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Macron, les réformes, et le déclin de notre industrie

Par Claude Sicard,
le mercredi 13 juin 2018

Toute la problématique de notre jeune président est là ! Emmanuel Macron a entrepris de réformer la France, mais la tâche est gigantesque, et les Français commencent à rechigner. La France est un pays où la liste des « avantages acquis » par les différentes catégories sociales qui constituent la société est infinie. Les luttes sociales qu’a connues le pays ont fourni aux uns et aux autres une somme impressionnante de privilèges, soit matériels soit immatériels, qui représentent aujourd’hui un coût exorbitant pour la nation au regard de la richesse que la machine économique du pays est en mesure de produire.

En conséquence, l’Etat en est venu à exercer sur la population et sur l’appareil de production une pression fiscale énorme, et il se trouve, de surcroît contraint de s’endetter de plus en plus, chaque année. Les Français qui ont, on le sait, une culture économique très insuffisante, s’imaginent que notre économie est bien plus puissante qu’elle ne l’est en réalité, d’autant qu’ils n’ont pas encore réalisé, car on ne le leur a pas dit, que l’un des trois piliers de notre économie, que les économistes nomment le « secteur secondaire » a complètement fléchi avec l’entrée de notre pays dans la mondialisation.

Telle est donc la situation : des Français qui bénéficient, les uns et les autres, de trop nombreux privilèges, face à une machine économique devenue incapable de leur procurer les moyens de les satisfaire vraiment. Déjà, en 1982, on s’en souvient, le journaliste François de Closets avait entrepris d’informer ses concitoyens, publiant un ouvrage intitulé « Toujours plus » où il dénonçait la forte propension des Français « à réclamer toujours plus de droits, plus d’avantages, plus de loisirs, plus de garanties ….. », sans voir réellement ce que l’état de l’économie de leur pays est en mesure de leur procurer. Malgré le succès considérable qu’eut cet ouvrage (850.000 exemplaires vendus), cet appel à la sagesse n’a guère été entendu. François de Closets a réitéré ses avertissements, en 2006, en publiant un second ouvrage, intitulé « Plus encore », dans lequel il a à nouveau déploré l’inconséquence de ses concitoyens, disant que, finalement, nous allons laisser à nos enfants « une France défaite ». Parmi bien d’autres, mais trop tardivement, Pierre Yves Cossé, un haut fonctionnaire qui a été Commissaire au Plan de 1988 à 1992, dans une chronique récente sur le site « telos », a lancé à son tour un avertissement, disant : « La France vit au dessus de ses moyens : l’indifférence domine, et l’opinion comme les médias ne s’en préoccupent guère. Le Président ne veut pas dramatiser, et ce silence est source d’incompréhension ». Les Français campent sur les privilèges dont chacun, dans sa catégorie sociale, est parvenu à se doter, et ils continuent à réclamer, indéfiniment, « plus encore », comme leur a reproché de le faire aveuglément François de Closets. Ils réclament, à présent, davantage d’infirmières, davantage de policiers, davantage d’enseignants, davantage de juges, davantage de gardiens dans les prisons, davantage de soignants pour s’occuper des personnes âgées, etc. Nos dépenses de santé sont supérieures à ce que le niveau de richesse du pays autoriserait, l’âge de départ à la retraite des salariés est plus précoce que dans les autres pays et les caisses de retraite sont en déficit, la durée annuelle du travail est inférieure à ce qu’elle est chez tous nos voisins, etc. Autre constatation très révélatrice : le taux d’activité de la population est plus faible, dans notre pays, que partout ailleurs : 43,6 % en France, contre 47,7 %, en moyenne, dans l’UE, et 53,3 % aux Pays Bas, par exemple : il s’agit de la proportion de personnes qui travaillent par rapport à la population totale du pays. Réformer la France est donc une tâche extrêmement ardue, tant les esprits sont peu préparés à la nécessité de réaligner les statuts des uns et des autres sur la capacité qu’a la machine économique de faire face au coût que représente l’addition de tous ces privilèges. Et le calcul de ces coûts est d’autant plus difficile à faire qu’il s’agit souvent de coûts cachés.

Pour ce qui est de notre machine économique, la situation est plus préoccupante que les Pouvoirs publics le disent. Les économistes s’accordent pour considérer que tous les clignotants sont au rouge : un chômage qui se maintient indéfiniment à un taux anormalement élevé, une balance commerciale chaque année fortement déficitaire, une dette qui atteint maintenant des sommets… et un PIB qui progresse moins vite, en moyenne, que celui des pays de l’UE. Notre PIB per capita, comme les statistiques de la BIRD ou de l’OCDE l’indiquent, n’est pas l’un des plus élevés d’Europe, la France étant, en cette matière, sensiblement en dixième position seulement. La Suède, par exemple, a un PIB/tête supérieur au nôtre de 40 %, le Danemark également, l’Irlande nous surpasse de 74 %, et la Suisse de plus de 100 %.

La situation est d’autant plus préoccupante qu’un grand nombre d’économistes, même parmi ceux qui ont l’écoute des cercles dirigeants, minimisent par trop ce que coûte réellement au pays le déclin brutal de notre secteur industriel. Cette information qu’il faudrait donner à la nation est pourtant capitale. Pour estimer ce qu’il nous en coûte d’avoir perdu la moitié de notre secteur industriel en une quarantaine d’années, on peut s’en rapporter à la relation statistique qui existe entre la production industrielle par tête, dans différents pays, et le PIB/tête des habitants. Une très forte corrélation, en effet, existe qui a un coefficient de confiance très élevé (0,93). La France se situe à un niveau de production industrielle de 4.500 dollars/tête, alors que l’Allemagne en est à 7.700, la Suède à 8.100, la Finlande à 8.900, et la Suisse à 12.400. Au bas de l’échelle se trouvent le Brésil, avec une production de 1.700 dollars/tête, et la Chine avec 1.500 dollars. La courbe qui illustre cette corrélation indique que si notre pays avait sensiblement le même ratio de production industrielle que notre voisin allemand, le PIB/tète des Français se situerait à 44.000 dollars, ce qui signifie un PIB se montant à 2.950 milliards de dollars. Or, nous n’en sommes, actuellement, qu’à 2.520 milliards de dollars. On voit donc que cette amputation catastrophique de notre secteur industriel coûte à la nation 430 milliards de dollars chaque année. Faute de disposer donc des ressources fiscales que procureraient à l’Etat les 430 milliards de valeur ajoutée dont se trouve à présent indûment amputé notre PIB, l’Etat est contraint d’exercer sur l’économie une pression fiscale de plus en plus forte. Et, de surcroît, il s’endette, chaque année, davantage. La France est ainsi devenue le pays, en Europe, où les prélèvements obligatoires sont les plus élevés, atteignant maintenant 47,6 % du PIB, alors que la moyenne dans l’UE est à 39,4%. Beaucoup de pays sont bien en dessous : la Suisse en est à 28,2 %, et les Etats-Unis à 24,3%. Et elle est un des pays qui dans la Zone euro se trouve incapable de respecter la limite de 60 % du PIB fixée par les traités en matière d’endettement.

Le gouvernement va sans doute hésiter à révéler à la population la réalité de la situation, car le prestige international du pays en souffrirait. Mais en laissant les citoyens dans l’ignorance de la situation réelle dans laquelle se trouve notre économie, il lui est extrêmement difficile de leur demander de modérer leurs exigences, d’autant que les syndicats dont la charte d’Amiens de 1906 constitue toujours l’ADN, continueront à s’arquebouter sur la défense, quoi qu’il en soit, des « avantages acquis » de leurs adhérents.

Claude Sicard
Economiste

3 réactions :

  • 1. Par zelectron, le mercredi 13 juin 2018 (20:49)
    la paralysie mortelle

    1980, 2 200 000 fonctionnaires
    2016, 6 500 000 fonctionnaires
    hormis les "régaliens", à quoi sont occupés les autres ?
    à 3 600 000 € le fonctionnaire en moyenne pour sa carrière et retraite (chiffres Didier Migaud), je vous laisse faire le calcul pour par exemple 1 million en trop : vous allez être effrayé !

    Alors .... l’industrie ... quoi l’industrie ... on s’en fout de l’industrie, seuls les fonctionnaires sont utiles !

  • 2. Par Boot, le jeudi 14 juin 2018 (08:22)
    Accueil > Edito Macron, les réformes, et le déclin de notre industrie

    Belles explications quelles sont les solutions Mr Sicard ?

  • 3. Par Eschyle 49, le dimanche 17 juin 2018 (16:48)
    Rapport Notat-Sénard , vous avez la solution .

    Deux directives européennes, la 92/49 et la 92/96, ont été transposées « sur le papier », sous astreinte de 242 650 € par jour de retard, le 1er janvier 2003, mais ne sont toujours pas appliquées ; essayez d’en débattre devant un juge français, il vous accueillera avec un affût quadruple de 12,7.
    (https://www.youtube.com/watch?time_continue=86&v=8BTC1zhzMbk).
    Or, 95,35 % des entreprises françaises ont moins de 10 salariés, elles « passent en dessous des radars » et supportent 62,2 % de charges :
    Tableau 46, page 75 : https://www.pwc.com/gx/en/paying-taxes/pdf/pwc_paying_taxes_2018_full_report.pdf
    Rapport Notat - Senard :
    https://brunodondero.files.wordpress.com/2018/03/entreprise_objet_interet_collectif_4.pdf
    Au 31 décembre 2015, page 97 :
    (a) entreprises de 0 salariés : 3 199 674 (72,86 %) cumul : (72,86 %)
    (b) entreprises de 1 à 9 salariés : 987 458 (22,49 %) cumul : (95,35 %)
    (c) entreprises de 10 à 49 salariés : 169 001 (3,85 %) cumul : (99,20 %)
    (d) entreprises de 50 à 249 salariés : 29 011 (0,66 %) cumul : (99,86 %)
    (e) entreprises de 250 salariés et plus : 6 215 (0,14 %) cumul : (100,00 %)
    total : 4 391 359 (100,00 %) cumul : (100,00 %)
    En clair, les auteurs ont consulté les organisations représentatives de (100,00 - 95,35), soit 4,65 % des entreprises françaises (CPME, MEDEF).
    Autrement dit, 95,35 % des entreprises sont ignorées, sauf pour les taxer à 62,2 % ; d’expérience, dans une fourchette de 85 à 90 %.
    Dernière année publiée, le Forbes 2009 : https://www.forbes.com/global/2009/0413/034-tax-misery-reform-index.html#4ede10b743b3
    A comparer avec Doing business (Singapour, 2 ; France, 31 ; Somalie, 190) : http://francais.doingbusiness.org/rankings
    Mais qui a-t’ on consulté (page 97) au titre des " autres personnalités qualifiées " ? Jacques ATTALI, Président du mouvement pour une économie positive.
    Bref, le type qui déclenche un cataclysme, chaque fois qu’on lui confie une responsabilité : http://www.claudereichman.com/articles/martoiamareenoire.htm
    Le type secondé par Blythe Masters : http://le-blog-finance.com/decideurs/blythe-masters-ange-noir-finance/
    Le type auteur de la fameuse « proposition 213 », aujourd’hui opportunément Alzheimer : http://www.liberationdelacroissance.fr/
    Le même type qui a fait imploser la justice française.
    En clair, si les 95,35 % d’entreprises françaises de moins de 10 salariés avaient accès à ces deux directives, elles transformeraient radicalement leur productivité, et deviendraient vite des ETI (entreprises de 50 à 249 salariés).
    Dès lors, au nombre de vos électeurs, voulez-vous 95,35 % des entreprises françaises ? C’est à vous, et à vous seul, de décider.

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