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Monsieur Le Maire : Haro sur les dividendes

Par Yves Buchsenschutz,
le jeudi 16 avril 2020

Il y a quelques jours, Monsieur Le Maire, ministre des finances en titre, s’attaquait une fois de plus, comme beaucoup d’autres avant lui, aux dividendes. Le débat était que si une entreprise était soutenue par l’État, donc la collectivité, cela devait entraîner ipso facto qu’elle ne verserait plus ou pas de dividendes à ses actionnaires. Cette espèce d’incompréhension de ce que peut être un dividende croisé avec le désir des représentants de l’État de décider de tout, reste pour moi un grand symptôme de jalousie que je souhaiterais explorer.

Un dividende est une forme d’intérêt correspondant à un prêt

Première chose à considérer, c’est que le dividende est la contrepartie de fonds apportés et risqués par des individus qui auraient très bien pu à la place aller chez Maxim’s ou partir en voyage. C’est donc une forme de rémunération, une sorte de salaire aléatoire, et que je sache, Monsieur Le Maire n’a pas proposé de baisser les salaires ou de les supprimer dans les entreprises qui auront été aidées par l’État. A-t-il fait une proposition pour baisser son salaire de ministre ainsi que ceux des fonctionnaires qui l’entourent si l’État, disons moyennement géré, se retrouvait obligé, pour résoudre cette crise, d’augmenter les emprunts aux dépens un jour… des contribuables ? Plus subtil : qu’on le veuille ou non un ministre est à peu près défrayé de tout : logé, voituré, sécurisé, nourri, transporté, assisté, etc. cela s’appelle en langage technique des avantages en nature et je doute, mais je me trompe peut-être, qu’ils apparaissent sur sa feuille d’impôt. Son « salaire » est en fait quasiment de l’argent de poche. Pour être honnête, ce n’est pas particulier à Monsieur Le Maire : tous les ministres et beaucoup de hauts fonctionnaires sont dans cette situation assez enviable. Quand ils partiront à la retraite, et que le roi sera nu, à l’exception peut-être des présidents de la République qui conservent certains droits, ils verront la différence. Monsieur Le Maire a-t-il proposé, et ce serait peut-être une excellente occasion, de rogner de 30% par exemple (chiffre qu’il a lui-même cité) les avantages en nature de ces importantes personnes. On pourrait peut-être commencer par la suppression des motards à lumière bleue. Je ne connais pas de signe plus perfide de l’extra humanité de ces braves gens. Ils sont tellement importants et leur temps tellement compté que comme le roi autrefois ou la reine des abeilles, qu’ils doivent être dégagés à l’égal de surhommes ou de surfemmes, d’un maximum de contingences matérielles. Je pense sérieusement que la moitié peut-être de la révolte des gilets jaunes a pour simple origine cette distanciation hautaine. Accessoirement ils s’étonnent chaque jour qu’on leur reproche de ne pas comprendre « le peuple ». Le problème, c’est qu’ils ne vivent pas comme lui. Madame Hidalgo par exemple, qui n’est pas ministre en titre mais appartient tout de même un peu au même monde, ne pourra jamais juger sainement de sa politique savante de blocage de la circulation, tant qu’elle sera précédée de motards ou n’utilisera pas régulièrement la ligne D ou E du RER. Monsieur Philippe ne circule pas tous les matins sur des routes de campagne droites et vides à 80 km/h. Les discours sont une chose, la vie de monsieur ou madame Toutlemonde en est une autre. Il existe des pays, au moins la Hollande je crois, ou le Danemark, où le roi ou la reine vont faire leurs courses à vélo ! Cela leur permet je pense, malgré bien d’autres distanciations résiduelles, de mieux comprendre la vie de leurs concitoyens transformés en France en sujets.

La rémunération par le prix

À ce propos d’ailleurs je voudrais vous raconter une anecdote que je n’ai jamais oubliée : pendant mes études, j’ai eu le plaisir et la chance d’avoir comme professeur le doyen de la faculté de droit, Georges Vedel. Étant face à des étudiants en commerce et non en droit, il se sentait plus libre il nous parla un jour de l’injustice des revenus qui d’après lui était plutôt celle des dépenses :
Si vous êtes au Smic et que vous achetez une voiture, vous prenez un crédit et la payez 130 ;
Si vous êtes employé, vous la payez cash, 100 ;
Si vous êtes cadres, vous l’achetez à la « FNAC » discounter de l’époque et la payez 90 ;
Si vous êtes directeur, un copain de promotion vous l’obtient au prix de gros et vous la payez 70 ;
et si vous êtes président : on vous l’offre ! Nos élites ne sont pas mal servies.

A défaut d’un salaire, un dividende est une rémunération

La deuxième remarque est qu’il y a des gens pour qui les dividendes sont un salaire. Détenteurs de capitaux, en principe heureux mais pas forcément béats, leur métier est de les utiliser de telle manière qu’ils rapportent quelque chose en finançant l’économie. Il est de notoriété publique qu’une société ne peut pas fonctionner sans idée, voire sans entrepreneur, mais pas non plus sans capitaux. Il existe d’ailleurs un capitalisme d’État, concurrent du capitalisme privé mais qui n’a pas toujours fait la preuve de sa performance. Le métier de banquier qui consiste à transformer de l’argent liquide (votre compte courant) à court terme en financement à long terme (des capitaux ou des prêts) à long terme est un métier difficile et qui n’échappe pas aux échecs.

Le versement d’un dividende se déduit de la valeur de l’action

La troisième remarque que je voudrais faire c’est que pour verser un dividende on se livre à une petite opération technique qui s’appelle : détacher un coupon. Sont en effet attachés aux actions des droits à dividende-rémunération qui chaque année sont remis par l’actionnaire en échange de son dividende. Il en résulte une conséquence assez arithmétique : la valeur de l’action, le lendemain du détachement du coupon, baisse en général du montant soustrait pour payer le dividende. Le versement d’un dividende est en fait l’abandon d’un petit montant de capital en échange d’une rémunération liquide. Ni plus ni moins.

Le dividende est un élément essentiel du financement de l’entreprise

La quatrième remarque est que le versement de dividendes est un élément basique de la gestion d’une entreprise qui doit s’occuper de ses clients, de ses produits, de ses salariés mais aussi de ses actionnaires. C’est vraiment le B.A.BA du management d’une société et c’est de la responsabilité de la société et de son management, en aucun cas de l’État.

A chacun sa compétence

Si l’État pense qu’il est nécessaire de soutenir demain Air France par exemple dont les avions sont cloués au sol depuis deux mois, qu’il le fasse. S’il pense qu’Air France n’en a pas besoin, qu’il ne l’aide pas. Plus avant, qu’il laisse le management de la compagnie gérer la situation avec ses actionnaires, comme d’ailleurs il devrait le faire concernant ses salariés. Gérer une société, c’est très exactement s’occuper de ce type de problème : il existe des gens compétents pour cela, probablement plus pertinents en moyenne que les conseillers professionnels des ministères. [1]

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[1Il faut de tout pour faire un monde. Tout ce qui peut intéresser quelqu’un a forcément un prix obéissant à la loi de l’offre et de la demande ou rareté. Comme l’argent n’est pas toujours disponible, il a un prix ou un coût, au choix. Dans le cas des sociétés cela s’appelle peu ou prou un dividende rien de plus rien de moins. (pour un prêt bancaire c’est un intérêt et le versement de l’intérêt n’est pas lié à l’aide de l’état).

2 réactions :

  • 1. Par gerard dosogne, le jeudi 16 avril 2020 (10:12)
    Et cela va generer une perte pour Bercy !

    En effet , les dividendes , sont prélevés sur le profit net après impot . Bien . Et le dividende , disons de 50% des profits qui sera versé sera lui aussi sujet à la "flat tax" de 30% ... (avec des nuances) . En 2019, les sociétés francaises ont versé 51 milliards d’€ de dividendes : donc des actionnaires ont payés 15,3 milliards d’impots à l’Etat. (ceux versés aux étrangers sont souvent retenu à la source et le différentiel en partie compensé par les dividendes reçu de l’étranger par des résidents français)
    En gros , le trésor se prive de 10 à 15 milliards d’€ , rend les actionnaires (qui ont déjà perdu beaucoup sur la valorisation) furieux , et va les inciter à acheter des actions étrangères .
    Bravo M Le Maire , une fois de plus vous avez tout faux . Mais qui a eu l’idée de mettre ce brillant lettré à la tete des finances de ce pays !! IL NE COMPREND RIEN A LA FINANCE

  • 2. Par Bertrand Nouel, le jeudi 16 avril 2020 (17:50)
    oui mais

    Oui d’accord. Beaucoup de populisme dans la décision de Le Maire.
    Malgré tout, les réserves non distribuées (1) diminuent le besoin de trésorerie demandé à l’Etat et (2) restent le gage des créanciers...

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