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Le grand bond en arrière

Par Yves Buchsenschutz,
le jeudi 10 septembre 2020

Notre nouveau gouvernement vient enfin de publier son plan de relance appuyé largement sur les conclusions de la Convention Citoyenne pour le Climat, le résultat écologique des élections et l’étatisme dominant.
Le problème est que cette organisation, ou plutôt ses conclusions, nous emmènent irrévocablement dans ce que l’on pourrait appeler « un grand bond en arrière ! ». Le « grand bond en avant » de Mao Tse Toung avait coûté en son temps à la Chine aux environs de 30 millions de morts sur les 60 à porter au débit de ce dernier et c’est pour finir Deng Xiaoping, l’inventeur génial de « l’économie socialiste de marché », qui a progressivement fait sortir son pays de sa pauvreté historique.
Si le grand bond en avant a eu ce résultat mirifique, regardons d’un peu plus près ce que peut donner un grand bond en arrière : quel est-il ? Où va-t-il nous mener ? Combien de morts ?

Petite histoire de la mobilité

En 1945, les Français sont sortis de la guerre à vélo et en tramway. C’était le paysage de l’époque, hérité de 5 ans de guerre et de privations. Par le biais du développement économique, largement appuyé sur le système capitaliste, même si nous avons eu droit à une planification souple, parfois gagnante parfois perdante, nous avons remplacé, pour quasiment tous, le vélo par la mobylette, puis par la moto, puis par la voiture. Au passage la consommation d’une voiture est passée de vingt litres aux 100 km à cinq ou six. La Chine est d’ailleurs, pour ceux qui y sont allés régulièrement dans les 30 dernières années, passée par les mêmes étapes quoique l’équipement de tous ne soit pas encore atteint. Le grand bond en arrière nous explique que désormais il faut repasser des voitures au vélo ! Cela suscite pour le moment un énorme succès d’estime appuyé par des campagnes médiatiques multiples et protéiformes, mais le vélo a tout de même quelques inconvénients : la pluie, le froid, la fatigue, le cambouis… (ou alors il le faut électrique et le gain « écologique » devient insignifiant). Il sera intéressant de regarder au mois de janvier combien de vélos seront encore dans les rues et combien auront rejoint les caves qu’ils n’auraient pas dû quitter. Au passage on explique aux Français que le bien-être pour lequel ils se sont battus est à jeter aux orties et paradoxe final, on leur propose des subventions pour acheter des voitures qu’ils ne devront plus utiliser ! La généralisation d’un certain nombre de richesses, laquelle entraîne quasi-systématiquement des phénomènes de saturation, n’est plus gérée mais est méthodiquement aggravée dans l’espoir, qui sera probablement déçu, de décourager les utilisateurs. Au passage, on remarquera le côté parisiano-technocratique de ce genre de mesures, le métro n’ayant malheureusement pas pénétré les Cévennes.
Le deuxième volet intéressant de la mobilité est celui concernant le chemin de fer. Nous venons de passer 50 ans à faire de la productivité (c’est-à-dire le plus souvent à économiser des intrants et principalement de l’énergie) en fermant des lignes « non rentables ». Accessoirement nous avons développé le TGV (peut-être un peu trop) lequel a au moins pour les consommateurs permis des gains de temps et de confort significatifs et qu’ils apprécient. Hélas, le chemin de fer butera toujours dans des pays comme les nôtres sur le syndrome du dernier kilomètre, sur sa lourdeur et sa rigidité, aggravée systématiquement par la rente de la SNCF et de ses employés qui, à chaque tentative de réforme, est renforcée par la suppression d’avantages acquis compensés par de nouveaux. La déshérence du fret ferroviaire vient tout simplement de son rapport qualité-efficacité-coût par rapport à la route. Le déficit de cette activité dans sa configuration actuelle est déjà de 17 milliards par an : va-t-on raisonnablement en rajouter 10 pour faire plaisir à des idéologues nostalgiques du train électrique de leur enfance ? On peut d’ailleurs aller encore un peu plus loin en revenant à la machine à vapeur : les Allemands ne viennent-ils pas d’inaugurer une centrale électrique toute neuve à la lignite pour compenser la fermeture de centrales nucléaires ?
Quant à l’avion, on ne va tout de même pas conserver un moyen de transport rentable semble-t-il pour les compagnies qui proposent des tarifs de l’ordre de 50 € pour faire un Paris Nice en une heure quand il en faut six et 200 € pour le faire en TGV. Dans tous les cas il est pour le moment bloqué par l’érection des barrières sanitaires issues de la Covid-19.

Et si l’on parlait santé ? et poids de l’État ?

La crise de la COVID-19, ajoutée aux différentes insatisfactions latentes des personnels médicaux, a entraîné un nouveau plan d’amélioration : le dénouement du Ségur de la santé c’est 8 milliards de crédits supplémentaires, la suppression de 13 milliards de dettes et 6 milliards d’investissements. À ceci s’ajoute la création de 15 000 postes nouveaux. Dans n’importe quel autre pays on aurait cherché en contrepartie au moins à questionner l’organisation, à valider l’efficacité des pratiques, etc. C’est un secret de polichinelle que la France a 35 % d’administratifs dans le personnel de santé ce qui est 10 % de plus que l’Allemagne qui en a déjà 25, ce qui paraît d’ailleurs déjà énorme. Le résultat concret est que dans un pays où les dépenses collectives dépassent déjà les 55 %, on va encore charger la barque et que dans le même temps on prétend réduire les impôts « de production » des entreprises pour les rendre plus compétitives. Cherchez l’erreur.
Dans le même esprit, nous allons renforcer le nombre de fonctionnaires territoriaux, augmenter le nombre de juges de proximité, recréer un ministère du plan, ce qui va de facto augmenter le poids et donc la nécessité de financement de l’État, ce qu’il faudra bien résoudre un jour par des ponctions sur les entreprises, bouc émissaire de base du système fiscal français : comment dans ces conditions améliorer la compétitivité de la France ?

Je pourrais continuer longtemps : la course aux subventions est lancée (le plan complet fait 296 pages)

. Des repas subventionnés pour les jeunes désormais à 1 € au lieu de 3,30 € !
. Les allocations de rentrée scolaire augmentées de 100 €
. Une isolation des logements subventionnée quasiment à 100 %. Soyons honnêtes, cette mesure qui s’attaque au premier gisement d’émissions de CO2 (ce que l’on sait depuis longtemps) est à peu près le seul qui aille dans le sens du problème posé : le réchauffement climatique. À remarquer par contre que l’État ignore totalement comment utiliser les systèmes d’incitation autrement que par blanc ou noir, ce qui entraîne bien entendu tantôt des blocages, tantôt des effets d’aubaine inutiles.
. Les divers plans vélos urbains : non seulement la circulation automobile devient quasiment impossible mais on en est maintenant, à Paris par exemple, à freiner les autobus ou les taxis ce qui permettaient aux grands-mères jusqu’à maintenant d’aller par exemple prendre le train, ou voter. Un vélo aujourd’hui, à Paris, possèdera bientôt un tiers de la surface de circulation utile pour moins de 5 % des personnes transportées (?), sans compter les trottoirs, les voies à contresens, un code de la route extrêmement particulier puisqu’il ignore même les feux rouges. En parallèle le nombre d’accidents et de morts augmente… Et c’est l’été !
. Il faut désormais consommer local, bio, et l’on n’autorisera plus, c’est promis, de nouveaux supermarchés. Résultat : les prix des produits ont augmenté de près de 30 % (!), Une tache sur une tomate ou un fruit, une tavelure sur un haricot sont devenus des signes de qualité et Bio C’Bon, financé partiellement par des consommateurs croyants, est en quasi-faillite. Pourtant, l’État par ses agences, ses messages, la télévision publique mais aussi privée, la presse, abreuve le peuple qui n’ose plus servir à ses invités autre chose que des produits « locaux ». Tous les autres produits, lesquels sont surveillés, testés et réglementés depuis des années sont susceptibles d’être attaqués comme polluants ou simplement surconsommés ! On attend avec impatience la transformation de la Convention Citoyenne pour le Climat en tribunal de la consommation. Peut-être dans les attributions du nouveau ministère du plan ?

Une deuxième nouvelle positive

Une nouvelle positive au milieu de tout ce fatras : la baisse promise des impôts dits « de production » pour améliorer la compétitivité des entreprises. Personne ne sait par contre par quoi sera financée cette diminution de recettes fiscales sauf par l’emprunt qui, il est vrai, est pour le moment à taux proche de zéro, mais reste un emprunt.
On assiste bien à un retour programmé au début des 30 glorieuses. Une heureuse surprise tout de même : au milieu de ce rétro pédalage général et désorganisé, personne n’a encore proposé de remettre les douches à l’étage ni de remplacer le papier toilette par du papier journal.
Ces esprits chagrins n’arrivent pas à comprendre que l’humanité, dans son désir inexorable de survie, a construit une mécanique, le progrès économique et social, qui va bon an mal an vers l’amélioration. Il n’est pas linéaire, tâtonne, hésite parfois mais il est aussi auto correcteur et les partisans de l’écologie qui en font partie (et en profitent comme tout le monde) en tant que lanceurs d’alerte ne devraient pas s’aventurer dans le domaine des solutions qu’ils maîtrisent mal ou de manière émotionnelle et affective et non scientifique. L’homme a su corriger les méfaits du plomb, de l’amiante, le trou d’ozone, etc. mais aussi la mortalité infantile, dans une large mesure, la durée de vie, la santé, la pauvreté dans une majorité de pays désormais. Mais c’est en regardant vers l’avant certainement pas en arrière.

Le Grand Bond en Arrière accentuera notre déclassement

Le niveau de vie des Français, mesuré par le PIB par tête qui n’est pas évidemment le seul indicateur envisageable, a été multiplié par 3,5 entre 1960 et 2020 et l’indice de Gini (mesure des inégalités) a été divisé par deux atteignant 0,30 parmi les 10 pays les plus performants au monde. Le GRAND BOND EN ARRIERE n’est certainement pas la solution [1].

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[1Observons que simultanément depuis une quinzaine d’années la France descend inexorablement dans les divers classements mondiaux (PISA, PIB /tête, taux de croissance, chômage, etc. Nous ne sommes pas près de reprendre les places perdues.

2 réactions :

  • 1. Par gerard dosogne, le jeudi 10 septembre 2020 (15:23)
    Plan de relance ou hélicopter money ?

    Un vrai plan de relance devrait en priorité s’attaquer aux infrastructures défaillantes en France , et je pense à 2 secteurs : 1/ le réseau telecom , un des moins développés d’europe, : il faut "mettre le paquet" à la fois sur une 5G disponible sur tout le territoire , et le FTTH (Fiber to the home)
    national .... qui a été réalisé en 2000 au Japon ! Comment vivre à la campagne sans réseau performant ?
    2/ non pas financer les voitures électriques : laissons les constructeurs agir, mais financer le déploiement national de bornes de recharge : aucun point du pays à plus de 20 km d’une borne , et réseau dense dans les agglomérations...
    Enfin , on peut rever d’un Etat intelligent ; Mais cela restera un rêve...

  • 2. Par zelectron, le jeudi 10 septembre 2020 (17:39)
    il est loin le temps où on disait quand le bâtiment va tout va !

    Qu’il s’agisse des fonctionnaires ou des élus, aucun de ces gens là n’a une idée de ce qu’est le marché réel (celui où l’on touche de ses mains la bouse de vache ou le cambouis) c’est à dire principalement les 2 secteurs prévalents les plus importants d’une nation (l’agri-agroalimentaire, PMI/ETI et grande industrie) auxquels viennent se greffer tous les autres directement ou indirectement sans oublier les sangsues habituelles)
    Ce plan est fait pour satisfaire l’égo des dirigeants et calmer certaines revendications mais en aucun cas servir ce que de droit ni de devoir .

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