuellement pour les éliminer, tous les non-croyants, admettant seulement les « Gens du Livre », ceux-ci devant être traités obligatoirement comme des citoyens de second rang. Sans compter que le Livre saint de l’islam affirme que la femme est inférieure à l’homme, Dieu ayant voulu qu’il en soit ainsi. Quant à la vertu de fraternité, elle s’applique, dans l’islam, exclusivement entre musulmans.

On voit que l’on demande, en fait, aux Français de proposer des mesures à prendre et des actions à mener sans que l’on ait pris la précaution de s’entendre, avec eux, sur la société dans laquelle ils souhaitent vivre en ce début de XXIe siècle. Il eut fallu que les Français disent quels sont les défauts qu’il faut corriger dans notre société, car, là est bien dans une démocratie le rôle du peuple, laissant aux gouvernants qu’ils ont élus la mission de déterminer comment agir pour aller vers une société meilleure. On aurait pu préciser, ainsi, l’arbitrage à faire entre les valeurs de « Liberté » et d’« Égalité », qui sont antinomiques dans leur mise en œuvre. On aurait déterminé si les Français sont pour une société régie par le libéralisme économique, ou plutôt pour une société où l’État intervient, et avec quel dosage entre libéralisme et dirigisme ?

Une fois les grandes orientations précisées, c’eut été aux élus, et au gouvernement que ceux-ci ont mis en place, des personnes ayant la compétence et la légitimité voulues donc pour agir, de déterminer ce qu’il convient de faire, compte tenu des moyens dont dispose l’État et des marges de manœuvre permises par notre Constitution et par le respect des divers traités internationaux signés. La Convention européenne des droits de l’homme, par exemple, est très contraignante. Elle limite considérablement nos moyens d’action en matière d’immigration : c’est aux Français de décider, face aux problèmes que nous posent aujourd’hui les flux migratoires, s’ils veulent continuer à s’y soumettre ou bien s’ils veulent se retirer de ce traité.

Demander aux Français de débattre pour fixer l’objectif vers lequel s’acheminer eut été une démarche qui aurait eu le mérite de ne pas provoquer de déceptions, en fin de parcours, comme cela va être immanquablement le cas avec la procédure qui a été imprudemment adoptée.

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2 réactions :

  • 1. Par Jacques Peter, le mercredi 30 janvier 2019 (13:07)
    Objectifs

    En effet, il faut commencer par fixer les objectifs. C’est dans ce sens que je participerai au grand débat.

  • 2. Par dompsure, le mercredi 30 janvier 2019 (16:17)
    sur l’écologie dans le Grand Débat sur le net

    je suis allé sur le site du grand débat pour y répondre. Une fois de plus, j’ai eu le sentiment d’être pris pour un crétin ! Je suis dans un entonnoir où je dois faire le choix entre la peste et le choléra ! L’Etat ne remet pas en cause un seul de ses choix. C’est affligeant ! C’est vrai que c’est Lecornu qui le co-dirige, lui le promoteur de l’éolien à tout-va. ça m’a rappelé ce que les québécois m’ont appris : on ne peut pas demander à des dindes leur avis sur le repas de Noël ! Non, voulant protéger mon cœur, je n’irai pas plus loin dans mes réponses au grand débat sur le net

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