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L’Etat peut il faire des économies sans réduire le niveau de vie des Français ?

Par Claude Sicard,
le lundi 12 novembre 2018

La France est un pays où les dépenses publiques sont extrêmement élevées. Aussi, de toutes parts, fusent des injonctions en direction de notre gouvernement pour qu’il les réduise drastiquement. Elles ont progressé, d’année en année, plus vite que le PIB, et elles sont devenues les plus élevées d’Europe. En 2017, elles se sont montées à 2.291,7 milliards €, soit 56,4 % du PIB, alors que la moyenne des pays de l’UE est à 47,0 %. Dans un article précédent (cf. « De combien la France doit-elle réduire ses dépenses »), nous avons chiffré à 245 milliards € l’excédent de dépenses publiques en France par rapport aux autres pays : un chiffre considérable donc. Pour les financer l’Etat exerce sur le pays une pression fiscale considérable qui étouffe et paralyse l’Economie.

Emmanuel Macron, dans sa campagne électorale, avait annoncé qu’il réaliserait 60 milliards € d’économies au cours de son quinquennat, et il va s’y tenir, car il est indispensable que la France cesse de s’endetter. La question qui se pose, et qui n’est jamais soulevée, est de savoir s’il va être possible de réduire les dépenses publiques sans que cela affecte le niveau de vie des Français ? Pour répondre à cette question, il faut examiner comment se trouve constitué notre PIB/capita, cet indicateur de richesse qui est celui que l’on utilise habituellement pour effectuer des comparaisons entre les pays. Nous en sommes à 38.476 US$ par tête (BIRD 2017), ce qui ne place pas la France en haut du peloton en Europe : l’Allemagne en est à 44.469 dollars, la Suède à 53.442, et la Suisse à 80.189.

Premier élément explicatif du PIB/tète des pays : l’importance de la production industrielle. Les analyses statistiques montrent, en effet, que la production industrielle, calculée en la ramenant au nombre des habitants, ce qui n’est jamais fait, constitue une excellente variable explicative des revenus per capita des pays. La production industrielle, mesurée de cette manière, doit être prise comme un indicateur synthétique de niveau de développement des pays. Un niveau élevé de production industrielle par habitant implique, en effet, aujourd’hui, un environnement sophistiqué aux plans technique et scientifique. La France, avec le niveau de production industrielle par habitant qui est le sien, devrait, selon cette approche, avoir un PIB par tête de 30.000 US$ seulement. Or, il se monte à 38.476 €/tête. Un écart de 8.476 € donc par personne, qu’il faut chercher à expliquer. Au niveau national, cela représente la somme de 564 milliards de dollars, soit, au taux de change de 1,15 dollar /euro, 490 milliards €.

Nous voyons deux explications principales possibles à cette anomalie : un excédent considérable de dépenses publiques, par rapport aux autres pays, qui se chiffre à 245 milliards €, et des revenus exceptionnels fournis au pays par le secteur touristique, que l’INSEE évalue dans la comptabilité nationale à 202 milliards € en 2017. Ce sont là deux éléments qui différencient la France des autres pays, et la caractérisent...

A elles seules, ces deux rubriques représentent 447 milliards €. Les dépenses excessives de l’Etat et des collectivités territoriales, d’un côté, et les activités touristiques exceptionnellement importantes qui sont celles de la France, de l’autre, fournissent aux Français l’essentiel du revenu complémentaire que nous cherchons à expliquer. Le solde, soit 43 milliards €, provient sans doute des activités du secteur tertiaire qui sont particulièrement performantes dans notre pays : les activités relevant du luxe, le secteur de la finance, et celui des assurances.

On voit ainsi que les excédents de dépenses publiques, qui sont de plus en plus critiqués, contribuent, en fait, pour une part très importante au maintien du niveau de vie de la population. Aussi ne faut-il pas s’étonner de ce que dans les dépenses publiques, les dépenses sociales constituent le poste essentiel : 58,8 %. Elles représentent 33,1 % du PIB, alors que dans les autres pays où l’Economie est plus prospère, elles sont bien moins importantes : 23 % aux Pays Bas, par exemple, et 24 % en Allemagne.

Le PIB per capita des Français, s’il n’y avait pas cet excès de dépenses publiques, se trouverait amputé d’un peu plus de 10 %. Nous avons expliqué, dans un article précédent (cf « Contre la pauvreté, il faut bien plus qu’un plan »), que cet excédent très important de dépenses publiques résulte de la nécessité de remédier à la déficience du secteur industriel. Celui-ci ne concourt plus, en effet, à la formation du PIB que pour la moitié de ce que devrait être normalement sa part. La France, il faut le rappeler, est, à présent, le pays européen où la contribution de l’industrie à la formation du PIB est la plus faible, la Grèce mise à part : 10 %, seulement, alors que la norme européenne est à 20 %. Cette correction s’est faite, au cours des années, d’une manière relativement inconsciente.

On voit donc qu’il va être très difficile à notre gouvernement de faire des économies sur les dépenses publiques sans que cela n’altère immédiatement le niveau de vie des Français, et ne ralentisse la croissance. Les dépenses publiques, par l’effet du multiplicateur keynésien, induisent, il faut le rappeler, de la croissance.

Le pari qu’il faut faire, c’est que les allégements fiscaux qui vont résulter automatiquement de la réduction des dépenses publiques permettront à l’Economie française de se redynamiser, pour autant que la confiance revienne. Les résultats des allégements fiscaux ne se manifesteront, toutefois, que dans le long terme. Entre temps, il y aura très vraisemblablement une baisse du niveau de vie des Français.

Déjà, d’ailleurs, des grincements de dents se font entendre : un sondage IFOP tout récent indique que 84 % des personnes interrogées pensent que la politique d’Emmanuel Macron et du gouvernement ne permettra pas d’améliorer leur propre pouvoir d’achat d’ici à la fin du quinquennat. Et l‘on sait que les retraités ont déjà été touchés.
Il faudra donc apprendre aux Français à se résigner.

Claude Sicard, Economiste, consultant international

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