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La défaillance des services publics

Par Yves Buchsenschutz,
le jeudi 4 juin 2020

Il y a quelques temps, nous avions proposé de déclasser un (ex)service de l’État, dit service public, voué à satisfaire l’intérêt général : la Poste. En effet pendant la crise du Covid-19, la poste a quasiment arrêté de fonctionner. De droit de retrait, en objections syndicales, de deux jours de travail par semaine à 3, de levée réduite à fermeture pure et simple des boîtes aux lettres, nous avons survécu grâce… aux GAFA ! Les vrais services de communication ont été Internet, Microsoft, Apple, Facebook, Skype, WhatsApp, etc. sans compter toutes les applications de télécommande, télépaiement, télévision bien sûr, n’en déplaise aux grincheux, le service public effectif a été assuré par ces organisations. Sans elles, nous serions en plein chaos.

Un autre candidat, pas seulement grand mais « hénaurme » service public, lui aussi voué à satisfaire l’intérêt général, est en train de suivre le même chemin. Nous avons nommé, le mammouth : l’Education Nationale. 1.150.000 personnes, la plupart fonctionnaires ; 870.000 enseignants ; 6,7 % du PIB ; 155 milliards de budget ; presque 13 millions d’élèves…

Ce grand service d’intérêt général s’est trouvé très vite dans une sorte de maelström provoqué par la crise sanitaire et la solution adoptée : le confinement. Risques élevés de contagion et de propagation de l’épidémie, l’école a été fermée et stoppée net : résultat résumé : arrêt brutal de l’acquisition des connaissances, et retour inopiné des enfants chez leurs parents qui en conséquence ne peuvent plus, même s’ils le souhaitent, travailler sinon par un télétravail en général de dépannage.

Tout ceci est bien compréhensible pendant la période de confinement, surtout lorsque certains professeurs (merci à eux) ont fait l’effort de mettre en place des « télés classes ». Mais ce ne fut pas le cas de tout le monde.

Arrive la période du déconfinement : trois objectifs et trois problèmes principaux à résoudre :

objectif numéro un : assurer la sécurité des personnes (professeurs et enfants) a priori par la distanciation, à réguler en fonction de l’évolution de l’épidémie ;
objectif numéro deux : décharger les parents de la garde des enfants afin qu’ils puissent participer à la reprise de l’économie ;
objectif numéro trois : reprendre la formation des enfants.

Problème numéro un : la distanciation sociale : on va voir se déployer une série de solutions toutes plus inefficaces les unes que les autres. D’une distance d’un mètre entre les personnes, on est arrivé en définitive à 4 m² (!) Résultat une dizaine d’élèves par classe traditionnelle au lieu de 30. Nulle part semble-t-il quelqu’un n’a envisagé d’utiliser la salle des fêtes ou le gymnase qui a pourtant justifié l’augmentation des impôts locaux, personne n’a proposé de dédoubler via des écrans de télévision ou de doubler momentanément le temps de travail des professeurs. Surtout : on sait maintenant que le Covid-19 s’attaque de préférence aux plus de 65 ans. Ces mêmes enfants, qui nécessitent chacun 4 m² le lundi jouent tous ensemble comme avant, le mercredi après-midi au parc ! À noter que les parents dans ce combat ont été largement derrière les professeurs. Globalement, seuls les maires en général, ont essayé de composer. L’administration elle, a pondu un manuel de 40 pages paraît-il. L’enseignement privé, une fois n’est pas coutume (?) s’est tranquillement aligné sur les pratiques du public. Un professeur qui a fait jouer pendant cette période son droit de retrait a-t-il eu une quelconque pénalisation financière ? L’aura-t-il au mois de juin ? Personne ne semble d’ailleurs non plus avoir analysé comment ont fonctionné les écoles pour enfants des soignants pendant le pic de la crise ?

Problème numéro deux : permettre aux parents de reprendre leur activité professionnelle. Pour le moment, les parents ont un enfant à l’école le lundi et le jeudi et un autre le mardi et le vendredi. Si vous arrivez à expliquer cela à votre employeur ou à votre machine, écrivez-nous, vous avez gagné ! Dans des sociétés bien gérées, l’absentéisme qui était compris, en temps normal, entre 2 et 4 %, est encore, début juin, compris entre 15 et 20 %. (Motifs divers dont bien sûr la garde des enfants, la maladie (?), etc.)
À noter que suite à une récession dont on accepte dès maintenant qu’elle risque de dépasser 11 % du PIB sur l’année, on ne parle plus que d’un redémarrage « au mois de septembre » alors que l’on aurait très bien pu raccourcir et/ou décaler les vacances. Il n’y a pas si longtemps que la France partait en vacances le 14 juillet et reprenait le 1er septembre. Le gouvernement lui-même s’est résigné à ce délai historique mais devenu mortifère après une timide tentative de reprise rapide
La modulation du chômage partiel a par contre été bien gérée, mais elle ne s’applique pas aux professeurs, donc aucune motivation à reprendre rapidement. Si l’on en juge par les résultats, l’intérêt général semble une motivation plus faible que les vacances.

Problème numéro trois : reprendre la formation des enfants : personnellement, si l’on m’expliquait que le fait de ne pas travailler pendant six mois (de mars à septembre) n’avait pas de conséquence sur ma production, je me poserais des questions sur ma contribution effective au fonctionnement de la société. Ce que nous entendons aujourd’hui c’est que l’on donnera la moyenne à tout le monde, que l’on recommencera la formation par les plus défavorisés, et que l’on ne reprendra en septembre, et encore, dans une distanciation aménagée. Curieuse méthode d’éducation qui nie, de facto, l’utilité du professeur et la nécessité de vivre en société ce qui présente des avantages mais également quelques risques.

Cerise sur le gâteau : on récompense les mauvais élèves. Je pense que Marcel Pagnol doit se retourner dans sa tombe et proposerait s’il le pouvait de créer à l’Académie Française 2 sièges : un appelé siège de l’égalité, l’autre siège de la redistribution, tous les deux réservés à des illettrés.

Total général : pour un confinement effectif de deux mois et demi, les professeurs (et les parents souvent complices) ont arrêté l’école pendant quatre mois et l’économie pendant six.

Pour l’ensemble des raisons énoncées ci-dessus, nous proposons de retirer à l’Education Nationale sa vocation de service public et son label d’intérêt général, ceci malgré les efforts qui avaient plutôt bien commencé du ministre en charge du problème. Ce qui compte dans la vie, ce sont les résultats, pas les explications. [1]

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[1Ce qui ne justifie pas que la fin justifie les moyens

2 réactions :

  • 1. Par Lucien Fa, le jeudi 4 juin 2020 (20:48)
    Travailleur Indépendant

    J’adore cet article ! Enfin une bonne dose d’objectivité dans ce regard sur l’Education Nationale.
    A en croire nos gouvernants, présents et passés, ainsi que les media français et probablement une large majorité de nos concitoyens, la France est Numéro 1 dans le monde pour son système de santé, pour son système d’éducation, pour son réseau de transports ferroviaires, pour son réseau autoroutier, pour son système postal, pour son système de retraite, pour sa politique de logement etc...etc.
    Je me demande quels sont les secteurs où la France n’est pas au premier rang.
    Pour avoir travaillé, payé des impôts et vécu avec ma famille (femme et enfants en âge scolaire) aux USA, au Japon, à Singapour, à Hong Kong, en Nouvelle Zélande, au Royaume Uni et en Suisse pour une durée cumulée de 35 ans - mais aussi un peu en France pendant quelques années - je suis l’un des français arrivant à la conclusion embarrassante que tel n’est pas du tout le cas.
    Le seul secteur, sur la base de mon expérience, où la France peut légitimement revendiquer la première place - et encore ex-aequo avec la Chine - c’est l’art culinaire et le savoir bien-manger
    surtout si l’on ajoute la qualité exceptionnelle de ses vins. Mais ce n’est pas un service public ! Il suffit de comparer ce que l’on sert aux malades dans un hôpital français avec ce que l’on sert en Suisse par exemple.
    Merci Monsieur Buchsenshutz

  • 2. Par Léonard, le vendredi 5 juin 2020 (11:39)
    La défaillance des services publics

    Voilà donc que nous apprenons que les GAFA se sont enrichis pendant que nos merveilleux services publics apeurés se confinaient. Quel scandale, qu’attend-on pour les taxer jusqu’à ce qu’ils rendent gorge ?

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