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Hausse du carburant : la faute au baril
La goutte et le vase

Par Philippe d’Arras,
le mercredi 7 novembre 2018

Devant la hausse du prix des carburants, les réseaux sociaux s’enflamment, bien relayés par les médias, les ténors des partis d’opposition et de nombreux appels sont lancés pour un blocage des routes le 17 novembre.

C’est la révolution !! C’est la faute à Macron !! Ah, ça ira, ça ira….

Bien que la réalité soit souvent moins enivrante que la fiction, je suggère de regarder quelques chiffres tirés d’un article didactique de Libé, donc insoupçonnables de collusion avec « le pouvoir » :
a. En 1 an, le litre de SP95 a augmenté de 15% (21 cts), celui de gazole de 23% (29 cts).
b. La fiscalité (TICPE, TVA) a augmenté sur ces deux carburants de 3,9 cts pour le SP95, et de 7,6 cts pour le gazole.
c. En d’autres termes, le principal facteur de l’augmentation du prix des carburants, à hauteur de 75 à 80%, est la hausse du prix du pétrole, et non de la fiscalité…

Certes, on peut regretter que les taxes représentent 60% du prix des carburants, mais c’est un autre sujet, qui n’est pas nouveau, et qui jusqu’à présent n’a pas fait descendre les foules dans la rue.
Et pour ne parler que de la contribution de la fiscalité à ces hausses, tant décriées, on peut aussi rappeler que, si désagréables soient-elles, leurs conséquences ne sont pas dramatiques pour beaucoup de nos concitoyens : la hausse de la fiscalité de près de 8 cts sur le gazole, pour 16.000 km par an (moyenne parcourue par les véhicules diesel) représente environ… 70 € par an, soit 6 € par mois… Le même calcul pour le SP95 (9.000 km par an) conduit à moins de 3 € par mois…

La « colère » des automobilistes devrait donc cibler les monarchies du Golfe plutôt que celle de l’Elysée, le prix du pétrole étant bien plus dépendant de l’OPEP que de Jupiter !

Mais ce qui est surtout frappant, c’est la disproportion entre cette indignation, réelle pour certains, feinte pour bien d’autres, et les conséquences réelles sur le train de vie des ménages (à l’exception, bien entendu, d’un certain nombre de situations de précarité auxquelles il faut s’adresser quel que soit le prix du baril) : dans un pays qui compte depuis des années plus de 3 millions de chômeurs, qui détient la palme des prélèvements fiscaux et sociaux de toute nature, qui n’a fait aucun effort pour réduire la dépense publique, qui a laissé filer son industrie, etc., il devrait y avoir d’autres motifs réels de mécontentement, et sa manifestation, dont la solution, même partielle, contribuerait bien plus à améliorer les moyens de tous et de toutes, automobilistes, velocyclistes, motocyclistes, marcheurs… qu’une compensation partielle de la hausse des carburants !!!!

Enfin, l’impérieuse nécessité, communément admise, de combattre le réchauffement climatique, notamment en réduisant la consommation d’énergies fossiles n’a aucune chance de voir le jour sans une augmentation du prix de ces énergies : faut-il rappeler que notre prix Nobel d’économie, Jean Tirole, qui n’est pas un ayatollah de l’écologie, considère que la « taxe » carbone actuellement de 20 € la tonne devrait être doublée pour être dissuasive, progresser de 4% par an plus inflation dans les décennies à venir… et l’étendre à tous les secteurs… dont les transports… Il est vrai que l’on entend peu les écologistes ces derniers temps… Réélection oblige ??

Et si ces vociférations sur un sujet objectivement secondaire n’étaient que le prétexte inconscient de manifester un ras-le -bol diffus devant le manque de cap et de priorité dans les projets de réformes tous azimuts qui sont annoncés, dont la cohérence laisse souvent à désirer et qui ne semblent pas réellement être à la hauteur des enjeux à relever ?

L’avenir le dira, mais les prochaines élections approchent… On a vu récemment autour de nous ce que donnait le trop-plein… Alors, attention à la dernière goutte…

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3 réactions :

  • 1. Par Eschyle 49, le jeudi 8 novembre 2018 (11:10)
    Luxembourg à 1,17 € le litre .

  • 2. Par Chaigne, le jeudi 8 novembre 2018 (15:44)
    Taxe carburant

    Je ne vous suis pas : la hausse des coûts du pétrole entraîne une hausse automatique des recettes par TVA, pourquoi y ajouter des centimes additionnels ?
    Par ailleurs la gueguerre sur le diesel est un "piège à cons " qui vise essentiellement les constructeurs automobiles européens qui sont particulièrement performants en la matière, alors que leur suppression, outre le fait que les effets sur la pollution seront négligeables, penali seront les constructeurs et l’emploi en France dans un des rares secteurs où elle est encore performante. Donc 2/20 pour votre devoir

  • 3. Par d’Assas, le mardi 13 novembre 2018 (13:29)
    Réponse à Chaigne

    Mon propos est que l’augmentation des taxes sur les carburants n’étant que marginal par rapport à celle du pétrole, il est étonnant de voir la mobilisation qu’elle provoque, en attendant de constater ce qu’il en sera réellement samedi. En termes de pouvoir d’achat, il serait beaucoup plus efficace de manifester pour réduire les gaspillages et les dépenses publiques, ce qui permettrait de réduire significativement les impôts plutôt que de se braquer sur l’augmentation de quelques centimes sur un seul produit. A qui profite vraiment ce mauvais combat ?
    Je ne partage pas vos commentaires sur la "guéguerre sur le diesel, mais je les respecte, ce qui est la moindre des choses dans un échange d’opinions, échange qui ne donne à personne le droit de décerner des notes du haut de son piédestal autoérigé.

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