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On peut (on doit ?) se passer d’un plan de relance

Par Hervé Gourio,
le lundi 25 mai 2020

Au moment où une stratégie cohérente de lutte contre l’épidémie a commencé d’être exécutée et même porte ses premiers fruits, les médias continuent de nous parler de déconfinement et de vacances. Le sombre paysage qui nous attend à l’issue des mesures de chômage partiel est approché seulement par petites touches.

Le ministre de l’Economie annonce qu’il travaille à un plan de relance pour remédier à la crise économique et sociale à la rentrée. Combien de fois avons-nous entendu cette rengaine ? Déjà les choristes s’assemblent autour des micros pour prôner la politique de l’offre ou les mérites de Keynes ou de Schumpeter. Rituel appris à SciencesPo ?
Ouf ! le Canard Enchaîné fait fuiter l’arrêt de la production à Flins et ailleurs. La musique va-t-elle changer ? Le principe de réalité va-t-il s’imposer ? Ce serait trop beau ! Le débat commence sur les conditions à assortir au PGE qui pourtant a pour but de réparer les dommages « de guerre » en apportant la trésorerie consommée par Renault du fait du confinement décidé le 15/3 par le gouvernement. Et le ministre courbe l’échine et entre dans le débat.

Cela augure bien mal de l’efficacité du plan de relance en cours de préparation.

Il aurait fallu commencer par dresser un tableau réaliste de la situation probable des entreprises à la rentrée. Des industries où la France joue un rôle de leader, ou bien où elle est un participant actif au niveau mondial, sont profondément affectées par les changements durables que nous impose la lutte contre ce virus ou contre le suivant : construction aéronautique et navale, tourisme parisien (hôtel, boutiques, attractions de tous ordres), construction automobile. Nous ne brillons pas souvent dans les secteurs présumés porteurs dans l’univers post-corona : digital, robotique, télécoms. Autrement dit, nous allons continuer de reculer dans tous les classements économiques au moment où la Corée du Sud, Taïwan, par exemple, font presque des sans faute.

Sans oublier les handicaps anciens démontrés par le déséquilibre de notre balance commerciale, notre étatisme persistant, notre autosatisfaction peu partagée par le Reste du Monde et la faiblesse des fonds propres de nos entreprises par rapport à leurs concurrents directs.

Faut-il « relancer » cette machine imparfaite ?
Certainement pas avec les politiques publiques et les acteurs bavards traditionnels qui ont démontré leur médiocrité dans les dernières décennies
alors qu’aujourd’hui des changements stratégiques sont nécessaires dans beaucoup d’entreprises. Et rapidement dans les secteurs où nous avons maintenu jusqu’ici notre rang dans un environnement national peu favorable.

L’enjeu essentiel est l’adaptation à des conditions de marché nouvelles. Donc imagination, essais, erreurs, en tout cas investissements de recherche puis de conquête. Tout cela doit être confié aux dirigeants et aux actionnaires de ces entreprises dès lors qu’ils assument le rôle de l’entrepreneur. Et la question urgente est celle du financement de ces exercices, qui par leur nature risquée imposent de disposer de fonds propres suffisants.

La participation de l’Etat à cet exercice apportera des difficultés supplémentaires. Défense vaine du passé, ajout d’ambitions de tous ordres en particulier écologiques plus ou moins utopiques, infractions plus ou moins sournoises au droit de la concurrence dont l’Europe nous a dotés, héritage précieux. Un plan de relance gouvernemental, c’est un remède pire que le mal.

Est-ce à dire que l’intervention du gouvernement est inutile ? Tout au contraire il y a urgence à améliorer l’efficience de nos services publics. La crise a montré que bien des pays faisaient mieux que le nôtre. Mais cela prendra du temps, il y a plus urgent.
Les obstacles à l’investissement privé dans les entreprises privées doivent être levés. Des incitations doivent être mises en place. De façon exemplaire à l’usage des citoyens personnes physiques.

Au niveau européen tout d’abord le seuil à partir duquel l’examen des investissements directs par la Commission est nécessaire doit être relevé. Il doit permettre le développement des PME sans conditions et des ETI qui ne font pas partie du trio de tête sur un marché européen.
Cette libéralisation sera un complément utile au plan proposé cette semaine par la chancelière et le président français pour remédier aux carences d’investissement public dans les pays les plus atteints par la crise actuelle.

Dans notre pays il faut inciter les personnes physiques à cet investissement risqué. Idéalement avec des mécanismes leur permettant d’imputer sur leurs revenus quels qu’ils soient les pertes éventuellement encourues dans les sociétés à mesure de leur participation et du fait de cette transformation. Maison peut s’inspirer de dispositifs ayant réussi comme par exemple l’EIS britannique.

En somme le moment est venu de rendre l’investissement dans les entreprises privées au moins aussi attractif que les autres niches installées dans le droit fiscal français.
Et de fournir aux entrepreneurs l’argent indispensable pour éviter à notre pays une dégringolade pas imaginaire.

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