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Le surréalisme s’empare du congé des pères

Par Yves Buchsenschutz,
le lundi 28 septembre 2020

Monsieur le président Macron en personne vient de nous annoncer solennellement que les pères de famille auraient droit dans le futur (à partir de 2021) à un congé parental lors d’une naissance, prolongé à 24 jours, dont 7 « obligatoires » ! Nous passons insensiblement du leader charismatique et visionnaire au surréalisme. Quelques explications.

Un timing inopportun

Remarquons tout d’abord que la France, contre tous les pronostics, n’est pas sortie de la crise de la Covid–19 et que surtout, si l’on en juge par les décisions contradictoires que cette crise provoque, elle a peut-être d’autres chats à fouetter que de modifier le congé parental des pères en cas de naissance, et ceci pour l’été 2021. Bêtement probablement, nous préférerions que l’on trouve des solutions à la Covid, au masque, au confinement, ou aux fermetures diverses et variées, à la crise économique qui se répand et rebondit, voire au chômage qui s’annonce. Pour tout arranger, le vulgum pecus a l’impression que personne n’y comprend rien et que l’on n’a pas réellement de thérapie adéquate et maîtrisée, en attente d’un problématique vaccin. Tout au plus peut-on se consoler de la baisse apparente de morbidité du virus. Au moins, il y a moins de morts.
Jusqu’à preuve du contraire, et quel que soit le progrès du féminisme, ce sont les femmes qui mettent et mettront probablement encore longtemps les bébés au monde, et la réorganisation des congés des pères n’y changera rien. La présence des pères, toute souhaitable qu’elle soit, ne résoudra pas cette différence physiologique.
La 1ère interrogation est donc celle tout naturellement de l’opportunité de cette mesure ainsi que, quelque part, de celle de son efficacité. Pour mémoire, les femmes en France en 2017 avaient encore en moyenne 2,07 enfants quand la Suède (le modèle) est à 1,88 et la Norvège à 1,86. La France n’est pas en retard sur la natalité.

Un pseudo passage de témoin ?

À ceci s’ajoute immédiatement une deuxième interrogation. Dans ce nouveau schéma : qui va être pilote du traitement de l’enfant nouveau-né ? Le père, désormais à poste, ou la mère, laquelle restera le plus souvent présente ? Elle s’est accaparé ce rôle à vrai dire assez naturellement depuis plusieurs siècles, sinon de toute éternité. Si le souci de l’enfant reste dirigé par la mère et que le père est réduit à faire le factotum, il n’est pas certain que cela décharge tellement les mères et que les pères soient très longtemps volontaires. Ce qu’on lui propose, au fond, c’est un rôle d’aide-soignant désigné volontaire. Il est peut-être possible d’améliorer le sort des mères sans accabler les pères.

Des dépenses, encore des dépenses : c’est cela la relance compétitive ?

Le rêve suivant concerne le coût et la faisabilité pour les entreprises et la collectivité. Même si l’on met de côté la possibilité de se passer d’un collaborateur ou de le remplacer au pied levé pour des périodes courtes (après tout on le fait bien pour les femmes), cela ne fera qu’aggraver le problème. Les services de relations humaines se méfieront désormais de tous ceux susceptibles de devenir père comme mère et non plus seulement des femmes comme actuellement. À défaut d’être résolu Le problème sera le même pour les 2 sexes. Cela ne va tout de même pas dans le sens de la compétitivité. À ce propos on a indiqué que cette mesure coûterait de l’ordre de 500 Millions d’€, une paille il est vrai, dans un pays qui affiche déjà 2 640 milliards de dette à fin septembre 2020. Mais cela concerne en fait la sécurité sociale ! Oui, mais comme la sécurité sociale est financée par les Français et, assez souvent d’ailleurs, à travers les entreprises, cela affectera en fin de compte également la compétitivité. La France ayant des coûts sociaux de 10 % supérieurs à tous ses concurrents, cela ne peut bien entendu que détériorer encore plus une situation déjà catastrophique.

Un cadeau mal ficelé

Cela devient une marotte mais il y a toujours une cerise sur le gâteau Dans notre cas c’est l’obligation pour les pères, de prendre les 7 jours obligatoires. Peut-on encore poser la question : de quoi l’état se mêle-t-il ? D’ores-et-déjà aujourd’hui, il y a des mères qui ne prennent pas ou incomplètement leur congé maternité. Va-t-on demain les mettre en prison ? Attention, Il faudra les incarcérer avec leur bébé, sinon elles ne pourront plus allaiter, autre obligation qui menace. Au moins pour les pères ce problème ne se posera pas. Mais il faudra les autoriser à donner un biberon.
Par ailleurs l’Etat fait une fois de plus un cadeau en une seule fois qu’il aurait pu distiller dans le temps de manière plus subtile et plus efficace : connaissez-vous beaucoup de responsable des relations sociales qui accorde des doublements de salaire en une fois ? c’est parfaitement de mauvaise gestion. Chacun de nous est sensible au niveau d’un avantage mais parallèlement à son renouvellement dans le temps, à la manière de le donner, etc. Quelques années après l’instauration des avantages pour les panneaux solaires on va se fâcher avec les volontaires car il est devenu visiblement trop important [1] et pollue la gestion du réseau électrique général.

Nous nous enfonçons progressivement dans un univers d’incohérence, en tous les cas, d’incompréhension pour les simples citoyens, qui donne l’impression, soit de vivre sur une autre planète que nos dirigeants, soit d’être subitement devenus complètement stupides. L’enfer reste pavé de bonnes intentions.

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[1Le prix d’achat du KWH par EDF aux particuliers a été près de 6 fois plus élevé que celui auquel EDF le revendait ! on imagine facilement le résultat.

3 réactions :

  • 1. Par Gilles BRUNEAU, le lundi 28 septembre 2020 (10:18)
    Retraité présent dans la vie active

    En complement de arguments pertinents d’Yves Buchenshutz, j’ajouterais qu’il et surréaliste de continuer à diminuer le temps de travail dans un pays qui a le record du monde à la baisse sur le sujet,et au moment où notre compétitivité économique fait cruellement défaut pour essayer de rapatrier quelques activités dites stratégiques. Ce signal du President lui-même,me semble désastreux alors qu’il faudrait avoir le courage de résoudre une partie de nos problèmes en travaillant plus.
    Je connais bien Yves,et souhaiterais que ce message lui soit transmis pour lui montrer que je lis sa prose.
    Gilles BRUNEAU

  • 2. Par Jacques Banville, le lundi 28 septembre 2020 (16:47)
    Le surréalisme s’empare du congé des pères

    Mr Macron n’a pas d’enfant, à lui, à ma connaissance. Dans la fonction qu’il occupe, c’est un manque un peu gênant que l’on retrouve dans des déclarations, à l’emporte pièce, parfois déplacées.Il se serait certainement abstenu s’il était père.
    Alors il gratifie les futurs papas français d’un cadeau superfétatoire qui aura un coût non négligeable et qui aura un (ou des) effet pas forcément vertueux.
    Ah , j’oubliai, c’est une nouvelle tranche de français qui vont voter en 2022...

  • 3. Par Yves Buchsenschutz, le mardi 29 septembre 2020 (16:25)
    Réponse à Gilles Bruneau

    Sympa de te retrouver. J’ai bien eu ton gentil message. J’espère que tu apprécies mes "reflexions" diverses. On essaye de rester jeune ! Amitiés. Yves

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